A M. OZENNE
SUPÉRIEUR^ A VARSOVIE
U exprime sa douleur de la guerre; il prie et fait prier pour le triomphe des armées de Po1oj;ne. — Il désire que les missionnaires soient soumis au bon plaisir de Dieu et le servent selon les circonstances. — 11 demande qu'on renvoie de la Compagnie un missionnaire, s'il refuse de se soumettre à la règle. — Il se réjouit de Tadmission d'un prêtre polonais.
Paris, 24 septembre i655.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du 24 août. Je vous ai accompagné, avec toute la bande, de mes douleurs et de mes souhaits à Cracovie. L'affliction croît en moi à mesure que j'apprends les progrès des ennemis; mais, malgré cela, je n'éprouve aucune diminution dans l'espérance que Dieu me donne que tôt ou tard les choses se rétabliront. Nous prions incessamment pour cela et faisons prier partout, afin qu'il plaise à Dieu de rendre les armes du roi victorieuses, et de prendre lui-même la défense et la conduite de ce royaume pour le bien de l'Eglise, qui se trouve fort intéressée dans cette guerre.
Cependant je prie aussi qu'en quelque part que la Compagnie se trouve, il lui fasse la grâce de se soumettre avec amour aux divers événements de sa conduite, et de lui rendre les petits services qu'elle pourra, autant que les lieux et les commodités le pourront permettre. Je l'espère bien de votre zèle et de votre courage, et de la fidélité de toute la famille. Témoignez toujours à la reine nos peines sensibles pour l'état présent des affaires, et les prières que nous faisons pour le roi, pour elle et pour leurs États.
J'ai enfin pensé que c'est trop supporter les libertés de M. Zelazewski, qui pourraient par la suite être beaucoup nuisibles à la Compagnie. Il est donc temps d'y remédier, ou en le priant de se retirer entièrement, en sorte qu'on n'ait plus de communications avec lui, pu, s'il lui reste quelque affection pour sa vocation, de tirer promesse de lui qu'il
vivra désormais en vrai missionnaire dans l'observance et la soumission qu'il doit. Je vous prie, Monsieur, de savoir quelle est sa disposition, et selon cela d'agir en la manière susdite. Vous le traiterez avec respect et douceur, même avec témoignage d'affection, mais aussi avec fermeté, lui disant ce qu'il est expédient de lui dire en cette extrémité.
Je rends grâces à Dieu d'avoir donné à la Compagnie un nouveau prêtre polonais qui a les bonnes qualités que vous me mandez. Dieu lui fasse la grâce de persévérer, et à vous tous de vivre de telle sorte que la bonne odeur de votre vie et de vos emplois en attire plusieurs autres pour l'avancement de notre sainte religion; car c'est pour cela, comme je crois, que sa providence vous a appelés de delà.
J'écris à Rome que vous avez reçu les indulgences, et je présente à M. JoUy les sentiments de reconnaissance que vous en avez. Dieu soit à jamais au milieu de votre cœur, et vous donne les forces nécessaires dans l'agitation présente. Je suis, en son amour, etc.