A M. JOLLY
SUPÉRIEUR A ROME
Il admire son dévouement qui lui fait préfôrcr les intérêts de la Compagnie à ceux de sa santé. — 11 lui prescrit les précautions à prendre, puisqu'il séjourne à Rome. — Il le remercie des commissions dont il s'est acquitté, et le prie de faire approuver un ouvrage d'Abelly.
Paris, II juillet i65().
Monsieur,
Quand j'ai reçu votre lettre du 16 juin, je vous tenais hors de Rome, et j'étais fort consolé de la pensée que vous étiez à présent un peu à couvert des grandes chaleurs; mais, à ce que je vois. Monsieur, vous préférez les affaires de notre Compagnie au soin de votre propre vie : ce qui est de grand exemple, et j'en rends grâces à Dieu, et je prie Notre-Seigneur qu'il soit lui-même votre force et votre vie, comme il
Test de tous ceux qui se nourrissent de son amour. Il ne faut pas laisser, Monsieur, de faire tout ce que vous pourrez au monde pour votre conservation. Ne sortez point pour tout, qu'en cas de nécessité. Envoyez quelque autre en ville solliciter les affaires et voir les personnes qu'il faudra ; et quand il arrivera des choses pressées et importantes qu'autre que vous ne pourra faire, prenez un carrosse de louage pour vous mener, et je vous prie. Monsieur, de n'y manquer pas, non plus qu'à continuer de prendre de l'aigre de cèdre ou à user
des autres rafraîchissements, et prendre les remèdes que le médecin vous ordonnera. Vous feriez contre l'intention de la Compagnie d'épargner la dépense en cette occasion, où il y va de votre santé qui nous est tant chère.
Je rends grâces à Dieu des longs et utiles travaux de vos ouvriers. Il faut bien que Dieu donne une force particulière à ceux qui le servent en la manière qu'ils font. Ne laissez pas. Monsieur, de les faire reposer et de les ménager. Je vous remercie. Monsieur, de la dispense que vous m'avez envoyée pour le frère Etienne. Nous la garderons sans lui en parler, n'étant pas à propos qu'il le sache, au moins pour le présent; nous verrons avec le temps.
Il est vrai. Monsieur, que la bonté de Mgr le cardinal de Gênes est très grande pour notre petite Congrégation ; que pouvons-nous faire pour la reconnaître, que louer Dieu souvent de la lui avoir donnée, et, en avouant notre indignité pour mériter jamais une telle grâce, nous consoler de ce que Notre-Seigneur l'a méritée lui-même pour nous ? Assurez bien Son Éminence et de nos prières pour sa conservation, tant importante à l'Église, et de notre parfaite reconnaissance pour ses grands et innombrables bienfaits.
J'ai fait savoir à M"' la duchesse d'Aiguillon ce que vous avez fait pour sa fondation. Elle m'a dit qu'elle vous écrirait aujourd'hui ; je ne sais si elle m'enverra sa lettre. Elle a été
fort étonnée, voyant que M. Tabbé Tinty a raflé les seize cents écus des arrérages, par artifice, étant assurée de ne lui avoir jamais donné procuration pour les recevoir.
J'écrirai en Poitou au plus tôt, pour savoir si les ministres baptisent validement. Je n'ai pas encore ouï dire le contraire ; je vous écrirai la réponse qu'on m'en fera.
M. Levasseur (que M. d'Horgny mena à Rome, au dernier voyage qu'il y a fait, n'étant pour lors que clefc) fait instance qu'on lui lève et qu'on lui envoie les lettres de ses ordres majeurs qu'il reçut à Rome en i653 et 1654, au carême et à Noël. Si vous pouvez les retirer commodément, je vous prie de le faire.
Je vous ai envoyé, il y a quelque temps, un livre de M. Abelly, intitulé : Deffence de la hiérarchie de V Église et de Fauthorité légitime de notre saint Père le Pape et de nosseigneurs les évesques contre la doctrine pernicieuse d'un libelle anonyme, qui a été brûlé depuis peu de la main d'un bourreau, par arrêt du conseil d'en haut. Je désire vous envoyer encore deux volumes du même livre, avec la réponse que les ennemis de la vérité y ont faite, et la réplique de M. Abelly. J'en ferai faire un paquet pour l'envoyer mardi à M. de Laforcade, par le messager de Lyon, afin qu'il vous le fasse tenir le plus promptement qu'il pourra. Je vous envoie par avance, dans ce paquet, une lettre que M. Abelly m'a écrite, où vous verrez l'importance qu'il y a d'autoriser son livre, qui ne contient qu'une bonne doctrine. Le moyen serait de le faire approuver à Rome, et de le faire traduire, à cet effet, en latin. Les jansénistes ni d'autres n'y trouveront rien à dire. Vous pourrez le mettre entre les mains de Mgr le cardinal dataire, afin qu'il ait agréable de commettre quelqu'un pour l'examiner, et en donner un exemplaire à Mgr Créag, pour en faire l'usage qu'il jugera à propos.
Je suis, en Notre-Seigneur, votre, etc.