‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 209 sur 294 · DE LA MISSION, A SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

DE LA MISSION, A SAINT-QUENTIN

Il lui donne ses instructions pour les secours qu'il y aura à distribuer aux plus pauvres paysans et aux églises sans ressources. — II lui demande quand il compte pouvoir faire sa retraite.

Paris, 9 août lôSg.

Mon cher frère,

J'ai reçu vos lettres des 29 juillet et 5 de ce mois. Je ne doute pas que vous n'ayez bien à souffrir, et qu'on ne vous contredise et qu'on ne vous chagrine. Je prie Notre-Seigneur qu'il soit votre force pour réduire tout à son honneur.

Je n'ai rien à vous dire quant au service que vous rendez à Dieu et à la glorieuse Vierge, en la commission que Mgr de Noyon vous a donnée, sinon que vous pouvez encore continuer d'en avoir soin, autant que votre principal emploi vous le permettra, au sujet duquel je vous dirai, comme M"* Viole vous a déjà écrit, que l'on destine quelque petite chose pour aider quelques pauvres gens à semer quelque petit morceau de terre, je dis les plus pauvres, qui sans secours ne pourraient

pas le faire. On n'a pas pourtant rien de prêt, mais on fera

quelque effort pour amasser au moins cent pîstoles pour cela, fin attendant qu'il soit temps de semer; on vpus prie cepen- *dant de voir en quels endroits de Champagne et de Picardie îl se trouvera de plus pauvres gens qui aient besoin de cette -assistance, je dis le plus grand besoin. Vous pourriez leur recommander en passant de préparer quelque morceau de terre, de labourer et fumer, et de prier Dieu qu'il leur envoie •quelque'semence pour y mettre, et, sans leur rien promettre, leur donner espérance que Dieu y pourvoira.

On voudrait faire aussi que tous les autres pauvres gens •qui n'ont pas de terres gagnassent leur vie (tant hommes que femmes), en donnant aux hommes quelques outils pour .travailler, et aux filles et femmes, des rouets et de la filasse ou -de la laine pour filer, et cela, aux plus pauvres seulement. A <ette heure que voilà la paix, chacun trouvera à s'occuper, et, les soldats ne leur ôtant plus ce qu'ils auront, ils pourront amasser quelque chose et se remettre peu à peu ; et pour cela, l'assemblée a pensé qu'il faut les aider à ce commencement, et leur dire qu'il ne faudra plus s'attendre à aucun secours de Paris.

Voyez donc, mon cher frère, où sont ces pauvres gens qui ont plus de nécessité d'être aidés pour la dernière fois, et ce qu'il faudrait à peu près pour cela ; comme aussi pour couvrir les églises découvertes et ruinées, seulement à l'endroit de l'autel, pour y pouvoir dire la sainte messe avec quelque décence : j'entends les églises où les habitants sont dans l'impuissance de les remettre en cet état, et qui ne dépendent point d'aucun chapitre ou abbaye ou seigneur dîmier, qui sont obligés à les entretenir; car c'est à eux à faire ces réparations, et si vous nous mandez qui sont ces patrons bénéficiers et communautés, avec les noms des paroisses où seront telles cgiises désolées qu'ils sont tenus d'entretenir, on les en fera solliciter.

Tout cela vous obligera d'aller et de venir pour reconnaître où sera la véritable nécessité, pour en envoyer les mémoires^ afin qu'on puisse faire quelque petit fonds pour y remédier. On n'a encore presque rien d'assuré, comme je vous ai dit ; mais on fera quelque effort quand vous nous aurez mandé ce qu'il faudra à peu près qui soit absolument nécessaire pour ces trois choses-là : les semences, les outils et les réparations.

Pour votre retraite, quand la pourrez-vous venir faire ? Est-elle incompatible avec le soin de la chapelle et les autres choses que vous avez à faire, dont Je viens de vous parler ? Laisserez- vous tout là, pour venir vous récolliger, ou si vous remettrez votre retraite jusqu'à ce que tout cela sera fait ? Je vous prie de me dire votre avis. Je suis, en l'amour de Notre- Seigneur, votre, etc.

