A M. MARTIN
SUPÉRIEUR^ A TURIN
Il remercie Dieu du bien opéré dans une grande mission. — Il dit toute sa reconnais* sance pour les bienfaits dont ils sont comblés par le fondateur. — 11 lui dit que M. Jolly est chargé de lui envoyer de Rome un missionnaire italien.
Paris^ 16 février iGSy.
Après avoir longtemps attendu de vos chères lettres, il nous en est enfin arrivé une du 3 de ce mois, qui nous a grandement consolés, tant pour la santé que Dieu vous donne que pour les biens que vous venez de faire. J'en remercie de tout mon cœur sa divine bonté, et Je l'en ferai remercier par la Compagnie.
Certes, nous avons grand sujet de le faire pour vous avoir
soutenu sous le poids d'une si grosse et longue mission, capable de vous accabler, et pour y avoir béni vos travaux d'un succès tant agréable à ses yeux et tant utile au pauvre peuple. Plaise à sa Majesté infinie de vous fortifier de plus en plus, et de tirer sa gloire de votre conduite et de vos emplois !
Mais ce que j'admire le plus au sujet de vos lettres, est la grande bonté de Dieu dans celle que Mgr le marquis, votre fondateur, exerce incessamment vers nous qui en sommes indignes; car elle nous paraît d'une telle étendue qu'elle nous ôte à jamais l'espérance de la pouvoir jamais reconnaître, et encore moins la mériter. O mon Dieu ! Monsieur, que ce sien serviteur nous fait bien voir par les soins charitables qu'il prend pour votre établissement quel est son aimable cœur vers Dieu, et quelle est la miséricorde divine vers nous. Plaise à Notre-Seigncur d'être lui-même son remerciement, et de donner la plénitude de son esprit à ce bon seigneur, avec une longue et parfaite santé pour l'avancement de sa gloire et le bien de son Église. C'est tout ce que nous pouvons faire en reconnaissance des obligations que nous lui avons et de l'établissement qu'il vous procure, au sujet duquel je ne sais que dire, sinon que nous devons nous soumettre à ce que Dieu et notre saint père le Pape en ordonneront par la conduite de Mgr le marquis, qui est toute paternelle pour nous. Avec cela. Monsieur, nous devons tacher d'obtenir de Dieu la grâce de correspondre à son attente par la pratique des vertus et par la fidélité à nos exercices. Témoignez-lui les sentiments de respect, de gratitude et d'obéissance de notre petite Compagnie, particulièrement les miens, qui ne se peuvent exprimer.
Il est vrai que nous n'avons encore fait partir personne de céans pour aller à votre secours; mais j'ai écrit à Rome, il y a plus d'un mois, pour vous faire avoir un prêtre italien qui
sera en état de vous soulager dès qu'il arrivera, au lieu qu'un Français vous serait longtemps inutile pour n'avoir Fusage de la langue. M. Jolly m'en a dit du bien pour sa piété et sa suffisance, et comme la maladie est à présent cessée à Rome, ou peu s'en faut, il me mande qu'il pourra le vous envoyer par Milan, et ainsi j'espère qu'il vous arrivera bientôt. Il se se nomme M. de Martinis, que peut-être vous connaissez. Nous n'avons rien de nouveau de deçà que l'ordination présente et quelques missions qui se font. Je recommande le tout à vos prières, et J'embrasse en esprit votre petite famille, que Dieu bénisse ! Je suis, en son amour, etc.