A M. DUPERROY
PRÊTRE DE LA MISSION, A VARSOVIE
II bénit Dieu des sentiments dans lesquels il est établi, et lui dit de prendre confiance.
Paris, 3 octobre lôSg.
Monsieur,
Je vous écris un petit mot à la hâte pour vous accuser la réception de votre chère lettre du 1 6 août, qui m'a fort consolé à cause de la candeur de votre aimable coeur, vivement dépeinte en si peu de lignes qu'elle contient. Je rends grâces à Dieu, Monsieur, des sentiments qu'il vous donne et du bénéfice que la reine a mis en vos mains pour donner moyen à la Compagnie de servir les peuples, ce qui nous obligera d'envoyer de delà plus de missionnaires que nous n'avions dessein, mais il y a difficulté de les envoyer avant le printemps, ainsi que je l'écris à M. Desdames.
Cependant je vous prie d'avoir patience, quoique vous ne fassiez pas le bien que vous voudriez en cette circonstance, et de considérer que le bon Dieu se contente de celui que vous faites ailleurs en attendant mieux ; que vous n'êtes chargé de ce bénéfice que pour répondre aux desseins que sa divine bonté a sur la Compagnie pour l'avancement de sa gloire, et que, s'il était tombé en d'autres mains, il aurait peut-être servi à faire le contraire; Dieu nous a prévenus de trop de grâces pour craindre la tentation dont vous parlez. Vous êtes à Dieu et Dieu est à vous. O quel bonheur ! Il comprend tous les bonheurs, en sorte que tout ce qui ne tend pas là n'est que douleur et désolation. Notre-Seigneur, par sa grâce infinie, vous remplira de son esprit pour aider efficacement les âmes à se détacher des créatures et s'unir à leur souverain bien.
O que j'ai de joie. Monsieur, de savoir l'éloignement que vous avez pour le monde et pour les choses du monde qui périssent, pour ne vivre que de la vie de Jésus-Christ, qui
— 40ï — pour cela vous a attîré à son service et appelé en Pologne, où j'espère qu'il fera voir de plus en plus que c'est pour y étaler, ses divines vertus et y magnifier ses bontés infinies. Je Ten prie de tout mon cœur, qui suis, en son amour, votre, etc.