A M. JOLLY
SUPÉRIEUR, A ROME
li souhaite que Dieu préserve la maison de Roms de la contagion. — Il lai expose que, le roi de France ne voulant pas nommer de consul à Alger et à Tunis, il serait nécessaire que le Saint-Siège autorisât MM. Le Vacher à en faire les fonctions. — Il le remercie d*un don fait à Saint-Lazare.
Paris, 3 août 1657.
Monsieur,
Nous voici encore privés de vos chères lettres; nous prions Dieu qu'il nous en arrive bientôt, et qu'elles ne nous annoncent aucune fâcheuse nouvelle, mais bien la continuation de la santé de votre personne, de votre maison et de toute la ville. Je n'ai pas reçu de lettres de Gênes cette semaine-ci, comme je fis l'autre; plaise à Dieu de jeter les yeux de sa miséricorde sur cette ville affligée !
Je vous ai mandé le mauvais traitement que notre frère Barreau a reçu des Turcs, qui l'ont bâtonné, emprisonné, et enfin contraint de payer ou de répondre pour deux mille cinq cents écus. Il n'y a plus moyen de le laisser là, quoique nous soyons bien empêchés de l'en retirer; cependant le roi, ayant appris cette violence contre son sujet et son oflicier, trouve plus à propos de dissimuler cette injure que de s'en ressentir, ni de s'en plaindre. Tout ce qu'il fera sera qu'il
n'enverra point d'autre consul; et ainsi voilà le consulat abandonné, et par conséquent les esclaves; si ce n'est qu'un prêtre le puisse exercer, à savoir, M. Philippe Le Vacher, qui est sur le lieu, à qui nous enverrions la commission, et une autre à monsieur son frère, à Tunis, pourvu que Sa Sainteté ait agréable de leur permettre cet exercice avec celui de leur mission, C'est pourquoi je vous prie de faire instance, attendu qu'il n'y a que la seule piété qui mène au succès ces actes de charité en faveur des esclaves, pour l'amour de Dieu seul.
Je vous envoie un paquet de M. Jaillard, qui nous a po^té six cents livres de votre argent. C'est ajouter bienfait sur bienfait, et une nouvelle obligation à quantité d'autres que la Compagnie vous a, pour les biens temporels et spirituels que vous lui faites incessamment, dont Notre-Seigneur sera votre rétributeur et votre rétribution, n'y ayant que lui qui le puisse être, comme il n'y a que lui qui soit votre motif et votre fin, pour les bonnes œuvres que vous faites. Je vous remercie néanmoins. Monsieur, de cette dernière charité, aussi bien que de toutes les autres. Ledit sieur Jaillard a vu M. Paris, qui lui a indiqué des papiers et donné des adresses pour nous faire payer sur son bien de ce qu'il vous doit. Il y a sujet d'espérer que vous ne perdrez rien de ce côté-là, et que Dieu assistera ce pauvre fugitif, en considération de ce qu'il s'efforce à vous rendre justice.
Je vous ai envoyé la résignation de M. Edme et le consentement de M. l'abbé de Tournus, pour l'union de Saint- Pourçain. Je vous prie d'y travailler, qui suis votre serviteur très humble, etc.