‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 240 sur 294 · A M. CABEL · texte numérisé non relu

A M. CABEL

SUPÉRIEUR A SEDAN

di fait savoir qu*il ne peut se charger d'un jeune homme. — II se réjouit d'apprendre que le maréchal a échappé à un grave accident. — Il approuve la/ prudence de sa conduite. — 11 lui donne des nouvelles de la Compagnie.

Paris, 17 décembre i65g.

Monsieur,

J'ai reçu trois ou quatre de vos lettres, et j'ai accepté celle de change.

J'ai fait donner quelques petites douceurs à Régnier; mais de le mettre en condition, c'est ce que je ne puis pas faire, tant pour la qualité de son esprit, dont je ne veux pas répondre, que pour ne savoir à qui m'adresser. Je ne sors plus, et l'on fait grande difficulté de se charger de tels jeunes gens qui ne savent rien faire, s'ils ne payent pension ; et de nous en charger nous-mêmes, nous ne le pouvons pas : nous ne sommes que trop surchargés d'ailleurs.

Libouchamp est à Paris au même collège où Mistort a fait une retraite céans, en habit long.

Dieu soit loué, Monsieur, d'avoir préservé Mgr le mare-

. chai et toute sa famille de l'état du feu causé par la poudre.

La protection de Dieu paraît manifestement sur cette illustre

famille, en cet accident, qui n'a pas eu les mauvais effets qui

en arrivent pour l'ordinaire.

Votre conduite me paraît bonne à l'égard du seigneur dont vous me parlez, et faites savoir que je l'approuve à

ceux qui disent qu'il faudrait le presser au bien. Il n'est pas de ceux qui se laissent persuader. Il se conduit plus par ses propres lumières que par celles d'autrui, quoiqu'il fasse usage des bons avis qu'on lui donne, quand ils sont bons, et quand on les lui donne par simple. proposition. Continuez-lui les vôtres de cette façon. C'est ainsi que les anges agissent envers nous : ils nous inspirent le bien, et ne nous pressent pas de le faire. C'est une pensée que j'ai tirée de feu le cardinal de Bérulle, et l'expérience m'a fait voir qu'on gagne plus sur les esprits de procéder de cette sorte que de les solliciter d'entrer en nos sentiments et de vouloir l'emporter sur eux. C'est l'ordinaire de l'esprit malin d'user d'empressement, et c'est son propre d'inquiéter les âmes.

Je ne sais ce que c'est que temporaux romains^ nommezles autrement si vous voulez qu'on vous les envoie.

Je rends grâces à Dieu des forces qu'il donne à M. Florent' et du bon usage qu'il en fait. Plaise à sa bonté infinie de le fortifier toujours davantage pour votre soulagement et l'édification du dedans et du dehors!

Nous avons quatre prêtres à La Rochelle sur le point de s'embarquer pour Madagascar sur un vaisseau de M. le maréchal de la Meilleraye, savoir : MM. Etienne, Feydin^ Daveroult et Desfontaines , avec le frère Patte, qui est bon chirurgien. Priez pour eux, s'il vous plaît, et pour le bon M. Perraud qui tend à sa fin. M. Lesoudier se porte mieux, et le reste de la Communauté assez bien. Pour moi, j'ai d'î si mauvaises jambes qu'elles ne me veulent plus porter. Je 5uis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

I. Jean-Baptiste Florent, né à Lille, en 1622; reçu à Paris le it novembre 164S.

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