‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 251 sur 294 · A MA SŒUR MATH URINE GUERI N · texte numérisé non relu

A MA SŒUR MATH URINE GUERI N

FILLE DE LA CHARITÉ

Il lui annonce la mort de M. Portail et la maladie de M"« Le Gras.

3 mars i6Go.

Ma chère sœur.

J'ai reçu votre lettre et ma bonne part à votre peine. Il est vrai que le bon Dieu nous a ôté le bon M. Portail, qui décéda le î4 février, et que M'** Le Gras était alors en grand danger, et Ta été depuis. Ce sont de rudes coups pour votre petite Compagnie, mais venant de la main paternelle de Dieu, il faut les recevoir avec soumission et espérer de sa bonté que les filles de la Charité profiteront de cette visite; c'est lui qui les a appelées, et ce sera lui qui les maintiendra ; il ne détruit

jamais son œuvre, mais il la perfectionne; et, pourvu qu'elles soient fermes en leur vocation et fidèles en leurs exercices, il les bénira toujours en leurs personnes et en leurs emplois.

Je vous prie, ma sœur, de continuer de votre côté à bien faire votre office, et à demeurer en paix ; si vous le faites, vous serez plus agréable à Dieu qu'en faisant autrement. Grâce à Dieu Mademoiselle se porte mieux ; sa grande maladie a été une grande inflammation sur le bras gauche, auquel il a fallu faire trois incisions, et la dernière se fit avant-hier ; elle souffrait beaucoup, comme vous pouvez penser, et quoiqu'elle n'ait plus de fièvre, elle n'est pas pourtant tout à fait hors de danger, à cause de son âge et de sa faiblesse. On fait ce qu'on peut pour la conserver ; mais c'est l'ouvrage de Dieu qui, l'ayant conservée depuis vingt ans contre les apparences humaines, la conservera encore autant qu'il sera expédient pour sa| gloire. Nous vous donnerons avis, ma sœur, de ce qui arrivera de cette fâcheuse maladie, ainsi qu'aux autres sœurs éloignées.

Je vous prie derechef d'être en repos pour l'événement, parce que le contraire trouble l'âme et déplaît à Dieu ; il gouverne toutes choses avec sagesse et avec amour, et demande de nous une entière et amoureuse résignation à sa conduite : certes, c'est le grand secret de la vie spirituelle de lui abandonner tout ce que nous aimons, en noiis abandonnant nous-mêmes à tout ce qu'il veut, dans une parfaite confiance que tout en ira mieux; c'est pour cela qu'il est dit que tout tourne à bien à ceux qui servent Dieu. Servons-le donc, ma sœur, mais servons-le selon son gré et laissons-le faire; il vous tiendra lieu de père et de mère, il sera votre consolation et votre vertu, et enfin la récompense de vos travaux. Priez-le pour moi, qui suis, en son amour, ma sœur, votre, etc.

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