‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 48 sur 294 · A M. JOLLY · texte numérisé non relu

A M. JOLLY

SUPÉRIEUR, A ROME

Il le charge de négocier pour obtenir un bref contre les duellistes.

19 mai i656.

Monsieur,

Avant que de répondre à votre dernière lettre, je vous parlerai d'une affaire des plus importantes qui se puissent présenter, et dont le mérite me servira d'excuse envers vous, pour la surcharge que je vous donne en vous l'adressant; outre que je n'ai pu m'en défendre, eu égard à ceux qui m'ont demandé votre assistance, il est question de remédier aux duels, qui sont si fréquents en France, et par lesquels il s'est fait des maux infinis.

M. le marquis de la Mothe-Fénelon ' est celui de qui Dieu

I. Antoine de Saiignac, marquis de Fénelon, fils de François et de Marie de Bonneval, né en'1621, marié à Catherine de Montheron, fut un de ces fervents chrétiens qui, rompant généreusement avec les faux principes du monde, vinrent se ranger sous l'habile direction de M. Olier. D'abord ardent fauteur des duels, dont il soutenait non seulement la pratique, mais même la légitimité en théorie, il fut ensuite un de ceux qui contribuèrent le plus à détruire le faux point d'honneur. En compagnie du baron de Renty, du duc de Liancourt, du maréchal de Fabert, du vicomte de Montebas, du comte de Brancas, du marquis de Saint-Mesmes, du comte d'Albon, de MM. Desgraves,

s'est servi pour susciter les moyens d'en détruire l'usage. Il a été autrefois un fameux duelliste ; mais, comme Dieu le toucha, il se convertit si bien qu'il jura de ne plus se battre. Il était à Mgr le duc d'Orléans, comme il y est encore ; et en ayant parlé à un autre gentilhomme, il lui fit prendre la même résolution, et tous deux en ont gagné d'autres à leur parti, en les engageant de parole et même par écrit.

Ces commencements ont eu les progrès que vous verrez dans le mémoire ci-joint, et d'autres que l'on a omis. Le roi a fait enrôler sa maison dans cette résolution. Les États de Languedoc et de Bretagne ont privé du droit de séance dans leurs assemblées les gentilshommes qui désormais se battront dans leurs provinces. Enfin on a usé de toutes les précautions possibles pour arrêter ce torrent qui a fait tant de ravages sur les corps et sur les âmes.

Il ne reste, pour la conclusion de cette bonne œuvre, sinon qu'il plaise à notre Saint- Père le pape de la couronner de sa bénédiction par le bref qu'on lui demande. Je vous envoie le

d'AIzan, de Bourdonnet, du Four, de Sou ville ^ du Clusel, c^est-à-dire de tout ce que la ville et la cour comptaient de plus généreux et de plus brave, il s^engagea par serment le jour de la Pentecôte, dans l'église du séminaire de Saint-Sulpice, à ne plus accepter aucun duel et à s'efforcer d'en abolir Tusage chez les autres. Quelques jours après, il était à même de tenir sa promesse par un refus que toute la cour admira comme un acte de vertu héroïque. Accusé de bigoterie par ceux qui n'eurent pas la même énergie que lui, il leur répondit en rentrant comme simple soldat dans l'armée, qu'il avait quittée momentanément sur l'avis de M. Olier. Ce fut alors qu'il reconquit par sa belle conduite l'estime de tous, et qu'il emmena son fils au siège de Candie pour l'arracher à la funeste influence de la cour. Ce fils unique y fut tué et mourut dans les plus admirables sentiments entre les bras de son généreux père. La Providence sut ménager à celui-ci la plus douce consolation, en substituant au fils qu'il avait perdu un neveu qui fut depuis l'illustre archevêque de Cambrai et qui devint, avec sa fille, l'objet de ses soms et de ses affections les plus tendres. 11 mourut le 8 octobre i683, et fut inhumé dans la chapelle du séminaire de Saint-Su Ipice. Son neveu rendit lui-même témoignage de son ardeur et de son succès pour l'extinction des duels, dont il fait à la fois hommage à M, Olier, et à saint Vincent de Paul dans sa lettre à Clément XI pour la canonisation de ce dernier.

projet, qui a été si bien concerté de deçà, qu*on estime qu'il n'est pas possible d'y rien changer sans ruiner le bon dessein qu'on a. Prenez la peine de vous bien mettre au fait de tout, pour en instruire quelque cardinal qui puisse et qui veuille représenter à Sa Sainteté l'importance de la chose. Mgr le nonce donne la même commission et envoie la même dépêcne à son agent.

Il faudra que vous fournissiez aux frais; et, je vous en prie, vous m'écrirez exactement tout ce qui se passera.

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