Mgr François de Maytie, évêque d^Oléron, de 1659 à
retrancher ce membre gangrené, afin qu'il ne vienne à gâter les autres ? Vous savez néanmoins, ma sœur, que l'on ne met personne dehors que fort rarement, et seulement pour de grièves fautes, et jamais pour des manquements communs^ ni même extraordinaires, s'ils ne sont fréquents et notables; encore ne le fait-on que le plus tard qu'on peut, et après avoir longtemps supporté les chutes d'une telle personne, et employé vainement les remèdes propres à sa correction. On use surtout de cette charité envers celles qui ne sont pas tout à fait nouvelles, et encore plus envers les anciennes, de sorte que, s'il en sort plusieurs, c'est que ce sont elles-mêmes qui s'en vont, ou par légèreté d'esprit, ou parce que, ayant été lâches et tièdes au service de Dieu, Dieu même les vomit et les rejette avant que les supérieurs pensent à les renvoyer.
De dire que celles qui sont fidèles à Dieu et soumises à la sainte obéissance sortent de la Compagnie, c'est ce qui n'arrive pas, grâce à Dieu, ni à l'égard de celles qui se portent bien, ni envers celles qui sont infirmes : on fait ce qu'on peut pour les conserver toutes, et on prend tous les soins possibles des unes et des autres jusqu'à la mort.
Si donc cette bonne fille d'Arras veut se résoudre à entrer chez vous et y mourir, elle sera traitée de même avec grande bonté; mais dites-lui, s'il vous plaît, que c'est à elle d'assurer sa vocation par des bonnes œuvres, selon le conseil de l'apôtre saint Pierre, et pour cela, elle se doit appuyer en Dieu seul et espérer de lui la grâce de la persévérance. Que si elle en veut être assurée de la part des hommes, il y a apparence qu'elle cherche autre chose que Dieu : il la faut laisser là et ne s'en plus mettre en peine. Je ne doute pas, ma chère sœur, que vous n'ayez été vivement touchée de la privation de votre chère Mère ; mais. Dieu soit béni ! vous lui avez dit qu'il a bien fait de vous l'ôter, et que vous ne voudriez pas qu'il en fût autrement.
Vous n'avez pas encore une autre supérieure. Nous avons nommé M. d*Horgny pour directeur en la place de feu M. Portail ; c'est le plus ancien de nos prêtres, des plus sages et des plus affectionnés à votre petit Institut. La sœur Jeanne Gressier, qui assistait la chère défunte, continue son office d'assistante en la maison, et elle répond à celles du dehors; et il me semble que toutes sont contentes et que tout va bien, grâce à Dieu, à la ville et aux champs. Cependant vous avez pensé que tout était perdu; mais sa divivine bonté ayant donné commencement et croissance à la Charité, il faut espérer qu'elle la soutiendra et perfectionnera : à quoi vos exemples contribueront. Dieu aidant. Oui, ma sœur, j'espère qu'en vous comportant en vraie fille de la Charité, comme vous avez fait jusqu'à présent, vous inviterez efficacement Notre-Seigneur à bénir et multiplier l'œuvre de ses mains pour le soulagement et le salut de ses pauvres membres qui sont nos maîtres. Je dis la même chose à ma sœur Radegonde, que je salue, et j'espère le même de toutes les sœurs qui ont bonne volonté, etc.