A SA SAINTETÉ LE PAPE ALEXANDRE VIP
Très Saint Père,
Je sais que toute la France et que plusieurs nations demandent avec instance à Votre Sainteté qu'elle daigne inscrire
I. Alexandre VII (Fabio Chigi] était né à Sienne, le 12 février iSgg. Il fut crée cardinal par le Pape Innocent X; il fut élu pour le remplacer le 17 avril i655. Le conclave avait duré quatre-vingts jours. Il mourut le 21 mai
rillustrissime et révérendissîme François de Sales, évêquede Genève, au nombre des saints. Je n'ignore pas non plus que Votre Sainteté honore avec la plus grande vénération sa mémoire, tant pour les singulières vertus qui ont brillé en lui, que pour les livres d'éminente piété qu'il a écrits. C'est ce qui fait qu'elle paraît se porter assez d'elle-même à cette œuvre, et qu'elle n'a pas besoin, pour l'accomplir, des prières d'autrui, surtout de la part d'un homme si misérable et si inconnu que je suis.
Cependant, Très Saint Père, comme cet excellent serviteur de Dieu en a usé avec moi avec assez de familiarité, et qu'il a daigné m'admettre fréquemment à ses entretiens, soit au sujet de l'Institut des religieuses de la Visitation de Sainte- Marie, dont il a été l'instituteur et le fondateur, soit sur d'autres sujets se rapportant à la piété, j'ai admiré en lui tant et de si grandes vertus, qu'il m'est bien difficile de garder le silence en cette occasion, et que je ne puis être le seul à me taire.
La foi, l'espérance et la charité, et les autres vertus chrétiennes tant cardinales que morales, paraissaient comme
BEATISSIHE PATER,
Satis novi totam Galliam compluresque nationes a Sanctitate Vestra enixc petere, ut illustrissimumac reverendissimum Franciscum Salesium Gebennenscm episcopum in sanctorum numerum adscribere dignetur; nec etiam me fugit Sanctitatem Vestram, ejus memoriam, tum ob singulares virtutcs quibus claruit, tum ob eximiae pietatis quos edidit libros, maxima veneratione colère : quae quidem effîciunt ut in id opus satis ex se vidcatur propendere; neque aliis precibus opus sit ad hanc rem consequendam, prxserttm ex parte hominis tam abjecti, et nuUius nominis, qualis ego sum. Cum tamen alias, Beatissime Pater, hic optimus Dei servus me satis familiariter usus sit, et ad sua, tum de Instituto Monialium Visitationis B. Maris, quarum instîtutor ac fundator fuit, tum de aliis rébus ad pietatem pertinentibus colloquia, me fréquenter admittere dignatus sit, tôt tantasque virtutes in illo perspexi, ut mihi silentium in hac re difficillimum sit, nec possim solus non loquî. Fides, spes, caritas, caeteraeque virtutes tum cardinales, tum morales christianae ipsi quodam modo innatae videbantur; omnesque simultalem in illo bonitatem, meo quidem judicio, componebant, ut cum aliquando, post
innées en lui, et toutes composaient chez lui, du moins à mon jugement, un tel fonds de bonté, qu'étant tombé une fois malade après un entretien avec lui, et rappelant souvent dans mon esprit la suavité et l'exquise mansuétude de son caractère, je ne cessais de m'écrier : « Oh ! que Dieu est bon,* puisque si bon est Tévêque de Genève ! »
Si seul entre tous. Très Saint Père, je pensais ainsi à son sujet, je croirais pouvoir me tromper; mais comme tout le monde partage avec moi ces sentiments, que manque-t-il, Très Saint Père, pour la consommation d'un si saint ouvrage, que la ratification de Votre Sainteté, laquelle porte François de Sales au catalogue des saints, et le propose aux honneurs et au culte de tout l'univers ?
C'est ce que tous les prêtres de notre Congrégation et moi, prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous lui demandons par nos très humbles prières. Que le Dieu très bon et très grand daigne, pendant de longues années, la garder en santé pour le bien de son Eglise.
Très Saint Père, de Votre Sainteté, etc.
aliqua cum îllo colloquia in morbum incidissem, et saepius ejus morum suavitatem ac eximiam mansuetudinem animo meo revolverem^ sœpissime intromitterem bas voces : O quam bonus Deus! cum tam bonus sit Gebennensis episcopus!
Si ego solus in ter omnes, Beatissime Pater, erga illum ita a£fectus esscni^ me falli posse existimarem; sed cum ita omnes mecum sentiant, quid aliud, Beatissime Pater, ad tam sancti operis consummationem desideratur, quam ut rata Vestrœ Beatitudinis voluntas accédât, et Franciscum Salesium in Sanctorum album relatum sacro illo honore toti orbi colendum proponat. Id ego et omnes nostrae Congrégation is sacerdotes, ad Sanctitatis Vestrae pedes provoluti, humiUimis ab ea precibus contendimus. Deus autem optimus maximus eamdem sus Ecclesiae quam diutissime servet incolumem.
Beatissime Pater, Sanctitatis Vestrae, etc.
48r. — A M. JOLLY,
SUPÉRIEUR, A ROME
li lai annonce qu'il a écrit au Souverain Pontife pour demander la canonisation du bienheureux évêque de Genève, et le prie de faire parvenir sa supplique quand les religieuses de la Visitation la lui auront envoyée.
Paris, 12 juin 16S9,
Monsieur,
Comme je suis l'un de ceux qui ont le plus d'estime pour le bienheureux évêque de Genève et d'ardeur pour sa canonisation , je prends la confiance de manifester l'une et l'autre à notre Saint Père le Pape par la lettre que je me donne l'honneur de lui écrire, ainsi que font quantité de prélats et autres personnes insignes en piété et en mérite ; et, bien que je ne sois qu'un pauvre et très indigne prêtre, je dois néanmoins ce témoignage à la vérité et au souhait de nos mères de Sainte- Marie, d^autant plus que j'ai eu le bonheur de voir et d'admirer la haute vertu de leur saint patriarche, non seulement en ses œuvres admirables, mais en sa personne sacrée, l'ayant vu agir et ouï parler en plusieurs occasions tant publiques que privées.
Je vous prie, Monsieur, si ces bonnes mères vous adressent mon paquet, de le rendre vous-même et de vous employer pour cette sainte œuvre en toutes les manières qu'elles le désireront, en quoi vous ferez une chose très agréableà notre Compagnie, et à moi très sensible, qui suis plein de vénération pour la mémoire de ce saint prélat et d'affection pour son saint ordre de la Visitation.
Je suis aussi, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur,
votre, etc.