‹ Lettres de S. Vincent de PaulChapitre 96 sur 294 · A M. DU PORT · texte numérisé non relu

A M. DU PORT

PRÊTRE DE LA MISSION^ A GÊNES

11 exprime sa consolation de la générosité avec laquelle les missionnaires se sont offerts au cardinal, et de la manière dont leurs propositions ont été agréées, mais il demande qu'on n'insiste pas davantage.

Paris, 27 juillet 1657.

Nous ne pouvons que prier et gémir devant Dieu en la vue de la très affligeante nouvelle que vous nous donnez. Il faut que Dieu soit bien irrité, de désoler une ville si grande et si catholique comme est celle de Gênes, au point que son

adorable conduite trouve bon de le faire, nonobstant les prières et bonnes œuvres qui se font pour apaiser sa justice. Son saint nom soit à jamais béni, et veuille nous disposer à tous les événements de cette vie, pour mériter sa miséricorde en l'autre pour vous ! Monsieur, vous avez sujet de l'espérer très grande, à cause de celle que vous êtes prêt d'exercer vers les pestiférés, et que, grâce à Dieu, vous pratiquez en tout temps vers toutes sortes de personnes.

Je suis fort consolé de la consolation que vous avez donnée à monseigneur, en vous offrant à lui pour les besoins spirituels des malades^ lorsqu'il trouvera à propos de vous y employer; mais je le suis encore davantage de la bonté qu'il a eue de faire attention aux raisons qui l'ont porté à vous réserver pour une des trois occasions que vous marquez, et de l'entière confiance qu'il témoigne avoir en la pauvre Mission '. Je vous avoue que j'en suis fort touché, et que je souhaite grandement qu'il plaise à Dieu de nous rendre dignes de répondre à sa charité et à son attente. C'est sur quoi je tâchai d'attendrir ces jours passés la Compagnie, lorsque je lui ai fait part de votre lettre, et de l'exciter en même temps à demander instamment à Dieu la conservation de Son Éminence et le repos de l'âme de monsieur son frère, notre bienfaiteur, comme aussi. Monsieur, la grâce de préserver toute la famille de ce fléau, et enfin d'en délivrer la ville.' Ce sont à présent les plus ordinaires objets de nos prières, aussi bien que les causes de nos plus grandes craintes.

Or, puisque vous avez ainsi déclaré vos saintes dispositions pour une bonne fois à ce grand et saint prélat, ne le pressez pas davantage sur ce point, mais demeurez en paix, atten-

I. I* Pour les pauvres gens de la campagne; 2** pour les villes lorsquUl ne s'y trouve plus d'autres prêtres ni religieux; 3* pour Tassister dans sa propre personne^ si le mal l'attaquait.

dant l'heure que Dieu et Son Éminence trouveront expédient de mettre votre charité en l'exercice. Je ne parle pas seulement de vous en particulier, mais de toute la maison en général. .

Dites, s'il vous plaît, à notre frère Rivet que j'ai demandé à nos frères une communion pour lui, et prié les prêtres de s'en souvenir à leurs sacrifices, afin qu'il plaise à Dieu de lui donner la santé, ou qu'il lui augmente la force et la grâce pour bien user de l'état où il se trouve. Je salue toute votre petite communauté, et je suis, de vous et d'elle, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.

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