A M. DELVILLE
PRÊTRE DE LA MISSION, A ARRAS
Il l'engage à aser d'an grand discernement dans le choix des postulants, à ne pas se laisser influencer par les sollicitations. — Il indique la marche à suivre pour les faire admettre, et insiste sur la nécessité d'une Traie vocation.
6 janvier lôSy.
Les trois postulants que vous nous avez envoyés sont arrivés; nous les avons accueillis avec affection comme venant de votre part.
Vous me mandez la raison pour laquelle vous nous aviez adressé le boiteux qui s'en retourna dernièrement ; je l'avais bien pensé. Monsieur, que vous en aviez été pressé, et que n'ayant pas eu la force de résister aux persuasions de ceux qui vous solicitèrent pour lui, vous fûtes obligé de leur condescendre.
Je veux croire que la même chose vous est encore arrivée à l'égard de l'un de ces trois, nommé N., en qui vous n'avez pas trouvé les qualités qu'il faut pour la Compagnie, et toutefois vous l'avez envoyé pour contenter ceux qui vous en ont prié, et voyant en lui une bonne volonté ; c'est de quoi je suis bien marri à cause du déplaisir que vous aurez de ce que nous ne l'avons pas reçu au séminaire. Nous l'avons trouvé trop faible en latin; je vous envoie une composition qu'il a faite, et vous verrez combien il est éloigné des études qu'il devrait avoir ; tous ceux par qui je l'ai fait examiner sur les marques d'une vraie vocation, ayant jugé qu'il ne les avait pas, lui ont conseillé de s'en retourner. Ce qui m'oblige à
vous prier derechef de ne plus hasarder au voyage personne qui ne vous paraisse être appelé de Dieu.
Tous ceux qui se présentent ne le sont pas, au moins ceux qui manquent des conditions de corps et d'esprit convenables à notre institut et à nos emplois. Les deux années de probation ne sont pas pour connaître s'ils ont les dispositions requises (car il les faut avoir reconnues auparavant), mais afin qu'ils s'y affermissent davantage et que sur ce fondement ils élèvent l'édifice des vertus qui font un bon missionnaire. Et partant, Monsieur, nous devons nous tenir dans une telle liberté pour les choix, qu'elle soit au-dessus de toutes les considérations humaines. Ce n'est pas vous, disait Notre- Seigneur à ses apôtres, qui m'avez élu, mais c'est moi qui vous ai choisis et ordonnés. Et tout cela, voyez-vous, afin que nous sachions que c'est lui seul qui a droit d'appeler aux fonctions évangéliques : ce qui fait qu'il y a différence entre vocation et vocation, comme du soleil à la lune, et du jour à la nuit; parce que celle qui ne vient pas de Dieu n'est que Tombre de la véritable vocation, quoiqu'elle soit couverte de beaux prétextes et des mêmes habits.
Je ne doute pas néanmoins. Monsieur, de votre bon discernement ; mais comme je ne m'en rapporte pas au mien propre, lorsqu'il s'agit d'admettre des prétendants parmi nous, puisqu après les avoir éprouvés en diverses manières je prends encore l'avis de plusieurs de la Compagnie, j'estime aussi que vous devez user de beaucoup de précautions pour n'y être pas trompé, particulièrement de celles-ci : de les faire toujours composer en votre présence, de nous envoyer leurs compositions et de nous mander exactement leurs mœurs, âge, santé, qualités, etc., afin que nous puissions juger s'ils nous seront propres avant de les faire venir.
Vous me demandez si, quant aux prêtres postulants, nous les recevons, encore qu'ils ne payent pas les cent livres pour