A M. BLATIRON
SUPÉRIEUR, A GÊNES
II loue 150 n déirouement et celai d'un de ses confrères, tous deux s'étant exposés à la contagion pour aller assister un bienfaiteur atteint de peste, qui a refusé leur ministère pour ne pas compromettre leur vie.
i»' septembre i656.
Monsieur,
Nous avons appris avec douleur la mort du bon M. Christophe Mouza, votre bienfaiteur, et cette douleur est d'autant plus grande que la Compagnie n'a pu lui témoigner assez sa reconnaissance en cette extrémité; mais au moins, si elle ne l'a pu faire pendant sa vie, il faut bien qu'elle le fasse après sa mort, offrant à Dieu ses prières et sacrifices à son intention.
C'est ce que nous avons commencé à faire céans, où j'ai fait part à la famille de la consolation très grande que j'ai reçue de la disposition où vous êtes tous de vous exposer en cas de peste pour le salut du prochain, et de ce que vous êtes allé vous-même vous offrir avec M. Lejuge, pour le service de votre bienfaiteur. C'est un saint mouvement, digne de votre vocation, et qui était dû à l'affection et au mérite de ce bon défunt. Mais je ne sais qui a plus excédé en charité de vous ou de lui ; vous, en voulant exposer votre vie à son sujet, ou lui , en aimant mieux se priver de votre assistance dans ce besoin extrême, que de vous voir en danger à son
occasion. Je vous avoue que ces actes héroïques de vertu me ravissent également.
Le vôtre est de ceux que Notre-Seigneur a mis au plus haut degré, quand il a dit qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour son ami; et je trouve dans le sien quelque chose de grand et d'extraordinaire, à cause que, dans les approches et les effrois de la mort, il n'est rien de si désirable que la présence et le secours des gens de bien. Notre-Seigneur lui-même ne s'est-il pas plaint par un de ses prophètes, de ce qu'étant mené au supplice et regardant d'un côté et d'autre, il n'a vu personne venir à lui pour le consoler.
Je ne doute pas que ce bon serviteur de Dieu ne connaisse maintenant par expérience le prix des bonnes œuvres, et que sa divine bonté ne l'ait abondamment récompensé des biens qu'il vous a faits. Je ne doute pas non plus qu'elle ne multiplie en vos mains cette dernière aumône qu'il vous a faite. Je salue cordialement votre famille, particulièrement M. Lejuge qui s'est mis en état de faire un holocauste de sa per-? sonne, etc.
36o. — A M«R LE DUC DE NOIRMOUTIERS.
II proteste de son respect envers les bienfaiteurs et les seigneurs des terres sur lesquelles
la Compagnie est établie.
i*' septembre i656.
Monseigneur,
Je vous assure bien que j'aimerais mieux mourir que de faire aucune chose en laquelle il y eût de l'apparence de manquement de respect ; et si vous avez agréable. Monseigneur, de vous informer de mes conduites, j'espère que peu de gens m'accuseront de manquement de respect envers mes bons seigneurs et maîtres.
Que si cette opposition retarde le moins du monde votre décret, et qu'il vous plaise que je fasse trouver notre conseil
chez le vôtre, ainsi que je me suis donné Thonneur de vous écrire à Tégard de la chapelle de saint Jean-Baptiste, très volontiers nous ferons tout ce qui sera jugé raisonnable; et c'est. Monseigneur, ce que je vous supplie très humblement d'agréer, et de croire que quand Mgr le duc de Retz nous commanderait de lui rendre non seulement cette fondation, mais même tout le bien qu'il nous a fait, que nous le ferions très volontiers.
Non, Monseigneur, il ne se trouvera point que nous ayons eu jamais aucun procès avec nos bienfaiteurs, ni avec les seigneurs dans les terres desquels nous sommes établis; et je n'en sais pas un dans la Compagnie que celui de la Mortat, dont le défendant est céans ; et je me suis donné l'honneur de vous écrire que nous allions envoyer des prêtres à Montmiraîl, ou, en quelque état de choses que ce soit, à Fontaine-Essart; nous ne l'avons pas fait encore, parce que l'un d'eux est tombé malade; nous le ferons dès qu'il sera guéri, Dieu aidant.
