A M. ETIENNE
PRÊTRE DE LA MISSION, A NANTES
Il lui écrit au sujet d'un différend entre le maréchal de la Meillcraye et la
Compagnie rivale.
Paris, 26 novembre 1659.
Monsieur,
Je reçus hier au soir votre dernière, écrite de la chambre de Mgr le maréchal, et un mémoire qui marque ses conditions d'accommodement; et un moment après j'envoyai un billet à M. Caset, par lequel je le priais de venir entendre la sainte messe céans ce matin; ce qu'il a fait.
Je lui ai communiqué votre lettre et le mémoire. Il m'a dit ensuite qu'il est très humble serviteur de Mgr le maréchal ; qu'il communiquera à la Compagnie les conditions contenues dans le mémoire; qu'elle s'assemblera vendredi prochain, mais qu'il croit qu'elle ne les acceptera pas; et il m'a ajouté ensuite qu'il ne voyait pas de moyen plus juste ni plus satisfaisant raisonnablement un chacun, que celui qui fut projeté en la présence de mondit seigneur maréchal et auquel assista M. le premier président, et qui ne fut pas pour lors ni depuis agréé par mondit seigneur le maréchal, qui témoigna n'être pas satisfait d'une demande indiscrète d'un de la Compagnie, qui n'en est plus. Ques'ilplaît à mondit seigneur de reprendre ces mêmes moyens d'accommodement et de prier M. le premier président d'achever cette affaire, la Compagnie y pourra entendre.
Voilà, Monsieur, ce qu'il m'a dit en attendant la dernière réponse que fera ladite Compagnie vendredi; et il m'a ajouté derechef qu'il est très humble serviteur de mondit seigneur le maréchal, et qu'en cette qualité il est obligé de lui dire que la Compagnie n'est pas résolue de se déprendre de son droit, et qu'elle procédera néanmoins avec le respect et la
révérence qu'elle doit à la grandeur de mondit seigneur le maréchal.
Et c'est, Monsieur, ce qui m'afflige, qu'un dessein si considérable à la gloire de Dieu [soit traversé par ces fâcheuses rencontres, qui se peuvent accommoder facilement et promptement. Je prie Notre-Seigneur qu'il ait agréable de s'entremettre lui-même de cet accommodement. Je renouvelle ici les offres de mon obéissance perpétuelle et cordiale à mondit seigneur le maréchal, auquel vous direz, s'il vous plaît, que ladite Compagnie a reçu mes excuses et qu'elle cherche des prêtres.
Je vous prie de me donner de vos nouvelles par toutes les occasions qui se présenteront. Je salue très humblement vos très chers confrères, et suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.