‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 173 sur 294 · AVOCAT, A ARRAS · texte numérisé non relu

AVOCAT, A ARRAS

Il le dissuade d*aspircr à l'état ecclésiastique.

3 mars 1659.

Monsieur,

Monsieur votre fils qui est à Cahors*", m'ayant adressé une lettre pour vous faire tenir, me prie en même temps de favoriser le dessein que vous avez de vous retirer en un séminaire. C'est, Monsieur, ce que je ferais volontiers saris les difficultés que j'y trouve: premièrement, on paye pension partout, et pension considérable, et je ne sais à qui m'adresser qui puisse et qui veuille contribuer à payer la vôtre, ainsi que je me suis déjà fait l'honneur de vous écrire; deuxièmement, votre âge avancé ne vous permet pas de vous réduire à une vie réglée et à vous assujettir aux exercices d'un séminaire; en troisième lieu, je ferais conscience, pour la même

I. M. François Fournier, né à Laval, le 2 février 1625 ; fut reçu à Paris le 12 août 1644. Il fut, sous M. Aimeras^ secrétaire de la Congrégation.

raison, de contribuer à vous faire entrer dans les ordres sacrés, particulièrement en celui de la prêtrise, parce qu'il y a malheur pour ceux qui y entrent par la fenêtre de leur propre choix, et non par la porte d'une légitime vocation.

Cependant le nombre de ceux-là est grand, parce qu'ils regardent l'état ecclésiastique comme une condition douce, en laquelle ils cherchent plutôt le repos que le travail ; et de là sont venus les étranges ravages que nous voyons en l'Église, car on attribue aux prêtres l'ignorance, les péchés et les hérésies qui la désolent. C'est pourquoi saint Jean Chrysostome a dit qu'il y aura peu de prêtres de sauvés; et pourquoi ? c'est que Dieu ne donne pas les grâces qu'il faut pour s'acquitter de cet état sacré, sinon à ceux que sa bonté y appelle, et il n y appelle jamais aucun en qui il ne voie les qualités propres ou à qui il n'ait dessein de les donner; pour tous les autres, il les laisse faire, et permet, pour châtiment de leur témérité, qu'ils fassent plus de mal que de bien et qu'enfin ils se perdent. Il faut donc être appelé de Dieu à cette sainte profession ; ce qui se voit en Notre-Seigneur même, qui était Prêtre éternel, et qui néanmoins n'a pas voulu se mettre dans l'exercice de cet état qu'après ce témoignage du Père éternel qui dit : C'est ici mon Fils bien-aimé, éconte^-le.

Cet exemple, joint à l'expérience que j'ai des désordres arrivés par les prêtres qui n'ont pas tâché de vivre selon la sainteté de leur caractère, fait que j'avertis ceux qui me demandent mon avis pour le recevoir, de ne s'y engager pas, s'ils n'ont une vraie vocation de Dieu, une intention pure d'honorer Notre-Seigneur par la pratique de ses vertus, et les autres marques assurées que sa divine bonté les y appelle. Et je suis si fort dans ce sentiment, que, si je n'étais pas prêtre, je ne le serais jamais ; c'est ce que je dis souvent à tels prétendants, et ce que j'ai dit plus de cent fois en prêchant au peuple de la campagne.

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Selon cela, Monsieur, je me donne la confiance de vous dire, au nom de Notre-Seigneur, qu'il me semble que vous ferez bien de vous tenir en la condition où Dieu vous a mis et de vous accommoder aux incommodités que vous y avez; c'est votre croix, et peut-être que votre salut y est attaché. Vous avez sujet de le croire aussi, parce que vous avez toujours vécu en cette condition^ en homme d'honneur et en homme de bien, dont Dieu vous réserve les fruits pour l'autre vie, puisqu'il ne vous fait trouver en vos vieux jours que de l'amertume. Bienheureux sont ceux qui souffrent en ce monde, car ils seront consolés en l'autre : c'est une sentence du Fils de Dieu, après laquelle je n'ai plus rien à vous dire, sinon que je prie sa Majesté infinie d'être votre force pour marcher jusqu'au bout par la voie qu'elle vous a marquée, pour parvenir à votre dernière fin qui est Dieu, en qui je suis. Monsieur, votre, etc.

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