‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 192 sur 294 · A M. DESDAMES · texte numérisé non relu

A M. DESDAMES

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

Il dit sa reconnaissance pour les bontés da roi et de la reine. — Il montre le prix d*un bon missionnaire, et conclut à la nécessité de demander au bon Dieu qu'il envoie des ouvriers bons et nombreux.

Paris, 20 juin 1659.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 3o avril. J'en ai été fort consolé, y voyant les assurances de votre santé et de celle de M. Duperroy, dont je rends grâces à Dieu, ensemble des présents que le roi et la reine ont faits à votre église. J'admire leur piété et l'attention que Leurs Majestés font à vos besoins. Il n'y a que Pieu qui puisse leur faire connaître les sentiments d'estime et de révérence que j'ai pour elles, et ma reconnaissance pour leurs bienfaits. Tout ce que je puis est d'assurer la reine, par vous, Monsieur, que nous prions Dieu très souvent qu'il ait agréable de conserver leurs personnes sacrées, de bénir leurs desseins et de donner la pai^x à leurs États.

Mgr de Posnanie a bien raison de souhaiter de voir la Compagnie dans l'exercice de ses fonctions en son diocèse, après un si long temps qu'il y a qu'elle y est établie ; mais aussi n'auriez-vous pas tant tardé de les entreprendre, sans les accidents qui sont arrivés, qui vous ont ôté les hommes et les moyens que vous aviez pour cela. Dieu l'ayant ainsi ordonné pour des raisons que nous devons adorer en lui, sans les connaître. Il y a sujet d'espérer qu'il en sera de vous comme des arbres fruitiers, car d'autant plus qu'un long et

rude hiver les resserre et les empêche de pousser, tant plus ils prennent de profondes racines et portent plus de fruits. Vous me mandez que ce bon prélat vous destine une église en sa ville épiscopale pour vous y établir avec le temps. Dieu en soit loué ! je ne doute pas qu'il n'arrive un jour de delà ce qui nous arrive ici, savoir plus d'établissements à faire que nous n'en pouvons prendre, faute d'ouvriers. Il se présente peu de personnes disposées comme il faut à se donner à Dieu de la bonne manière, et entre celles qui commencent, il y en a peu encore qui réussissent. Oh ! Monsieur, qu'un bon missionnaire est de grand prix ! Il faut que Dieu les suscite et les façonne ; c'est l'ouvrage de sa toute-puissance et de sa grande * bonté. C'est pourquoi Notre-Seigneur nous a expressément recommandé de prier Dieu qu'il envoie de bons ouvriers à sa vigne ; car en effet il ne s'en trouve point de bons, si Dieu ne les envoie, et de ceux-là il n'en faut que peu pour faire beaucoup; douze ont suffi pour établir l'Église universelle, malgré la sagesse humaine, la puissance du monde et la rage des démons. Prions Notre-Seigneur, Monsieur, qu'il communique l'esprit apostolique à la Compagnie, puisqu'il l'a envoyée pour en faire l'office.

J'ai une grande affliction de la peine que se font les filles de la Charité -, vous ferez bien de renvoyer la sœur Françoise en France, quand il s'en présentera l'occasion, le faisant agréer auparavant à la reine.

Tout va assez bien de deçà, et Dieu, par sa miséricorde, continue de bénir la Compagnie en toutes les manières. Priez sa divine bonté pour tous nos besoins et pour les miens en particulier. Je vous embrasse, avec le bon M. Duperroy, de toutes les tendresses de mon cœur, et je suis, en Notre- Seigneur, votre, etc.

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