‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 213 sur 294 · A M. DURAND · texte numérisé non relu

A M. DURAND

SUPÉRIEUR, A AGDE

Il Tencoarage à supporter les croix. — Il lui trace la ligne de conduite à suivre

pour obtenir les lettres patentes du roi.

Paris, 29 août iGbg.

Monsieur,

M. Bâillon, que vous me mandez être parti, par votre lettre du 18, n'est pas encore arrivé ici. Nous le recevrons volontiers.

Je vous compatis dans les peines que vous souffrez. II ne se faut pas étonner des difficultés et encore moins s'en laisser abattre. On en rencontre partout, particulièrement dans l'emploi où vous êtes. C'est assez que deux hommes habitent ensemble pour se donner de l'exercice, et quand vous seriez seul, vous vous seriez à charge à vous-même, et un sujet de patience ; tant il est vrai que notre vie est misérable et parsemée de croix. Je loue Dieu, Monsieur, du bon usage que vous faites des vôtres, ainsi que je me le persuade. J'ai trop vu de sagesse et de douceur en votre esprit pour douter qu'elles vous manquent en ces rencontres fâcheuses. Au reste, vous êtes seul qui m'avez écrit ce qui se passe. Je vous puis assurer que personne ne m'a fait aucune plainte de votre conduite, et que celui que vous me nommez paraît en être satisfait, et non pas mécontent ; continuez d'agir vers lui ainsi que vous me mandez que vous faites.

Il me semble que vous avez bien fait de demander à Mgr de Nàrbonne une déclaration comme lui-même a fait faire

le bâtiment du séminaire en la manière qu'il est, étant évêque et comte d'Agde, afin de vous en servir au besoin. Vous ferez encore bien d'attendre que Mgr son successeur soit arrivé pour résoudre, avec messieurs de la ville, les clauses de leur délibération. Il agira doucement avec eux en ce commencement; . et ainsi vous ne devez plus craindre que cela vous attire leur indignation.

Il est tellement vrai qu'il faut des lettres patentes du roi pour affermir votre établissement et, pour l'union de vos chapelles, que, sans cela, vous ne tenez rien. Vous ferez donc bien de travailler à obtenir le consentement des patrons de ces chapelles, s'il y en a, et celui de messieurs du chapitre, afin que sur iceux, Mgrl'évêque fasse l'union desdites chapelles, et que, sur cette union, nous obtenions du roi lesdites lettres, patentes ; et pour faire cela validement, il est nécessaire que mondit seigneur d'Agde ait agréable de faire un nouvel acte d'érection de son séminaire, et qu'il en donne la direction perpétuelle à la Compagnie, parce que cette perpétuité manque au concordat que feu M. Duchesne fit avec M. de Narbonne, pour lors évêque d'Agde. Je vous enverrai une copie d'un de nos anciens établissements, pour servir de modèle à mondit Seigneur. Vous pourrez prendre avis de M . Laur, pour les formalités qu'il faut observer pour l'union des chapelles. Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

5io. — A M. JOLLY,

SUPÉRIEUR, A ROME

Il exprime sa reconnaissance pour les bontés du cardinal Durazzo. — Il demande

que Dieu permette qu'on s'en rende digne.

5 septembre lôSg.

Monsieur,

J'admire de plus en plus l'infinie bonté de Dieu en celle de Mgr le cardinal Durazzo, qui n'a point de circonférence

pour nous : nous sommes l'objet de toutes ses bontés ; nous devons nous humilier beaucoup et nous confondre en vue des obligations éternelles que nous lui avons. J'avoue que c'est tout ce que nous pouvons faire pour ne tomber tout à fait dans l'ingratitude ; et je prie Notre-Seigneur qu'il nous rende moins indignes que nous ne sommes de rendre à Dieu les petits services pour lesquels Son Éminence nous honore de la grâce de sa bienveillance et de ses bienfaits, et qu'enfin sa divine Majesté soit elle-même sa récompense. Nous attendons la dernière résolution qui sera prise sur le traité du palais que Mgr le cardinal Bagny veut vendre. Je suis, en Notre-Seigneur, votre, etc.

5ii. — A M. GET,

SUPéRIEURy A MONTPELLIER.

Il le prie de prendre patience : les difficaltés du commencement dUparattront peu i peu.

Paris, 5 septembre lôSg.

Monsieur ,

Je ne doute pas que les affaires ne vous étonnent, tandis que vous n'en avez pas encore la connaissance. Tous les commencements sont un peu étranges, mais il faut avoir • patience : cette nouveauté sera bientôt passée, et peu à peu vous trouverez de la facilité aux choses qui vous paraissent à présent obscures, Notre-Seigneur, qui vous en a donné le soin, vous donnera aussi l'intelligence requise pour y accomplir sa volonté. Je ne suis en peine que de votre santé; faites, je vous prie, tout ce que vous pourrez pour vous bien porter. Je suis, en Notre-Seigneur, votre, etc.

