A LA SŒUR MATHURINE GUÉRIN
FILLE DE LA CHARITé.
Il bénit Dieu des fruits de salut dont le zèle des filles de la Charité est récompensé. — Il repousse comme une calomnie certaines accusations portées contre une soeur. et il indique le moyen d'en tirer un grand profit spirituel.
20 décembre 16S9.
Ma chère sœur.
J'ai été fort consolé d'apprendre, par les lett^-es que vous avez écrites à M"' Le Gras, et par notre frère Jean Parre, le bien que Dieu fait par vous et par notre sœur, et la bénédiction qu'il donne à votre petite famille et à vos emplois. Je l'en remercie de tout mon cœur, et je prie sa divine bonté qu'elle continue à sanctifier vos âmes et à bénir vos exercices pour l'édification du prochain. Je n'ai pu m'empêcher de vous donner ce témoignage de ma joie et de ma reconnaissance.
J'ai su le bruit qui a couru de notre sœur Marthe ; j'ai peine à croire ce qu'on m'en a dit, et sujet de me persuader le contraire. C'est une calomnie pour elle et une humiliation pour vous. Dieu permet qu'il en arrive à ceux qui le servent ; et il
est même dit que ceux qui croiront en Jésus-Christ et le suivront seront persécutés : il faut s'attendre à cela, et , au lieu de s'en étonner, s'estimer bien heureuse de souffrir quelque chose. C'est un bien selon Dieu d'être traité comme Notre- Seigneur, quoique cela paraisse un mal selon le monde ; or le divin Sauveur a été injurié, accusé, méprisé injustement; pourquoi nous plaindrons-nous s'il nous honore de ses livrées? Vous ferez donc bien, ma sœur, de ne point vous arrêter aux paroles qu'on dit, et de n'entrer jamais en justification ; les discours qui n'ont pas la vérité pour fondement s'évanouissent comme la fumée , et les âmes qui s'abandonnent à Notre-Seigneur, pour tout faire et pour tout souffrir, seront justifiées par lui et auront l'honneur et le mérite de lui ressembler. Confiez- vous en sa vertu, ma sœur, et ne doutez pas que sa bonté infinie ne vous fortifie dans les épreuves qu'il voudra faire de votre patience, si véritablement vous méprisez tous les sujets d'opprobre et de confusion qui vous peuvent venir de la part des hommes.
Je le prie qu'il vous fasse cette grâce, et à notre bonne sœur, que je salue avec toutes les tendresses de mon cœur, et vous avec elles, étant de toutes deux, en l'amour de Notre- Scigneur, après m'être recommandé à ses prières et aux vôtres, ma sœur, votre affectueux frère, etc.