DE LA MI9SJON^ A' N
Il le console de la mort de sa mère, et le loue de ses bonnes dispositions.
Paris, 27 juillet i65g.
Mon cher frère.
J'ai été consolé de votre lettre et affligé de votre affliction ; mais, comme vous savez. Dieu étant la cause de ces accidents qui nous privent de ce que nous avons de plus cher au monde, nous trouvons aussi en lui le remède à nos douleurs, en nous conformant à sa volonté. C'est en elle, mon cher frère, que vous aurez cherché le soulagement de
votre cœur, oppressé de la perte de votre chère mère, et où sans doute vous trouvez une abondante consolation. Je prie Notre-Seigneur qu'il vous tienne lieu de père et de mère, et qu'il donne le repos éternel à cette bonne défunte, laquelle j'ai fait recommander aux prières de cette communauté ; j'en ai fait mettre de plus un billet à la sacristie et chargé le sacristain de faire célébrer plusieurs messes à son intention. Nous avons fait tenir vos lettres, et je n'ai pu m'empêcher de vous faire celle-ci pour rendre grâces à Dieu, comme je fais, de vous avoir rendu la santé, et prévenu d'une grâce particulière pour le servir fidèlement en l'observance des règles, la pratique des vertus, et en vous abandonnant à son adorable providence, pour tous les lieux et les emplois où elle aura agréable de vous appeler. A quoi je vous vois disposé par votre lettre, et je le savais déjà par la relation qu'on m'a faite de vous.
Continuez, mon cher frère, à donner à Dieu toutes les affections de votre cœur, les applications de votre esprit et les œuvres de vos mains, et espérez de grandes bénédictions de sa divine bonté ; demandez-lui miséricorde pour moi qui suis, en son amour, votre, etc.
5oo. — A M. MARTIN,
SUPÉRIEUR, A TURIN
11 dit quelle est sa joie en apprenant quels sont les fruits des missions. —Il témoigne sa parfaite indifférence dans Taffaire de l'union d'un bénéfice important. — Il demande des renseignements sur un autre bénéfice qui lui est proposé.
Paris, f août lôSg.
Monsieur,
Il n'y a que quinze jours que je vous ai écrit. J'ai reçu depuis votre chère lettre du 12 juillet, qui m'a confirmé les bonnes nouvelles qu'on m'avait données de votre santé et du succès de vos missions; en quoi j'admire la bonté de Dieu
qui, après des fatigues capables d'abattre les plus forts, vous a ramené au gîte en bonne disposition, et quia opéré, par des instruments faibles, des fruits qui surpassent la puissance des hommes, tels que sont la conversion des pécheurs obstinés et la réconciliation des ennemis, et des ennemis si acharnés, en si grand nombre, et qui avaient des haines mortelles et invétérées. Il paraît bien, Monsieur, que Notre-Seigneur a travaillé avec vous. Son saint nom en soit à jamais béni ! Je ne puis assez l'en remercier : c'est pourquoi je le prie qu'il soit lui-même sa louange et son remerciement de toutes les grâces qu'il vous a faites, et par vous au pauvre peuple. Oh ! Monsieur, combien lui sommes-nous obligés de nous avoir appelés à son service d'une si bonne manière !
Il faut bénir Dieu de l'opposition qu'on a formée à la poursuite de l'affaire Saint-Antoine. Comme nous ne désirons que les choses faisables, nous devons agréer cet empêchement. S'il ne vient pas de Dieu, sa providence le saura bien ôter. Il nous doit suffire que ceux qui ont entrepris la chose né se rebuteront pas, s'ils ne la voient invincible du côté de deçà, sachant l'importance du dessein. Je suis toujours dans des sentiments de vénération et de reconnaissance pour Mgr le marquis, votre fondateur, qui ne cesse de vous faire et de vous, procurer de nouvelles grâces. En quoi il imite Dieu, qui, depuis qu'il a commencé à faire du bien à une créature, continue de lui en faire toujours jusqu'au bout. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, de ce que Mgr le nonce s'intéresse à l'avancement de l'état ecclésiastique, en la science et en la vertu, et de l'honneur que sa charité fait à notre petite Compagnie d'estimer qu'elle pourra contribuer à ce bien-là. Dieu lui en fasse la grâce, s'il lui plaît !
Il faut bien remercier M. le prieur de Saiot-Soire de la bonté qu'il a de nous vouloir établir dans son prieuré-cure, et à la place de douze chanoines réguliers qui y sont, de qui
il espère obtenir le consentement, moyennant une pension pour chacun; et s*offre d'obtenir aussi celui de MM. de la Sainte-Chapelle de Tonnon, qui confèrent ces prébendes, et d'en faire faire Tunion à Rome. Cest nous prévenir de beaucoup d'honneur, et de grâces que nous n'avons jamais méritées, dont je prie Notre-Seigneur qu'il soit sa récompense, quand même sa proposition ne réussirait pas, comme il est à craindre, ayant affaire à tant de personnes intéressées. La chose pourrait aussi souffrir difficulté de notre part, s'il fallait d'abord y envoyer autant de missionnaires qu'il y a de pré-
bendes, ou que le revenu, après les pensions payées, ne fût pas suffisant pour les y entretenir; car nous serions bien empêchés de fournir un si grand nombre d'ouvriers, et ne pourrions pas aider à les y faire subsister. Vous me mandez que le revenu est petit, mais vous ne me dites pas quel il est. Je vous prie de me mander à quoi monte le revenu du prieuré et de chaque prébende, sur quoi il se prend, quelles sont les charges, et à quoi on nous voudrait obliger; car autrement nous ne pourrions pas prendre de résolution sur cette affaire.
Le repos que vous prenez avec toute la famille est d'autant plus agréable à Dieu qu'il est une préparation au travail. Reposez-vous donc bien, je vous en prie, et, au nom de Dieu, ménagez-vous dans les occasions que vous aurez de prodiguer votre santé. Elle est trop utile aux âmes et trop chère à la Compagnie pour n'en procurer pas la conservation. Pour moi, je la demande à Dieu, avec l'augmentation de ses grâces sur votre personne, votre conduite et votre famille, laquelle j'embrasse avec vous de toutes les tendresses de mon cœur^ et je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.
P.'S. Le révérend père général de Saint-Antoine m'a envoyé son grand-vicaire pour se plaindre du projet de Tunion. Je lui ai dit simplement que j'avais ouï parler de cette
affaire, que nous ne recherchons jamais aucun établissement, que je l'assurais qu'on en a gardé la pratique jusqu'à présent, et que les missionnaires de Turin ne se mêleraient point de cette affaire, ni moi, mais que nous ne pouvions pas nous employer vers les puissances souveraines pour les détourner de faire ce qu'ils estiment avantageux pour le bien de leur État. Je dis cela à l'oreille de M. Martin seulement. Il ajouta que le roi de Naples a fait un traité de paix, d'autres fois, avec un duc de Savoie, dans lequel il est porté que Son Altesse royale ne pouvait désunir les bénéfices de son État qui dépendent de Saint-Antoine-de- Viennois, dont le roi est protecteur, sans son consentement, et qu'il espérait empêcher celle-ci par ce moyen.
5oi. — AU FRÈRE JEAN PARRE,