‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 170 sur 294 · AU FRÈRE BARREAU · texte numérisé non relu

AU FRÈRE BARREAU

CONSUL, A ALGER

Il le félicite de sa sortie de prison, et il lui expose les raisons pour lesquelles il diffère de lui envoyer l'argent attendu. ~ Il rengage à refuser avec fermeté de s^eogager pour les autres.

Paris, 3i janvier lôSg.

Mon cher frère.

J'ai reçu votre lettre de trois dates, dont la dernière est du 2 de ce mois. Nous avons été longtemps à votre sujet entre l'espérance et la crairlte ; mais l'espérance a toujours prévalu, parce qu'elle avait son fondement en Dieu, qui protège les siens. Et en effet, il vous a délivré non seulement de la mort et des maux violents que nous appréhendions, mais même de la prison où vous avez été mis, au sujet du bastion; et.

bien que vous ne soyez pas encore quitte de la prétention des Turcs pour ce regard, si est-ce qu'ils pourront yous laisser en paix, dans Tattente qu'ils ont qu'on leur renverra les hommes que M. Piquet leur a enlevés : à quoi on travaille.

Je ne vous dirai rien de particulier sur les choses que vous me mandez, sinon que, Dieu aidant, nous vous tirerons de vos anciens engagements, et de ceux dont vous faites mention en votre nouvelle liste. Mais il faut vous donner un peu de patience, jusqu'à ce qu'il y ait sûreté à vous envoyer de l'argent. On estime qu'il n'y en a aucune pour le présent, quelque mine que les Turcs fassent, et certes^ il y a sagesse d'attendre que les choses obscures et présentes soient éclaircies. Vous n'avez pas seulement sujet de craindre les créanciers de Piquet, mais encore ceux de Rappiot, qui sans doute veillent pour découvrir si on vous enverra quelque chose, pour se jeter dessus. On ne nous conseille pas de rien risquer non plus par la voie de Tunis, qu'on n'ait assurance de M. Le Vacher qu'il n'y a rien à craindre. Il y a longtemps qu'il n'a plus écrit, qui est un mauvais signe.

Il y a huit jours que j'ai envoyé à M. Get trois mille livres pour la subsistance des missionnaires d'Alger et de Tunis. Si M. Le Vacher a fait des avances pour vous, il est juste que votre part serve à son remboursement; sinon, M. Get vous en fera tenir la moitié par la première occasion sûre. Je vous prie, mon cher frère, de bien ménager ce que le bon Dieu vous envoie, et d'être exact à garder les dépôts, pour les pouvoir rendre à point nommé. C'est l'argent des esclaves que l'on vous confie, c'est d'où dépend leur liberté, et peut-être leur salut ; si vous alliez divertir cet argent pour d'autres fins, ou le prêter pour racheter d'autres esclaves, au préjudice de ceux à qui il appartient, vous vous mettriez en grand danger de ne le pouvoir rendre quand ils en auront besoin, et par conséquent de vous rendre coupable devant Dieu et devant

les hommes. Il ne faut qu'un peu de fermeté pour vous défaire de ces importuns qui vous empruntent : dites-leur que vous n^avez rien à vous, ni le moyen de payer vos dettes ; qu'il vous est défendu de vous engager pour autrui, et semblables raisons contre lesquelles vous ne pouvez aller en conscience.

J'ai fait tenir vos lettres à monsieur votre frère. Tout va assez bien de deçà. Nous avons beaucoup prié Dieu pour vous, et nous continuerons, Dieu aidant. Si le bastion se rétablit, nous ferons recommander les intérêts du consul. Je vous embrasse avec toutes les tendresses de mon cœur, plein de reconnaissance vers la bonté de Dieu de la patience et de la protection qu'il vous donne. Je suis, en son amour, etc.

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