‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 51 sur 294 · Mgr François Fouquet, évoque d^Agde, i643-i · texte numérisé non relu

Mgr François Fouquet, évoque d^Agde, i643-i

présentement vous doivent faire estimer que l'assistance divine ne vous manquera point dans les autres occasions où vpus serez appliqué, mais que le secours de sa grâce sera d'autant plus grand que vous y trouverez plus de difficultés, pourvu qu'avec cette confiance vous vous abandonniez à sa conduite pour faire de vous ce qu'il lui plaira. Les bas sentiments que vous avez de vous-même sont bons, et je prie Notre-Seigneur qu'il vous en donne assez pour le suivre toujours en la pratique de la sainte humilité ; mais ils ne doivent pas vous empêcher de vous soumettre, si la sainte obéissance vous met à montrer la philosophie; aussi témoignez-vous être prêt à l'entreprendre à la première signification, dont je rends grâces à Dieu comme d'une victoire que vous avez remportée sur la nature rebelle. Si nous pouvons envoyer un autre maître pour cette classe, ainsi que nous tâcherons de le faire, pour nous accommoder à votre désir, vous ne manquerez pas de bonnes occasions pour rendre de bons services à Notre-Seigneur, non plus que de difficultés pour pratiquer la force et la mortification ; car il s'en trouve assez dans toutes les voies qui conduisent à Dieu. Cependant j'ai demandé à M. Watebled s'il juge devant Dieu que vous ayez la suffisance requise pour enseigner la philosophie; il m'a dit qu'il n'en fallait point douter. Voilà pourquoi je vous prie de vous donner à Dieu pour cela, dans le doute si j'en pourrai envoyer un autre.

Je vous plains beaucoup pour les peines d'esprit que vous souffrez, parce qu'il n'y a rien qui afflige tant une âme qui aime Dieu, ni qui la décourage plus dans ses premières résolutions, ni qui l'expose davantage aux tentations, que ces tiédeurs que vous avez pour les choses de Dieu et ces dégoûts pour l'oraison, les lectures spirituelles, etc. C'est pourquoi, mon cher frère, vous devez beaucoup prier Dieu qu'il les éloigne de vous ou qu'il vous fasse la grâce d'en

bien user. Sa bonté fera sans doute l'un ou Tautre, si, nonobstant ces sécheresses, vous êtes fidèle à vos exercices.

Mais, au reste, ne vous étonnez pas de vous voir en cet état ; il vous est commun avec quantité de saints qui ont passé par là, et j'espère qu'il se changera bientôt en ferveur et allégresse d'esprit, d'autant que l'homme n'est jamais en même état, et que Notre-Seigneur exerce ses meilleurs serviteurs, tantôt d'une façon et tantôt d'une autre, pour les éprouver en toutes les manières. Cela étant, mon cher frère, tâchez d'agréer tous les événements de sa conduite paternelle, et demeurez ferme parmi ces changements à ne chercher que lui et votre propre abnégation, etc.

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