‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 52 sur 294 · A M. JOLLY · texte numérisé non relu

A M. JOLLY

SUPÉRIEUR, A ROME

II approuve pleinement tout ce qu'il a fait au sujet d'une maison dont le Pape veut disposer. — Il lui trace la ligne de conduite & tenir en cas de peste.

23 juin i656.

Monsieur,

Nous avons trouvé fort bon tout ce que vous avez fait et avancé pour avoir la maison dont le Pape veut disposer pour quelque œuvre de piété : vos sollicitations, offres d'argent, réponses aux objections, et enfin la clause (en cas qu'elle nous soit accordée) que votre famille sera obligée de continuer les missions de la campagne à perpétuité, supposé les intervalles ordinaires, ou autrement qu'elle lui sera ôtée. Je pense que Sa Sainteté aura été satisfaite de tout cela ; et certes je n'y vois rien à ajouter, que la continuation de nos prières pour que Dieu fasse connaître sa volonté, hors laquelle nous ne devons rien désirer; et nous ne serions pas de vrais enfants de la Providence, si nous n'étions aussi contents que cette affaire réussisse à l'avantage de ces pauvres

filles orphelines qu'au nôtre propre. Nous en attendons l'événement avec soumission.

Il y a sujet d'espérer que Taffliction de peste que Rome appréhende n'y arrivera pas : les prières de tant de bonnes âmes qui les offrent à Dieu pour cela feront que sa bonté divine l'en détournera. Nous avons commencé d'y mêler les nôtres, quoique chétives, et continuerons tant que besoin sera. Vous désirez néanmoins savoir ce que vous aurez à faire, en cas que ce mal arrive.

Cette question peut se réduire à trois chefs, à savoir: si la famille se doit offrir au service des pestiférés, ou si elle se retirera aux champs, ou si elle continuera ses exercices ordinaires dans la ville ?

Pour le premier. Monsieur, qui est de vous exposer, je ne doute pas que quantité d'autres ne le fassent, et ainsi il ne sera pas besoin de prévenir ni rechercher les ordres pour vous appliquer à cette assistance.

Pour le second, qui est de vous éloigner, il n'est pas plus expédient ; car, outre que votre habitation présente est en bon air, vous n'avez pas des offices d'obligation qui vous obligent à communiquer beaucoup avec ceux du dehors, et partant il vous sera facile de vous conserver dans la ville.

Quant au dernier, si vous cesserez ou continuerez vos exercices, je réponds que, pour recevoir personne à la retraite pendant la maladie, vous ne le devez pas faire; et pour les ecclésiastiques qu'on a coutume de vous adresser pour leur montrer les cérémonies et pour les disposer à la réception des saints ordres, il est à remarquer que pour lors il s'en présentera fort peu, parce que, s'il y a peste, les étrangers n'en approcheront pas ; et pour ceux de la ville, ils ne seront admis à cela par les officiers qu'à bonnes enseignes ; et vous ferez bien, ce me semble, de recevoir ceux qui vous seront adressés par ceux qui en ont le pouvoir, etc.

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