A M. MARTIN
SUPÉRIEUR, A TURIN
Il s*inquiète de sa ranté. — Il lui fflit observer les inconvénients qu'il y aurait si sa maison des missionnaires se trouvait en dehors de la ville. — Il lui annonce que le Pape a ordonné que les exercices des ordinands se fissent à Rome par les prêtres de la Compagnie.
Paris, 26 décembre lôSç.
Monsieur,
Je viens de recevoir présentement la vôtre du 11 de ce mois. Elle m'a d'abord sensiblement consolé, vous voyant
en mission ; mais, dans la suite, j'ai trouvé un rabat-joie, qui est le retour de votre fièvre quarte, que j'appréhendais fort. Peut-être vous êtes-vous trop hâté de sortir; mais peut-être aussi que Dieu en a ordonné de la sorte pour le mieux. Il faut adorer sa conduite et s'y soumettre. Je vous prie de ne rien épargner pour vous guérir, et Notre-Seigneur d'accomplir en vous sa sainte volonté.
Je rends grâces à Dieu de ce que vos prêtres travaillent et que Dieu leur donne la force de se soutenir.
II faut respecter la dévotion de ce bon gentilhomme qui fait bâtir une petite église hors de la ville de Turin, et quelques chambres, à dessein d'y loger la Compagnie. Il faut louer Dieu de sa bonne volonté, et admirer l'application continuelle que Mgr le marquis a pour votre établissement, que Dieu donnera enfin à ses soins et à son mérite. Il faudra faire ce qu'il commandera, touchant la proposition de ce bon gentilhomme. Il semble que la volonté de Dieu nous sera connue par lui.
Néanmoins, Monsieur, il semble aussi qu'en vous logeant ainsi à l'écart de la ville vous vous mettez hors d'état d'avoir un séminaire et de servir aux ordinations, à quoi pourtant vous devez viser, parce que tôt ou tard. Dieu aidant, sa providence vous y emploiera, si vous êtes en lieu propre.
Je vous dirai, sur cela, que le Pape a ordonné que les exercices des ordinands se feront désormais à Rome par les prêtres de la Compagnie, et, si Dieu bénit cela, on pourra les faire ailleurs. Je vous dis ceci, Monsieur, afin que vous regardiez à tout pour ne rien exclure de nos fonctions, s'il est possible, dans les occasions qui se présentent. Il vaut mieux attendre un peu que de s'engager en un lieu trop incommode. Mgr le marquis est pourtant le maître, et moi, je suis, en Notre-Seigneur, votre, etc.