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AU FRÈRE BARREAU

CONSUL, A ALGER

il l'engage à ne pas se fier aux dispositions meilleures que montrent les Turcs. — Il consultera pour savoir s'il est prudent de renvoyer M. Le Vacher et l'argent. — Il lui rappelle qu'il ne doit répondre que dans la mesure des ressources disponibles. — Qu'il ne doit jamais emprunter, ni se servir de l'argent qui lui est confié. — Il lui interdit tout trafic.

Paris, 27 juin lôSg.

Mon cher frère,

J'ai reçu votre lettre du 3 de mai, qui m'apprend en ce moment l'adoucissement des Turcs et la bonne réussite des affaires. Dieu en soit loué ! Mais je crains fort qu'ils ne soient tels qu'ils paraissent. Il y a toujours sujet de crainte de la part d'une telle gent, et qu'ayant toujours quelque souvenir

du passé, ils ne se payent un jour sur les Fraftiçais de ce qui leur est dû, lorsqu'ils le pourront faire avantageusement. J'écris à M. Le Vacher qu'il s'informe, des barques qui viendront d'Alger, si l'on peut s'y assurer, et que je prendrai cependant conseil de deçà de personnes publiques et clairvoyantes, pour savoir si nous vous renverrons bientôt M. Le Vacher, avec l'argent ou une partie. Croyez-moi, mon cher frère, je souhaite autant que vous que cela se fasse. J'ai une grande peine (et plus grande que je ne vous puis dire) de vous savoir seul, embarrassé comme vous êtes. Mais jusqu'à présent Dieu a fait voir que les retardements passés étaient de l'ordre de sa providence ; et nous ne voyons pas encore clairement quel est son bon plaisir sur le secours que vous attendez, je dis pour le temps et la manière de vous le donner. Je sais seulement que, comme nous ne cherchons que sa volonté toute pure, il nous fera la grâce de trouver en elle votre délivrance et notre repos. Jd le prie cependant qu'il vous donne patience pour attendre.

Je remercie sa divine bonté de ce que, par sa grâce, vous avez maintenu votre crédit et votre protection aux esclaves pour qui vous avez tant de tendresse.

Vous devez bien vous garder de divertir les sommes à autre dessein que celui pour lequel on vous les a envoyées (à savoir, de tirer de l'un pour donner à l'autre), mais il faut garder à chacun ce qui lui appartient, pour être en état de le lui rendre quand il voudra. Les devoirs de la justice sont préférables à ceux de la charité. Et pour ce que vous dites qu'il y a des esclaves recueillis des marchands, auxquels vous ne pouvez refuser les trente piastres qui leur manquent pour s'en revenir, je vous dirai que, si vous avez de l'argent de reste (j'entends du vôtre), vous pouvez faire ces avances ; mais de l'emprunter, ou de le prendre sur autrui, jamais vous ne devez le faire, non plus que de répondre ni de vous

engager pour qui que ce soit, autrement nous serions toujours à recommencer, et le pis est, c'est qu'il nous serait impossible de vous dégager une seconde fois. II ne faut jamais plus parler de quêter à Paris pour votre sujet. C'est à vous à vous maintenir ou à vous retirer. De vous maintenir, il vous sera facile, si vous me croyez. Ne vous mêlez d'autre chose que défaire votre charge ; n'ayez point de commerce, ni d'affaires avec personne du monde, qu'autant que votre office vous y oblige, et n'entreprenez jamais rien au delà de vos propres forces.

Quant à la solution que MM. de Gastines et Campou veulent donner, elle se peut faire de deux manières : ou bien en persuadant aux Turcs et les pressant de faire ce que ces messieurs désirent, ou bien en le faisant tout simplement. Je ne suis point d'avis que vous vous chargiez de leurs affaires. Il vaut mieux gérer en la première manière, à savoir par persuasion. Ils feront bien d'envoyer quelqu'un pour cela en Alger. Mais je trouve fort sage que vous agissiez pour eux par forme de composition, vous contentant d'exposer aux autorités les raisons et les intentions de vos commettants et de les presser de les suivre, parce qu'alors ils ne pourront pas vous reprocher de les avoir engagés à faire quelque chose contre leur gré ou leur profit. Les anges ont soin de nous en cette dernière façon : ils nous inspirent le bien doucement et quasi imperceptiblement, et nous laissent ensuite en pleine liberté de le faire ou de le laisser.

Ce n'est pas sans sujet que je vous prie de ne vous mêler plus que des affaires du consulat, car, outre le commerce où vous êtes ci-devant entré pour des diamants et autres choses, j'ai vu que depuis peu vous vous êtes chargé de faire venir des perles de France, et en avez écrit à monsieur votre frère.

Tout cela, mon cher frère, est hors de propos et contre la volonté de Dieu, qui ne vous a appelé de delà que pour

l'office et non pour le trafic. Je prie sa divine bonté qu'elle vous protège et vous bénisse. Je suis, en son amour, votre, etc.

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