‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 186 sur 294 · A UN FRÈRE DE LA MISSION · texte numérisé non relu

A UN FRÈRE DE LA MISSION

11 lui dit qu*il ne trouvera de paix que dans le renoncement à sa volonté. — Il a forcéla main au supérieur pour avoir son changement ; le nonveau changement qu'il sollicite lui préparerait les mêmes regrets : qu'il se regarde comme éunt où Diea le veut, et qu'il répare le passé par une entière soumission.

Paris, 28 mai 1659.

Mon cher frère,

J'ai reçu votre lettre, qui m*a appris la peine où vous étiez. Je crois bien que Dieu vous fait sentir les fâcheuses suites d'un changement recherché ; car c'est sa coutume de faire comprendre à ceux qui ont entrepris de le servir que leur repos est dans l'obéissance, et jamais dans l'accomplissement de leur propre volonté. Et souvenez-vous que vous ne trouverez jamais le calme de votre esprit,, à la suite deNotre-Seigneur, si vous ne vous renoncez, parce que lui-même a dit qu'il faut faire ce renoncement pour aller après lui, et porter sa croix tous les jours.

Vous avez ouï cela cent fois, et cependant vous ne vous appliquez pas cette leçon : pour le pioins vous avez témoigné le contraire par les fréquentes instances que vous avez faites pour sortir deX..., quelque prière qu'on vous ait faite d y avoir patience. Vous y trou viez quelquesdifficultés, et je vous disais qu'il y en avait partout. Il a fallu enfin vous contenter; mais ce contentement n'a guère duré, vous me le mandez vous-même. Notre-Seigneur appelle joug l'observance de ses maximes, pour nous dire que c'est un état de soumission et un état rude pour ceux qui s'en veulent tirer, mais doux et suave pour ceux qui l'aiment et s'y captivent. Mon cher frère, voulez-vous trouver la paix de votre cœur et mille bénédictions de Dieu ? n'écoutez plus ni votre jugement ni votre volonté. Vous en avez déjà fait le sacrifice à Dieu, gardez-vous bien d'en reprendre l'usage. Laissez-vous conduire, et assurez-vous que ce sera Dieu qui vous conduira, mais à la liberté

de ses enfants, à un comble de consolations, à un grand progrès en la vertu, et à votre bonheur éternel.

Je vous dis tout ceci parce que vous me proposez encore de vous changer; autrement j'aurais imité la bonté de Dieu qui ne nous reproche jamais les fautes qu'il nous a pardonnées. Je n'aurais plus pensé à la vôtre si je ne vous croyais en danger d'en faire encore une pareille, et pour cela je vous représente la peine qui vous surviendra si celle que, vous souffrez ne vous'rend plus soumis.Tenez pour constant que, si on vous envoyait ailleurs parce que vous le demandez, vous n'y seriez pas plutôt arrivé que vous diriez ce que vous dites où vous êtes : que vous êtes là par votre choix, plutôt'que par la volonté de Dieu, ayant obligé vos supérieurs de vous y envoyer contre leur sentiment ; et cette pensée vous inquiéterait incessamment.

Et afin de vous ôter ce ver de la conscience, à présent, au lieu où vous êtes, demeurez-y parce que la sainte obéissance vous l'ordonne, et ne vous y considérez plus par votre volonté, mais par celle de Dieu ; demandez-lui pardon du passe et n'y pensez pas davantage : faites résolution de ne plus écouter votre esprit, si vous ne voulez être séduit ; car sa qualité est telle qu'elle vous troublera partout, si vous ne me croyez.

Je prie Notre-Seigneur qu'il vous anime du sien, lui qui a été si soumis qu'il s'est comparé à une bête de charge, qui est tellement indifférente qu'on en fait tout ce qu'on veut, en quelque lieu et en quelque temps que ce soit. Si nous étions dans cette disposition. Dieu nous mènerait bientôt à notre perfection. Je suis, en son amour, votre, etc.

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