‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 171 sur 294 · A LA SŒUR ANNE HARDEMONT · texte numérisé non relu

A LA SŒUR ANNE HARDEMONT

FILLE DE LA CHARITÉ, A USSBL

Il la loae de n'avoir pas voulu soigner une dame de condition, les filles de la Charitc se devant au service des pauvres. — Il l'encourage dans ses bonnes dispositions.

Paris, g février 1659.

Ma sœur,

Nous avons vu ici ce bon monsieur qui nous a porté votre lettre ; il a fait sa retraite céans, à dessein d'entrer ensuite au séminaire des Bons-Enfants. Vous me demandez mon avis sur la prière qu'une dame vous a fait faire de l'aller soigner en sa maladie. Je vous dirai à cela, ma sœur, que je suis bien aise de votre retenue pour ne rien faire d'extraordinaire sans notre ordre. Les filles de la Charité ne sont que pour les pauvres malades, qui n'ont personne pour les assister, et non pour les dames qui ont moyen de se faire servir. Il y en a à Paris de grande et de médiocre position, qui étant malades nous ont demandé de vos sœurs ; de quoi nous nous sommes excusés, pour beaucoup de raisons ; et je vous prie, ma sœur,

de vous en excuser aussi, lorsqu'on vous fera la même prière, si vous n'en avez une permission expresse de M"* Le Gras ou de moi; et ne craignez pas que M"*' la duchesse s'en plaigne, car elle veut bien que vous observiez vos règles, et si elle désire que vous passiez outre en quelque rencontre, elle s'adressera à nous pour vous en écrire.

Je loue Dieu, ma sœur, de ce que vous tâchez de vous surmonter en votre peine, et je pense que sa divine bonté a bien agréable la résistance que vous faites à la nature dans la pensée qu'elle a au changement. Il ne se peut qu'après un si long exercice, Dieu ne vous donne la paix et le repos. Je voudrais bien que ce fût en la manière que vous le souhaitez, mais vous voyez bien la difficulté qu'il y a d'envoyer une fille si loin pour prendre votre place. Si néanmoins l'occasion se présente de le faire, et que votre ennui continué, nous le ferons volontiers, pour vous donner cette satisfaction ; mais, au nom de Dieu, ayez patience, et ne faites plus la mutine vers M"* Le Gras, en refusant de lui écrire. Elle vous estime et vous chérit, et vous devez lui rendre compte de vos personnes et de vos exercices; faites-le donc, je vous prie, et priez Notre-Seigneurpour moi, qui suis, en son amour, etc.

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