5i2. — A M. PESNELLE

SUPÉRIEUR A GÊNES

Il étudie la délicate question des vacances, et énumère tous les inconvénients qui en résultent. — II insiste pour que les professeurs ne dictent pas, mais se contentent d*expliquer Fauteur. — Il nomme le directeur du séminaire interne.

Parîs^ 5 septembre lôSç.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 19 d'août.

Les vacances que vous proposez sont une chose fort délicate. Si on les accorde à quelques-uns, comme il y a quelquefois raison de le faire, les autres pensent avoir droit de les demander ; et si on les donne une fois, on prétend de continuer toujours, en sorte que c'est ouvrir la porte aux plaintes que de la fermer à cet usage. Nous avons pourtant été obligés de le faire ici, où, dès le commencement, nous avons permis qu'on allât çà et là se promener pendant plusieurs jours, une fois l'an ; mais nous fûmes obligés de réduire cela à un jour de chaque semaine, auquel on s'allait divertir à une, deux et trois lieues loin. Mais les inconvénients arrivés en l'une et en l'autre manière nous ont contraints de retrancher ces sorties, particulièrement depuis que nous avons fait enfermer quatre-vingts arpents de terre qui font un espace assez grand pour se récréer. Néanmoins nous avons souffert que les écoliers soient une fois allés passer quelques jours à une de nos fermes, mais ils se comportèrent si mal que je n'ai plus voulu permettre qu'on y soit retourné; et encore fraîchement qu'on m'a pressé sur cela, j'ai tenu ferme, par la grâce de Dieu.

Je ne veux pas dire que ce que nous faisons ici vous le fassiez de delà. Vous êtes logés trop étroitement pour n'envoyer pas les vôtres prendre un peu au large quelque honnête divertissement; toutefois, avant de résoudre cette question, je vous prie de me mander comment font les Jésuites, les pères

<ie rOratoîre et les Théatins de Gênes : si leurs écoliers ont vacances et où ils vont. Cest un pas fort glissant que celui-ci. On n'a pas sitôt donné une liberté qu'on en demande une autre ; et vous le voyez, en ce qu'ayant donné quinze jours de relâche à vos étudiants, il y en a qui veulent aller à Notre- Dame de Savone, et une autre année ils voudront aller à Milan ou ailleurs. Ils tireront cela en coutume, et d'un abus on passe à plusieurs, et enfin au désordre. Voilà où cela va.

Quant à la difficulté où vous vous trouvez pour le soulagement de M. Simon, je pense que vous feriez bien de le décharger du séminaire interne et de ne lui donner qu'une leçon à faire, ce sera assez avec l'office d'assistant qu'il doit exercer. Pour l'autre leçon, vous prierez M. Philippe de la faire, et tous deux de ne donner point des écrits: vous les en prierez même de ma part. Je sais bien qu'il est quelquefois bon et qu'ils auront peine de s'empêcher de donner quelques notes; mais la suite est à craindre, qui est que peu à peu on vient à donner des écrits tout entiers, qui, pour bons qu'ils soient, ne valent jamais mieux que ce que l'on trouve dans les livres. II vaut donc mieux qu'ils s'en abstiennent entièrement.

Pour le séminaire interne, je persiste à vous prier d'en donner la direction à M. Pinon, au cas que M. Simon soit de cet avis. Cet emploi obligera ledit M. Pinon de faire plus d'attention sur soi pour bien édifier toute la maison. Les Taisons contraires que vous me mandez ne doivent pas empêcher de faire un essai ; car nous ne pouvons vous envoyer personne plus propre ni qui parle italien comme il est nécessaire.

Je vous ferai savoir au premier jour si vous devez entrer «n partage avec MM. vos frères, ou vous contenter d'une pension. Je suis, en Notre-Seigneur, votre, etc.

5i3. — A MADEMOISELLE DE CHANDENIER.

Il lai annonce qu'un ecclésiastique^ recommandé par elle, peut venir faire sa retraite.

Saint-Lazare, 6 septembre lôSg.

Mademoiselle,

Mademoiselle de Chandenier est assurée par son serviteur Vincent qu'elle est souveraine absolue en 1^ maison de Saint- Lazare, et que ce bon ecclésiastique dont elle lui a écrit y sera le bienvenu pour y faire huit jours de retraite. Le reste du temps, il pourra le passer au séminaire des Bons-Enfants, parce que nous avons pour règle de ne recevoir céans personne que pour ce temps-là de huit jours. Et encore est-il à désirer qu'il attende jusqu'après l'ordination, qui commencera mercredi prochain et qui occupera pendant dix ou douze jours tous nos lits et notre monde. Si néanmoins il veut assister aux exercices de MM. les ordinands, très volontiers nous le recevrons. Ensuite il pourra faire sa retraite, et en ce cas il pourra être ici dix-huit jours.

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