A M. MARTIN
SUPÉRIEUR, A TURIN
11 s^occape du personnel de sa maison. — Il lui indique le but des deux œuvres
de dames de Charité.
Paris, 28 juillet i656.
Monsieur,
J'ai reçu votre lettre du ï5. Je rends grâces à Dieu de ce que vous avez M. Richard avec vous; j'espère que vous recevrez consolation et soulagement de lui. Je vous le reco)nmande et je vous prie de l'embrasser de ma part, et de lui dire que j'ai des sentiments d'estime et de tendresse pour sa personne très particuliers; que je prie Dieu qu'il le bénisse de plus en plus, et que j'ai beaucoup de confiance dans ses prières.
Pour M. Ennery, je ne puis vous dire s'il vous demeurera. Je le souhaite, parce que vous le désirez ; mais si M. Blatiron le demande pour enseigner la philosophie à Gênes, il est nécessaire qu'il y aille, et je vous prie de l'y envoyer à la première signification du même M. Blatiron, laquelle il ne vous fera qu'à la dernière extrémité. Il est après pour résoudre M. Patrice Valois à faire ces leçons; et s'il peut en venir à bout, il vous laissera M. Ennery; et moi je tâcherai de vous envoyer un bon prêtre savoyard après ces chaleurs; car je n'ose l'exposer au voyage en ce temps ici. Ce sera pour remplir la nouvelle fondation de M. le marquis de Pianezze, qui, outre l'obligation des deux messes qu'il impose à votre famille, désire l'augmenter d'un prêtre qui sera le cinquième, et qui prendra, s'il vous plaît, la place de M, Dheaume, lequel je vous prie d'envoyer à Annec}^ et de lui donner
Targent qu'il faudra pour son voyage, avec la lettre que je lui écris à cet effet.
Il y a deux sortes de dames à Paris qui se sont liées pour l'assistance des pauvres.
Les unes sont celles des paroisses qui prennent soin des malades et qui ont quelque sorte de règlement, pour faire cela avec ordre et utilité, dont je vous envoie une copie imprimée.
Les autres, qui peuvent être au nombre de quarante ou cinquante, n'ont point de règle écrite, et leur charité n'est pas si bornée; mais elle s'étend plus loin, en divers endroits et en plusieurs manières, selon les besoins publics. Elles assistent depuis quelques années les pauvres gens des frontières, et ont même assisté ceux des environs de Paris pendant la guerre. Elles y font premièrement subsister les pauvres curés, ou d'autres prêtres, pour les faire assister spirituellement, pendant qu'elles fournissent de quoi les soulager corporellement. Elles se sont servies et se servent encore de quelques prêtres et frères de la Compagnie qui visitent les lieux ruinés, et prennent connaissance du nombre et des besoins des pauvres, tant malades que les autres qui ne peuvent gagner leur vie, et distribuent en chaque lieu les habits, grains et argent qu'on leur envoie; et comme ils écrivent les misères spirituelles et temporelles qu'ils trouvent, on en fait des relations qu'on fait imprimer, et les dames les distribuent dans les bonnes maisons, et y vont demander l'aumône, et, joignant à ce qu'elles amassent ce qu'elles donnent, elles tâchent de remédier à ces nécessités-là.
M. Ennery a été employé avec bénédiction en ce tenips-Ià, et durant quelques années la dépense allait à seize mille livres par mois; mais à présent elle est bien moindre, tant parce qu'on a plus de peine à trouver de l'argent, qu'à cause aussi que le blé est à bon marché.
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On fait une assemblée toutes les semaines, où Ton met entre les mains de la trésorière les aumônes ; et après avoir avisé aux besoins plus pressants, on délibère sur les remèdes qu'on y peut apporter. Voilà, Monsieur, ce que je puis vous dire sur ce sujet, qui suis, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.