‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 258 sur 294 · A M. DESDAMES · texte numérisé non relu

A M. DESDAMES

SUPéRIEUR, A VARSOVIE.

Il approuve 9a conduite. — H l'engage à s'occuper de Tunion d'un bénéfice, et indique la marche suivie en France pour cette sorte d'affaire. — II donne des détails sur M. de Chandenierf dont il annonce la mort.

Pari S; 28 mai 1660.

Monsieur,

J'ai reçu votre lettre du 3i avril, qui m'a d'autant plus

consolé qu'elle est un peu ample. J'ai été bien aise de voir

l'état de votre temporel et les remèdes que vous avez

apportés au besoin de votre village pour l'âme et pour le

corps. Vous avez bien fait d'en changer l'économe, de faire

réparer les vieux bâtiments de votre cure, puisqu'il y avait

nécessité de le faire, et que vous prévoyiez du profit. Continuez de temps en temps à nous mander ce qui se passera en vos affaires, qui ne pourront aller que de bien en mieux, s'il plaît à Dieu d'affermir la paix que vous dites être conclue de delà. Dieu en soit loué. Monsieur! j'en ai une joie que je ne vous puis exprimer, comme aussi de la santé et du retour du roi et de la reine. Plaise à sa bonté de leur donner, et à tous leurs États, un plein et durable repos !

Il est à désirer. Monsieur, que l'union du bénéfice de Vitkiski se fasse au plus tôt, pendant qu'il plaît à Dieu de nous conserver Leurs Majestés. Mais, quant à la manière, voici Tordre qui s'observe en France pour les unions : le titulaire du bénéfice le résigne entre les mains de Tévêque ou du Pape, pour être uni à la Compagnie; sur cette résignation l'on obtient le consentement du patron et des autres parties intéressées, s'il y en a, particulièrement de Tévêque, lorsque l'union se fait à Rome ; et quand elle se fait par l'évêque même, on la fait confirmer par le Saint-Siège, et ensuite on obtient des lettres patentes du roi, qui agrée et autorise cette union, et ensuite on fait enregistrer ces lettres en parlement. Le motif de l'union peut être l'érection d'un séminaire dont la direction perpétuelle est attribuée à la Compagnie; mais l'union se fait à la Compagnie même. Mandezmoi si l'usage de delà est semblable ou différent à celui de France, et en quoi il diffère.

Je salue fort cordialement le bon M. Duperroy et je recommande à ses prières et aux vôtres Tàme de feu M. l'abbé Chandenier, qui est mort en Savoie en revenant de Rome. C'était une personne de condition, neveu de feu Mgr le cardinal de la Rochefoucauld, qui, par une singulière piété, s'était retiré céans depuis cinq ou six ans, avec M. l'abbé de Mou stier-Saint- Jean, son frère, qui a fait le voyage de Rome avec lui, et qui est de retour depuis quelques jours

avec M. Berthe et un autre prêtre de la Compagnie, qui les ont accompagnés. Ce cher défunt était fort détaché des créatures, fort humble et mortifié, fort récoUigé et intérieur, fort gai, sage, judicieux et exemplaire, tout à Dieu et fort zélé pour l'avancement de l'état ecclésiastique et le salut des peuples ; enfin nous ne voyons point son pareil ; la perte en est grande pour l'Église et très grande pour cette maison qu'il édifiait merveilleusement. Nous devons nous entretenir ce soir de ses vertus admirables, qui sont plutôt les vertus de Notre-Seigneur exercées par lui en ce sien serviteur. Ceci vous fera demander s'il était missionnaire? A quoi je vous dirai qu'il l'était d'affection il y a longtemps, mais étant très indigne d'avoir pour confrère un tel prélat, nous ne l'avons reçu en la Compagnie qu'un ou deux jours avant sa mort; et alors il en a fait de si grandes instances qu'il a fallu lui donner cette consolation. Son corps a été porté en notre petite chapelle d'Annecy. Tout ce que Dieu fait est bien fait : sans cette foi nous serions inconsolables d'une telle privation.

Je suis, en l'amour de Notre-Seigneur, votre, etc.

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