5o2. — A M. DESDAMES,

SUPÉRIEUR, A VARSOVIE

Il énumère les fruits qui résulteraient de la fondation d'un séminaire. — 11 cite le témoignage de Tévéque de Cahors. — Il annonce le prochain départ pour Madagascar, et demande des prières pour M. Le Vacher, de Tunis, exposé à la peste.

Parts, i5 août 1659.

Monsieur,

J'ai reçu celle du i8 juillet par laquelle vous me mandez la grâce que Notre-Seigneur vous a faite par l'incomparable bonté de la reine qui vous a donné le bénéfice de celui qui a précédé à la cure de Sainte-Croix, et auquel Sa Majesté l'avait fait donner; ce dont je rends grâces à Dieu et à Sa Majesté, et prie sa divine bonté qu'elle soit la récompense de la reine et qu'elle lui impute le mérite des services que cette petite Compagnie pourra rendre à Dieu, en ce .bénéfice et en tous ses emplois, dans le temps et l'éternité.

La pensée de Sa Majesté me semble être celle de Notre-Sei-

gneur, d'employer ce bénéfice à l'entretien d'un séminaire où les ecclésiastiques qui voudront prendre les ordres, obtenir des bénéfices, ou qui auront besoin de retraite pour se corriger de quelque vice et s'avancer de plus en plus à la vertu, pourront être reçus gratis à proportion du revenu. O Monsieur, que cette pensée me semble avoir les marques d'une pensée de Dieu ! J'espère que, s'il lui plaît de la bénir, elle fera du bien dans la Pologne.

Mgr l'évêque de Cahors me fit l'honneur de m'écrire, il y a quelque temps, que son clergé avait changé de face et que c'était grâce (Dieu merci !) à son séminaire, qui est composé d'environ cinquante ou soixante ecclésiastiques, où tous ceux qui veulent prendre les ordres sont obligés de passer un an ou dix-huit mois pour se former aux fonctions et à l'esprit ecclésiastiques. Il faut donc tendre là, et à cet effet vous envoyer pour le moins deux ecclésiastiques sur lesquels. j'ai déjà jeté les yeux (et j'espère que Notre-Seigneur bénira leurs petits travaux), et les faire partir à la première commodité que vous me marquez, comme aussi les filles de la Charité que Sa Majesté demande.

Vous travaillerez donc selon cela aux choses qu'il faudra pour l'union du bénéfice.

Si ces cinq ou six ecclésiastiques dépendent ad nutum du titulaire dudit bénéfice, comme il semble que vous me dites, l'on pourra remplir ces places par les premiers qui seront élevis dans ledit séminaire; et c'est ce qui ferait voir bientôt l'effet d'iceluî.

Nous prions Dieu incessamment pour le roi et la reine et pour le royaume, et nous y avons grande obligation, et je puis vous dire grande affection àceque Dieu sanctifie Leurs Majcs* tés et bénisse leur royaume. Nous sommes à présent dans un exercice qui est de rendre tous les prêtres de la Compagnie capables de servir indifféremment à la mission et aux sémi-

naires; et il semble qu'il plaît à Dieu d'y donner sa bénédiction.

Nous nous disposons à faire partir des missionnaires pour Madagascar. Je les recommande à vos prières, comme aussi M. Le Vacher de Tunis, qui est assiégé de la contagion et exposé à un grand danger de sa personne.

Je me suis proposé d'écrire à la reine pour la remercier des biens incomparables qu'elle fait à ses pauvres missionnaires; mais je ne le pourrai pas à cette fois à cause de quel* que embarras, duquel je viens de sortir; aussi bien ne feraisje qu'abuser du respect que je dois à Sa Majesté, que je lui témoignerai mieux par le silence que par ma lettre. Je lui fais ici un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle et vous supplie, Monsieur, de le lui témoigner. Je salue cependant M. Duperroy avec toutes les tendresses de mon cœur et embrasse tous les deux, prosterné en esprit à vos pieds, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, Monsieur, votre, etc.

5o3. — A M. DE FLACOURT,

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