A M. BÉLART
PRÊTRE DE LA MISSION
[] lui reproche trop d'ftpreté, qui irrite et éloigne les séminaristes, et aussi de ne vouloir
pas recevoir d^avertissements de son supérieur.
Paris, 6 août lôSy.
Monsieur,
J'ai reçu les deux lettres que vous m'avez écrites, les lo et i6 juillet. Je crois ce que vous dites plus que les choses que je vois, et j'ai trop de preuves de votre affection pour le bien du séminaire pour en douter jamais; ce qui fait que je suspends mon jugement sur les plaintes qu'on m'a faites de votre conduite trop sèche, jusqu'à ce que vous m'ayez mandé ce qui en est; je n'en serais pas même en peine comme je suis, sinon que de trois ou quatre endroits on me marque les. mauvais effets qui s'en sont ensuivis. D'un côté j'ai appris l'indignation d'un de vos séminaristes et le scandale que les autres ont reçu des injures que vous lui avez dites, l'appelant plusieurs fois impudent et le traitant d'autres outrages, jusqu'à le menacer de la main. D'une autre part, on m'a écrit que plusieurs prêtres et clercs sont sortis du séminaire pour ne pouvoir digérer l'aigreur de vos réprimandes; j'ai su d'ailleurs que d'autres qui avaient disposition d'y entrer ont changé de dessein, ayant appris que vous êtes trop rude; et enfin. Monsieur, on m'a dit que ceux que vous instruisez présentement s'indisposent de se voir ainsi menés avec àpreté, et sont mésédifiés de quelque jalousie qui paraît en vous, lorsque vos anciens parlent à eux ou touchent à leur direction.
A la vérité, si ces avis ne m'avaient été donnés que par une personne seule, j'aurais raison de ne m'y arrêter pas ; mais
I. M. Honoré Bélart, né à Monlreuil, diocèse d^Amiens, en i63o; reçu à Paris le 2 août 1647.
en ayant été assuré par différentes personnes de plusieurs lieux et en divers temps, j'ai sujet de craindre qu'entre tant de choses et de beaucoup d'autres que je serais trop long à dire, il y ait quelque chose de vrai, d'autant plus que je sais que, du temps que vous étiez à Richelieu, il en est arrivé de semblables. C'est pourquoi. Monsieur, je vous prie de faire réflexion sur votre façon d'agir, et de vous donner à Dieu pour corriger, avec sa grâce, ce que vous y trouverez de mal gracieux; car outre que sa divine bonté en est offensée, quoique vous ayez une bonne intention, il en arrive d'autres inconvénients. Le premier est que ces messieurs, qui sortent mal contents du séminaire, peuvent se dégoûter de la vertu, tomber dans le vice et se perdre, pour être sortis trop tôt de cette sainte école, faute d'y avoir été traités doucement. Le second est qu'ils décrient le séminaire et empêchent que d'autres y entrent, qui sans cela y recevraient les instructions et la grâce convenables à leur vocation. Et en troisième lieu la mauvaise renommée d'une maison particulière tombe sur toute la petite Compagnie, laquelle, perdant une partie de sa bonne odeur, reçoit un notable préjudice au progrès de ses fonaions, et voit diminuer le bien qu'il a plu à Dieu de faire par elle.
Si vous dites que vous n'avez pas remarqué ces défauts en vous, c'est signe. Monsieur, que vous avez bien peu d'humilité; car si vous en aviez autant que Notre-Seigneur en demande d'un prêtre de la Mission, vous vous réputeriez le plus imparfait de tous, estimeriez que vous êtes capable de ces choses, et attribueriez à quelque secret aveuglement de ne voir pas ce que les autres voient, surtout depuis que vous en avez été averti.
Et à propos d'avertissement, on m'a mandé aussi que vous n'en pouviez souffrir aucun de votre supérieur, et encore moins des autres. Si cela est, ô mon Dieu, Monsieur, que
votre état est à craindre, et qu'il est éloigné de celui des saints qui se sont avilis devant le monde et réjouis quand on leur a montré les petites taches qui étaient en eux; c'est mal imiter le Saint des saints, Jésus-Christ, qui a permis qu'on lui ait reproché publiquement le mal qu'il n'avait pas fait, et qui n'a pas dit un mot pour se mettre à couvert de cette confusion. Apprenons de lui. Monsieur, à être doux et humbles de cœur; ce sont les vertus que vous et moi lui devons demander incessamment, et auxquelles nous devons faire une attention particulière, pour ne nous laisser pas emporter aux passions contraires, qui font tant de mauvais effets, et qui détruisent d'une main l'édifice spirituel que l'autre bâtit. Plaise à ce même Seigneur de nous éclairer de son esprit pour voir les ténèbres du nôtre et le soumettre à ceux qu'il a préposés pour nous conduire; qu'il nous anime de sa douceur infinie, afin qu'elle se répande en nos paroles et en nos actions pour être agréables et utiles au prochain, et qu'il vous inspire de lui demander cette grâce pour moi, comme je vous en supplie, qui suis, en son amour, en attendant votre réponse. Monsieur, votre très humble et affectionné serviteur, etc.
P.'S. Notre intention a toujours été que le séminaire et les séminaristes dépendent entièrement du supérieur, et, en son absence, de celui qui le représente (et c'est l'usage partout), en sorte que celui qui fait les leçons reçoive direction et correction d'eux et s'ajuste en tout à leur ordre. Au nom de Dieu, Monsieur, faites-en de la sorte.
— i8i — 394. —A M<=« L'ÉVÊQUE D'ANGERS.
Il se montre disposé i répondre au désir que Tévêque d'Angers manifeste de fonder ^ une maison de missionnaires dans son diocèse.
Paris, 8 août 1657.
Monseigneur,
Les petits services que nous avons tâché de vous rendre à regard de votre peuple de Craon ne méritent pas Thonneur que vous nous faites de nous en remercier. Au contraire, Monseigneur, c'est à nous à vous rendre mille actions de grâces, comme je vous les rends très humblement, de ce que vous avez daigné Vous servir de si pauvres et si chétifs ouvriers, et me témoignez que vous n'auriez pas désagréable qu'il y en eût en votre diocèse.
Certes, Monseigneur, nous sommes très indignes que ce bien nous arrive. Si c'était néanmoins le bon plaisir de Dieu, nous aurions sujet d'espérer que la grâce qui vous accompagne nous serait communiquée, pour ne pas travailler en vain au salut des âmes qui vous sont confiées, et nous lui demanderions instamment celle de répondre toujours à vos instructions, n'y ayant prélat dans le royaume pour qui nous ayons plus de respect et de soumission. Selon cela. Monseigneur, je vous supplie d'agréer les offres de l'obéissance de notre petite Compagnie, et de la mienne en particulier, que je vous fais avec toute la révérence et la soumission que je lui dois, en l'amour de Notre-Seigneur, etc.