A M. GET
SUPÉRIEUR, A MARSEILLE
Il lai annonce la mort de M. Portail. — Il l'engage à retourner à Marseille.
Paris, 27 février 1660.
Monsieur,
Il a plu à Dieu de nous priver du bon M. Portail. Il décéda le samedi 14 de ce mois, qui était le neuvième de sa maladie, laquelle commença par une espèce de léthargie, qui s'est changée en fièvre continue et en d'autres accidents. Il eut depuis l'esprit et la parole assez libres; il avait toujours appréhendé la mort, mais la voyant approcher, il l'a envisagée avec paix et résignation, et il m'a dit, plusieurs fois que je l'ai visité, qu'il ne lui restait aucune impression de sa crainte passée ; il a fini comme il a vécu, dans le bon usage des souffrances, la pratique des vertus, le désir d'honorer Dieu et de consumer ses jours comme ^Notre-Seigneur en l'accomplissement de sa volonté. Il a été l'un des deux premiers qui ont travaillé aux missions, et il a toujours contribué aux autres emplois de la Compagnie, à laquelle il a rendu de notables services ; en sorte qu'elle aurait beaucoup perdu en sa personne, si Dieu ne disposait de toutes choses pour le mieux, et ne nous faisait trouver notre bien où nous pensons recevoir du dommage. Il y a sujet d'espérer que ce sien serviteur nous sera plus utile au ciel qu'il n'eût été sur la terre. Je vous prie. Monsieur, de lui rendre les devoirs accoutumés. Lors de son trépas. M"* Le Gras était aussi à l'extrémité, et nous pensions qu'elle s'en irait devant lui;
mais elle vit encore et se porte mieux, grâce à Dieu, qui n'a pas voulu nous accabler d'une double affliction.
Je viens de recevoir votre lettre du 17, qui m'a grandement consolé, non tant pour y voir la parfaite disposition que Dieu vous donne pour suivre en tout et partout les ordres de son bon plaisir, dont je n'ai jamais douté, que pour l'expédient qu'il vous a inspiré de retourner à Marseille sans bruit et avec l'agrément de Mgr de Montpellier. J'approuve donc, Monsieur, que vous lui demandiez permission d'y aller pour les affaires pressantes de la maison, et non seulement je l'approuve, mais je vous en prie, même d'y mener, quand vous pourrez, M. Parisy, si vous voyez que ce bon prélat s'en puisse passer ; vous ne le ferez pas néanmoins dans le cas que cela le dût contrister; vous le lui laisserez encore pour continuer quelque temps les exercices commencés.
Quand vous serez à Marseille, je me donnerai l'honneur de lui écrire pour lui représenter les difficultés de votre retour à Montpellier et pour le supplier de vous en dispenser, sauf à lui offrir de lui envoyer quelque autre prêtre au lieu de vous, si votre retraite le fâche, et qu'il soit résolu de maintenir son séminaire, ou s'il a d'autres sentiments, de rappeler ensuite M. Parisy et le frère Duchesne, que je salue affectueusement; je fais espérer par cet ordinaire à M. Delespinay qu'il vous verra bientôt, et je prie ^fotre-Seigneur qu'il soit votre conduite partout, et éternellement la vie et la gloire de votre âme, que la mienne chérit tendrement. Je suis, en l'amour de ce même Seigneur, votre, etc.
— 44° — 554. — A UNE RELIGIEUSE DE LA VISITATIOl^-
I II expose les motifs qui la peuvent décider à prendre une détermination.
29 février 1660.
Ma chère sœur,
C'est avec toute la confusion imaginable que je vous demande pardon du retardement que j'ai apporté à vous faire réponse ; mes embarras et mes infirmités en sont la cause et m'obligent même à présent à vous écrire d'une autre, main que la mienne.
Dans rindififérence où Dieu vous a mise pour sortir ott pour demeurer au lieu où vous êtes, c'est une chose à vider entre lui et vous que le choix que vous avez à faire de Tua pu de l'autre. Il est juste qu'après avoir tant travaillé et travaillé avec tant de bénédiction vous retourniez en votre, monastère pour vous y reposer, et si vous le faites, vous ne. ferez rien contre le bon plaisir de Dieu ; mais peut-être aussi, ma chère sœur, que si vous vous privez de cette consolatioa pour l'amour de Notre-Seigneur, qui nous appelle au plus parfait, il aura plus agréable la continuation de vos services, à la Madeleine qu'il ne l'aurait ailleurs ; la grâce de la persévérance est la plus importante de toutes, c'est elle qui couronne toutes les autres grâces, et la mort qui nous trouve les armes à la main est la plus glorieuse et la plus désirable.
Naturellement on souhaite aller mourir chez soi, au milieu de ses proches et entre les bras des personnes qu'on chérit ; mais tous ne se laissent pas aller à cette délicatesse, il n'y a que les esprits trop tendres. Notre-Seigneur a voulu finir comme il a vécu; sa vie ayant été rude et pénible, sa mort a été rigoureuse et cruelle, sans mélange d'aucune consolation humaine; c'est pour cela que plusieurs ont eu cette dévotion, d'aimer à mourir seuls et abandonnés des hommes,, dans la confiance d'avoir Dieu seul pour les secourir. Je suis
assuré, ma chère sœur, que vous ne cherchez que luî, et qu'entre les bonnes œuvres qui se présentent à faire, vous préférez toujours celles où il y a plus de sa gloire et moins de votre intérêt. Si donc il vous fait connaître qu'en préférant le séjour de la Madeleine à tout autre vous ferez une action très agréable pour lui et de plus grande édification pour le public, je ne doute pas que vous ne suiviez le meilleur ; et ainsi, ma chère sœur, je vous répète ici ce que je vous ai dit au commencement : que c'est entre Dieu et vous que se doit résoudre la question.
M. le théologal m'a fait l'honneur de m'en venir parler en faveur de la maison; je ne lui ai pas témoigné que vous m'ayez donné aucune part à cette affaire ; je lui ai dit seulement que je savais votre disposition ; et en effet, je vous prie de me mander le mouvement que Dieu vous donnera, après que vous vous serez donnée à lui de nouveau pour que sa volonté s'accomplisse parfaitement en vous. Je suis, en son amour, ma sœur, votre, etc.