CLERC DE LA MISSION^ A SAINTES
Il lui expose les causes et les dangers de la tiédeur.
Saint-Lazare, 7 septembre 1659.
Mon cher frère,
Vous me mandez par votre dernière lettre que vous êtes dans la tiédeur, que vous n'avez d'affection ni pour les règles ni pour les exercices, et que vous espérez que j'y apporterai remède.
Je veux bien le faire, mon cher frère, et je le veux d'autjnt plus que votre peine m'est fort sensible, à cause de l'es-
I. Jean Defricourt, né le 7 mars i635, à Nibat, diocèse d'Amiens; reçu à Paris le 20 juin i656.
time et deraffection que j'ai toujours eues pour vous; mais pour guérir votre mal il le faut connaître.
Pour moi, j'estime que c'est une langueur de la volonté et une paresse de Tesprit pour les choses que Dieu demande de vous; de cela je ne m'en étonnç pas, parce que naturellement tous les hommes sont en cet état. Et si vous me demandez d'où vient donc la différence qui est entre eux, les uns étant généreux et les autres lâches, je réponds que ceuxlà passent par-dessus les répugnances de la nature, et ceux-ci ne s'efforcent pas assez de les surmonter ; que les premiers sont en paix, n'ayant pas le cœur partagé, pour l'avoir donné tout à Dieu ; et que les autres sont dans l'inquiétude à cause que, en voulant aimer Dieu, ils ne laissent pas d'aimer d'autres choses hors de Dieu, et ces choses-là sont les aises du corps qui rendent Tàme pesante à la pratique des vertus. C'est ce qui engendre et qui nourrit la paresse, qui est le vice des ecclésiastiques. C'est l'état que Dieu a le plus en horreur. Aussi la tiédeur est un état de damnation.
Oh ! mon cher frère, que nous avons grand sujet de trembler, vous et moi, sachant que celui-là est maudit qui fait l'œuvre de Dieu négligemment. Bon Dieu, quelle leçon nous faites-vous, par le laboureur des champs, les artisans des villes et les soldats qui vont à la guerre ! Ils travaillent sans cesse, et souffrent beaucoup pour des choses qui périssent avec eux ; et nous pour nous sauver, pour que Dieu soit honoré et servi sur la terre, et pour que la passion de Jésus- Christ soit efficacement appliquée aux âmes qu'il a créées pour le ciel, nous ne voulons prendre aucune peine ni vaincre nos mauvaises inclinations ; j'appelle mauvaises toutes celles qui nous détournent des obligations de notre vocation, et cependant cette vocation nous engageant à la suite de Notre-Seigneur, nous oblige aussi de renoncer à nousmêmes, c'est-à-dire à notre volonté, à notre jugement, à nos
satisfactions, aux biens, aux parents, etc., ce qui se fait par l'observance de nos règles et de nos fonctions ; et alors la fidélité qui nous y apporte nous donnera le repos de l'esprit et la perfection désirée; mais il faut du courage pour frayer les difficultés.
Résolvez-vous donc, mon cher frère, pour une bonne fois, de passer par-dessus vos dégoûts ; demandez souvent à Dieu la grâce de lui soumettre la partie intérieure. Voici le temps des retraites : j'espère que la vôtre servira à vous détacher entièrement des plaisirs de la vie présente, et à vous animer de zèle pour parvenir à l'éternelle. Le ciel souffre violence; il faut combattre pour l'emporter, et combattre jusqu'au bout les sentiments de la chair et du sang. Si vous le faites, mon cher frère, ce ne sera plus vous qui vivrez, mais Jésus-Christ vivra en vous, comme je l'en prie de tout mon cœur, qui suis, en son amour, mon cher frère, votre, etc.
5i5. — A S. E. Mo» LE CARDINAL DURAZZO.
Il lui exprime toute sa gratitude pour les bienfaits dont il comble les missionnaires.
Saint-Lazare, i2 septembre i63g.
Monseigneur,
Le supérieur de la mission de Rome m'ayant écrit que Votre Éminence nous continue partout les effets de son incomparable bonté, je lui ai fait savoir que je n'avais pas de paroles assez énergiques pour exprimer la reconnaissance que j'en ai. Et en effet, Monseigneur, j'ai cru qu'il vaudrait mieux garder un saint silence envers Votre Éminence que de la remercier indignement, me contentant de donner mon pauvre cœur à Dieu pour le prier de se donner lui-même la louange due à son infinie bonté, pour tant de grâces que la vôtre nous fait, et pour se rendre aussi lui-même votre récompense.
Mais depuis, ayant su, Monseigneur, la peine que Votre Éminence s'est donnée dans Tachât d'une maison pour nous, et Taumône considérable qu'elle nous fait et nous procure, pour aider à la payer, je ne puis que je ne m'exclame de bonheur, et dans le sentiment de joie et d'admiration d'un tel bienfait, je m'écrie : O Monseigneur, que Votre Éminence nous est bonne, qu'elle est ingénieuse pour nous obliger, qu'elle est abondante en bénédictions pour nous avantager ! Jamais rien ne nous a fait mieux connaître la suprême charité de Dieu que la vôtre. Monseigneur, qui est des plus grandes et des plus étendues entre celles que Dieu a suscitées sur la terre pour notre petite Compagnie. Que pouvons-nous faire, Monseigneur, que nous humilier devant Dieu et devant Votre Éminence et vous dire notre indignité, que de publier l'étendue de vos libéralités et de votre assistance, et de prier instamment Notre-Seigneur qu'il conserve longuement Votre Éminence pour le bien de la sainte Église et qu'enfin il soit votre gloire infinie dans toute l'éternité ?
C'est dans ces souhaits et ces sentiments que je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.
5i6. — A S. É. Mgh le cardinal BAGNI.
Il lui offre l'hommage de sa reconnaissance.
Paris, 12 septembre lôSg.
Monseigneur,
Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'il m'assiste pour faire un digne remerciement à Votre Éminence, de la grâce qu'elle nous a faite de nous loger dans Rome ' et dans sa maison, et de nous la laisser à un prix moindre que sa juste valeur.
X. La maison actuelle de la Mission, à Monte-Ci torio, a été bâtie sur le terrain cédé par le cardinal Bagnî.
— Bgo —
Or, Monseigneur, je n'ai point de paroles qui vous puissent exprimer assez la reconnaissance que j'en ai. Mais j'espère. Monseigneur, que Dieu, pour lequel Votre Éminence nous a fait cette charité, en soit sa grande et éternelle récompense.
Toute notre petite Compagnie sera obligée de le prier instamment pour vous, comme elle le prie déjà. C'est de sa part et de la mienne. Monseigneur, que je renouvelle à Votre Éminence les offres de notre obéissance perpétuelle, priant Dieu qu'il ait 'agréable de recevoir les petits services que les missionnaires lui rendront par l'entremise des bénédictions qu'ils recevront de Votre Éminence dans cette bénite maison, et de vous en attribuer les mérites, comme aussi de vous conserver longuement au monde pour le bien de toute l'Église et la consolation des pauvres.
C'est dans ces sentiments que je suis, en l'amour de Notre- Seigneur, votre, etc.