I. Évêque nommé d'Arras, Etienne Moreau
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a prolongé son séminaire pour quelque raison que Ton a • eue ; J'espère qu'il en profitera.
On n'a point de sujet de s'alarmer quand on voit quelqu'un qui est refusé dans une Compagnie, ou renvoyé pendant le séminaire. Le frère cordonnier d'Arras, qui s'en est retourné ces jours passés, vous aura pu dire ce que nous avons fait pour le retenir, et de cet exemple chacun pourra juger que l'on fait tout ce que l'on peut pour retenir ceux qui semblent avoir les qualités requises, et que c'est avec peine que l'on consent à la retraite de ceux qui le demandent, ou qu'on est contraint de renvoyer ceux qui n'usent pas bien de la grâce qu'ils ont reçue de Dieu.
Quelle est la communauté qui ne refuse ceux qui se présentent, qui n'ont pas les qualités requises ; ou qui ne renvoie ceux qui ne se comportent pas bien ? Je me trouvai, il y a quelque temps, en la présence d'un grand prélat, qui savait ce que c'est des communautés, auquel on parlait d'une que Ton louait de ce qu'elle ne renvoyait jamais aucun de ceux qu'elle avait une fois reçus ; sur quoi ce prélat s'exclama et dit : « O pauvre communauté ! tu ne tends guère bien à la perfection, puisque toutes sortes de sujets te sont bons. » Tous les arbres qu'on plante ne viennent pas bien, et tous les grains que le laboureur sème ne poussent pas; le royaume de Dieu est comparé aux rets jetés dans la mer, qui prend de bons et de mauvais poissons, desquels le pêcheur retient les bons et jette les autres à la mer. Le Fils de Dieu ne retint pas en sa Compagnie tous ceux qui se présentèrent ; il n'usa point de son autorité pour retenir ceux qui voulurent se retirer, mais mit le marché à la main de ceux qui restaient, leur disant : Numquid et vos vultis abire cum illis? Que s'il n'en chassa pas Judas, c'est parce qu'il devait être le principal instrument de la passion.
Je vous dis ceci, Monsieur, afin que vous le fassiez en-
tendre à ceux qui sont dans les sentiments contraires, que vous m'avez mandés, et à ceux que vous me dites qui se disposent à entrer dans la Compagnie et à leurs parents. Le Fils de Dieu informait les apôtres de tous les risques qu'ils couraient, et je pense que les missionnaires feront bien d'en user de la sorte et d'honorer la simplicité et la candeur de Notre-Seigneur, en cela comme en toutes choses. Oui, mais plusieurs resteront scandalisés de cela, et n'entreront point dans la Compagnie ? Ce sera un scandale reçu, si Ton peut appeler scandale ce qui se pratique par toutes les communautés de l'Église de Dieu, qui sont bien réglées. Que si c'est Notre-Seigneur qui les appelle, ils ne laisseront pas de venir sans cela ; si ce n'est pas lui, nous ne les devons point désirer en notre Compagnie, qui ne doit désirer que ceux que Dieu lui enverra; et quand il y en aurait quelques-uns qui se dégoûteraient pour cette considération, ils ne feraient jamais rien qui vaille à la Compagnie. J'ajoute à ce que je viens de vous dire de ceux qui aspirent à la Compagnie, que vous demeuriez en repos à l'égard de ceux qui sont ici; et assurez-vous que, comme nous sommes obligés de veiller à leur conservation comme à la nôtre, nous le ferons ; et assurez-en leurs parents, sans que personne se mette en peine de leur conduite.
Ne disposez personne à venir, je vous prie, si Dieu ne lui en a déjà donné le mouvement; et à ceux qui en auront envie, ne leur donnez aucune espérance d'être reçus, s'ils ne sont bien propres et bien résolus pour nos emplois. Je ne doute pas que la guerre n'incommode leurs familles, puisque nous-mêmes nous en sommes ici très incommodés. C'est pourtant le moins qu'ils puissent faire que d'apporter de quoi s'habiller pour la première fois; et nous faisons beaucoup de nous en charger pour le reste de leur dépense, qui n'est que trop grande, avant qu'ils soient en état de nous
rendre service. Vous ne sauriez croire combien nous sommes surchargés, et la peine que nous avons de soutenir le faix ! J'ai sans cesse le procureur de la maison sur les bras, qui me représente ce qu'il doit et ce qu'il n'a pas. Tant il y a, Monsieur, que nous ne pouvons pas faire la modération que vous demandez, si ce n'est en faveur des pauvres seulement, desquels nous nous contenterons de vingt écus ; mais pour les autres qui pourront donner davantage, il ne faut pas moins de cent livres pour leurs habits, tout bien compté. Il est juste qu'ils fassent- cet effort, et il n'est pas assuré qu'ils nous demeurent, puisque souvent plusieurs s'en vont après avoir été entretenus cinq ou six ans au séminaire et aux études, rendant par ce moyen inutile pour la Compagnie une telle dépense.
Mgr l'évêquc nommé d'Arras me mande qu'il vous mènera à son abbaye de Saint-Joseph, pour travailler au salut de ses sujets ; vous ferez ce qu'il vous ordonnera, s'il vous plaît; nous vous envoyons une copie authentique des indulgences pour vos petites missions. Je dis petites, qui est à dire que vous n'en pouvez pas entreprendre de grosses, ni nous vous envoyer du secours, en ayant quantité sur les bras, et obligation d'en envoyer en d'autres maisons.
J'ai prié M. Aimeras de vous faire réponse et de vous envoyer les choses que vous demandez, ou une partie.
Il y a tantôt six semaines que nous n'avons reçu des lettres de Rome, ni de Gênes, qu'une, à cause de la contagion, qui fait que les courriers ne vont point. M. Blatiron me mande de Gênes qu'un de leurs bienfaiteurs ayant été frappé de peste, il s'offrît à Mgr le cardinal leur archevêque, et lui demanda permission de l'aller assister, et qu'il ne voulut pas qu'il y allât, mais bien son compagnon, et que, s'étant allé présenter à la porte du malade, celui-ci le fît remercier, ne voulant pas qu'il s'exposât, et mourut la même nuit.
Les affaires de Pologne vont de mieux en mieux par la grâce de Dieu, et sont en état de venir aux mains avec le roi de Suède : l'ambassadeur de France et celui de Hollande font ce qu'ils peuvent pour Tempêcher.
L'on prêche céans au réfectoire, le matin et le soir, avec bénédiction, par la grâce de Dieu, en l'amour duquel je suis, etc.