Je vous fais cependant un renouvellement des offres de mon obéissance perpétuelle, et cela avec toute l'humilité et l'affection que je le puis. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, de l'avoir pour agréable, et de me souffrir toujours la qualité de votre, etc.
36i. — A M. RIVET,
pr£tre de la mission, a saintes.
II lui trace la conduite à tenir i l*occasion de certains bruits souterrains qui l'épouvantent. — II rengage à payer les frais de maladie d*un serTiteur, et de plus à lui donner ses gages intégralement.
17 septembre i656.
Monsieur,
Je suis beaucoup en peine de celle que votre famille souffre par ces bruits réitérés et souterrains qu'elle entend
chaque nuit. La première pensée qui m'est venue sur cela est que quelqu'un fait ce bruit pour s'égayer et rire de votre étonnement, ou bien à dessein de vous ôter la quiétude et le repos, et à la fin vous obliger à quitter la maison : c'est aussi la pensée qu'a eue M. le pénitencier, à qui j'ai communiqué votre lettre; et je m'y confirme d'autant plus qu'il est ci-devant arrivé dans Saint-Lazare quelque trait semblable ; quelques personnes, pour se divertir, firent résonner une voix étrange et lugubre pour en effrayer d'autres. Or, si ce bruit est comme d'un soliveau qui tombe à terre du haut d'une maison, comme vous le dites, il a aussi quelque rapport au bruit d'une crécelle dont on se sert le vendredi saint pour appeler le monde aux offices de l'Église, lorsqu'on l'entend de loin : ce bruit retentit dans toute la maison ; et s'il se faisait dans une cave, il la ferait résonner. Il se peut donc faire, Monsieur, que ce soit quelque chose de pareil que vous entendez : que ce sont des grands coups que l'on donne sur du bois dans quelque bas lieu ou chez vous-même. Si cela se fait pour rire, on ne discontinuera pas, sachant la frayeur que vous en avez; mais si c'est pour une mauvaise fin, ou que l'on travaille à quelque fabrique défendue, comme à battre de la monnaie, ainsi que quelqu'un se l'est imaginé, ils pourront cesser quand ils entendront parler communément du bruit sourd qu'on entend de nuit, craignant de se découvrir tout à fait, et s'en iront dans un autre quartier. Prenez donc garde, s'il vous plaît, que ce ne soit quelque artifice humain. Que si vous n'en pouvez avoir aucune conjecture, mais que vous ayez quelque probabilité que ce soit quelque esprit follet ou malin qui fasse ce bruit pour vous troubler, en ce cas, dit M. le pénitencier, il faudrait recourir aux bénédictions que l'Église permet en telles vexations, faisant quelque aspersion d'eau bénite, et récitant quelques psaumes pro-
près qui sont dans le rituel ; et, sans se contenter d' une fois, le faire par trois diverses fois : ce qui aurait plus d'effet, s'il plaisait à Mgr Tévêque de faire lui-même ces actions. Vous verrez, Monsieur, s'il sera en lieu et en état d'en prendre la peine; et en ce cas, suppliez-l'en instamment, puisqu'elles auront une tout autre vertu en lui qu'elles n'auraient en un simple prêtre; mais assurez-vous auparavant, ainsi que je vous ai dit, que ce bruit extraordinaire ne vient point des hommes. Au reste. Monsieur, d'où qu'il puisse venir, et quoi qu'il puisse arriver, il ne s'en faut point mettre en peine, mais, en méprisant tout cela, demeurer en paix : vous n'en recevrez aucun mal, si Dieu ne le veut; et s'il le veut, ce sera pour un bien, puisqu'à ceux qui le servent tout tourne de ce côté-là.
Si vous pouvez payer à votre domestique les gages pour les quatre mois de sa maladie, et tout ensemble l'acquitter des frais des remèdes et du médecin, je pense que vous ferez bien, puisque c'est un pauvre homme et bon servi-
teur, etc.