A SŒUR FRANÇOISE MÉNAGE
FILLE DE LA CHARITÉ, A l'hÔPITAL SAINT-RENÉ DE NANTES.
II la loue de ses bonnes dispositions. — II l'engage à estimer sa vocation, à en remercier Dieu; c'est ainsi qu'elle persévérera. — Il l'engage à vivre dans une grande union avec ses compagnes. — Il la fortifie contre les épreuves qui peuvent survenir, et lai donne des nouvelles de M"* Le Gras.
Paris, 17 mai i656.
Ma sœur.
Je suis bien aise d'avoir reçu votre lettre, dont la lecture m'a fait connaître que vous êtes toujours bonne fille, disposée d'être toute à Dieu, et toute à votre chère vocation pour le bien des pauvres, dont je remercie Notre-Seigneur qui vous a appelée à son service d'une si bonne manière, et qui n'a pas fait cette grâce à tant d'autres filles qui sont dans le monde en danger de se perdre. Estimez beaucoup l'honneur qu'il vous a fait de vous choisir entre mille pour exercer ses bontés sur vous, et par vous sur ses membres affligés, et l'en remerciez souvent dans l'esprit d'une humble reconnaissance, laquelle je prie sa divine bonté de vous donner; car si une
I. M. Louis Serre, né à Épinal en 16 18; reçu à Paris le 23 mars 1644.
fois vous Tavez bien empreinte dans Tâme, elle vous augmentera le désir de plaire uniquement à Dieu et le soin de lui offrir toutes vos actions, qui est le moyen d'obtenir la grâce de la persévérance, surtout si vous y joignez la pratique exacte de vos règles et des vertus qui vous sont propres, comme la douceur, l'humilité et le support.
Je salue notre bonne sœur Haran et toutes les autres, à qui je souhaite les mêmes bénédictions. Tandis que vous et elles consenxrez l'union et la bonne intelligence ensemble, et serez fidèles à vos exercices, vous jouirez d'une grande paix, vous vous serez à consolation l'une à l'autre, vous édifierez le dedans et le dehors de la maison, et le Saint-Esprit, faisant sa demeure en vos cœurs, vous comblera de biens dans le temps et dans réternité.
Mon Dieu, ma sœur, que j'ai de joie de vous savoir contente au lieu et en la condition où vous êtes I c'est une grâce de Dieu qui peut-être ne durera pas toujours, car il arrive des changements en notre esprit qui nous font ressentir de temps en temps des dégoûts, des tentations, des ennuis, des aversions, des tristesses et d'autres peines intérieures; et Dieu permet que les meilleures âmes en soient souvent exercées, tant pour les éprouver que pour leur donner sujet de mérite. C'est pourquoi nous devons nous y préparer, afin que ces états fâcheux ne nous surprennent pas et ne nous découragent pas, quand nous y serons. Prions Dieu, ma sœur, qu'il nous fasse faire bon usage de tous ceux où nous pourrons nous trouver.
Vous me demandez à communier le jour où vous avez fait les vœux ; je le veux bien , si c'est la coutume en votre Compagnie ; mais, si les autres sœurs ne communient pas en semblables jours, vous ferez bien de vous conformer à elles, pour éviter la singularité. C'est faire une bonne communion que de suivre la communauté.
M'^® Le Gras nous a pensé échapper; elle a été malade à rextrémité, et n'est pas encore tout à fait hors de danger, bien qu'elle soit en bien meilleur état, grâce à Dieu. Je ne la recommande pas à vos prières, sachant que vous ne manquez pas de les offrir à Dieu pour sa conservation. Dieu bénit de plus en plus votre petite Compagnie. Je vous prie de lui demander miséricorde pour moi ; je parle aussi à nos sœurs, étant de toutes en général et de chacune en particulier, nommément de vous, en l'amour de Notre-Seigneur, votre très affectionné serviteur, etc.