LIVRE V
Beroreres dispositions aTanl le \oyage du Japon. — Adiuinislralion de la Compagnie. — Inslruclions au P. Gaspard Barzée el aux autres religieux.
LETTRE PREMiÈfcfe
Am p. Ttfi Ignaee de Loyola, général de la Gompasnle, à. Rome.
Que la grâce et la charité de Notre- Seigneur Jésus - Christ soient toujours avec nous I Amen.
0 mon unique père dans les entrailles de Jésus-Christ !
Les lettres de nos confrères, que nous avons récemment envoyées à Rome, vous auront fait connaître les fruits admirables recueillis dans ces contrées , par la grâce divine et avec le secoul^ de vos prières : il me reste encore un devoir à remplir, qui est d'ajouter quelques détails sur ces terres, si éloignées de la métropole du monde.
La nation indienne, autant que j'ai pu m'en convaincre, jr. \
. % LnpE ▼. —LETTRE PREMIÈRE.
*"■' est entièrement sauvage , et ne prête l'oreille qu'aux discours qui flattent sa nature , c'est-à-dire , la barbarie. La connaissance des yérités divines et des choses du salut la trouve indifférente ; et le sens pervers des indigèues est ennemi de la vertu. Mobiles à Textréme et sans consistance dans leurs pensées, ils n'ontaucune justice et aucune bonne foi; lemensongeetle péché remplissent toute leur vie. C'est donc pour nous une œuvre immense que de cultiver les chrétientés anciennes, et de convertir les païens ; et nous avons droit, nous qui sommes vos fils, au premier rang dans vos sollicitudes , et à l'assistance continuelle de vos prières devant Dieu. Vous savez combien il est difficile d'enseigner des hommes qui ne connaissent point Dieu et qui sont rebelles à la raison : ils se révoltent môme et ils s'indignent tf notre voix les appelle à sortir du péché, qui est leur existence , et que la prescription du temps leur a rendu naturel.
Ces contrées éprouvent singulièrement la personne humaine, en raison des ardeurs de la saison d'été, des vents glacés et des j^uies de l'hiver. Les aliments, et tout ce qui est nécessaire àlavi§, sont rares à Socotora, aux Moluques et au cap Cômoiiiâi;:]6t'ies travaux du corps et de l'esprit, qu'occasionne .ljal::^aâture des hommes avec qui l'on se trouve engagé, sont infinis et pour ainsi dire incroyables. J'ajouterai que les idiomes de ces peuples sont des plus difficiles à connaître. Mais surtout les dangers, qui regardant la vie céleste et la vie terrestre, sont sans mesure et sans nombre. Cependant, que les membres de la Compagnie de Jésus rendent à Dieu d'infinies actions de grâces ; car je puis déclarer à la face du ciel que tous nos confrères des Indes, que tous vos enfants, sont redevables à la divine miséricorde d'avoir toujours été préservés des dangers de l'ftme et de ceux du corps ; en mêfloe temps wous possédons les bonnes grâces et raffedion des^ Portugais, magistrats et simples citoyens; des prélats, des populations indiennes, tant chrétiennes qu'idolâtres; et tout le
UVRE T.— I^TTBE PEEWlUE. S
monde admire cette bienveillance extraor^Hire eqY^rs nous.
Tous les Ipdiens , mahométans et idolâtres, autftpt que je l'ai pu connaître , sont profondément ignorants. Aussi les personnes qui se destinent à parcourir ces contrées pour y répandre TÉvangilo, ont un moindre besoin de science que de vertus ; mais surtout ils doivent posséder l'obéissance, la persévérance, la patience, la charité; la chasteté la plus inviolable , en présence des occasions de péché qui sont sans nombre; la prudence et le disceraement les plus parfaits dans le cours de leur ministère; enfin une santé et une vigueur spirituelles et corporelles guî puissent résister à tous les travaux et à toutoi }e^ souflrmices. Je vous parle de ces besoins spirituel ft cause du choix que je crois qu'on doit faire, et de la vèiitft nécessaire à ceux qui seront envoyés dans les Indes: s^il en est qui ne soient pas encore assez éprouvés , qu'au moins ils possè-* dent votre confiance tout entière. Les Indes exigent des hommes remplis de chasteté et d'humilité, qui soient exempts de toute apparence d'orgueil ou de présomption.
Le recteur que vous enverrez à ce collège de Goa , pour diriger les élèves indigènes et nos propres confrères, doit posséder deux principales qualités, entre toutes celles qui sont nécessaires à un recteur ordinaire. Il doit avoir, dans un éminent degré, la vertu de l'obéissance, et se conoi-r lier, par sa soumission et son humilité, la bienveillance des magistrats et celle des supérieurs ecclésiastiques. Ces deux classes de personnes exigent ici , plus qu'en aucun lieu du monde , la déférence et la soumission de leurs in^ liérieurs. S'ils nous voient respectueux et dociles à leurs volontés , ils nous aimeront tendrement; sans ces égards, ils nous seront toujours contraires. Le recteur de Goa doit être gracieux dans ses relations avec les personnes du monde, affable en actions et en paroles, plutôt que sérieux et sévère , afin de montrer son désir de se concilier
tous les esprits de nos élèves, et de nos confrères, dont il doit être le supérieur, et s'il y veut réussir, que jamais il ne paraisse désirer d'être plus redouté qu'aimé; qu'il n'essaie jamais de gouverner par la sévérité, par la crainte , les confrères dont il est chargé , comme s'ils étaient des esclaves soumis à son domaine absolu. Ces rigueurs feraient sortir de la Compagnie beaucoup de nos frères, et n'en laisseraient entrer qu'un petit nombre. Avec nulle personne, à mon sens, la contrainte ne doit être employée, si ce n'est celle tout aimable de la charité, et personne ne doit être retenu contre son gré parmi nous; laissons idutôt aller , tel est mon sentiment , et renvoyons malgré eux , s'il le.ftiut, ceux à qui l'Institut ne saurait convenir; traitons eptta'ême temps avec douceur, avec amour, les sujets qui conviennent à la Compagnie, afin que le lien^e la charité les conserve parmi nous et leur donne lôf , moyens de multiplier leurs vertus et leurs mérites, surtout en vue des épreuves infinies qui les attendent en ces contrées, pour la cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ. En vérité, je le déclare, la Société de Jésus n'est autre qu'une société d'amour et d'union, et la trop grande sévérité, comme la crainte servile, en doivent être bannies. Dans mes paroles, je n'ai pour objet que de vous conseiller de choisir un coiifirère, ayant les talents et la force nécessaires pour e fardeau, et qui soit tel enfin, que» son commandemept «paraisse plutôt dicté par l'esprit d'obéissance que par le sentiment de Tautorité.
La connaissance. qae j'ai de ces contrées me permet d'afiflrmer que les naturels dei J'Inde ne laissent aucun espoir de voir noire Spdélét^çï^rpétuer par des indigènes; et la religion chrétienne poèl^ survivre à peine à nous et à nos frères qui existent dtos le pays. Il est donc nécessaire de nous envoyer de nouveaux sujets. Dans toutes les parties des Indes qui contiennent des chrétiens, nous avons quelques-uns de nos Pères : quatre aux Moluques, deux à Malacca, six au cap Comorin, deux à Coulam, deux
à Baçaim (1), quatre à Socotora; et toutes ces places sont séparées les unes des autres par de considérables distances ; ainsi , les Moluques sont à plus de mille lieues de la ville de Goa, Malacca à cinq cents, le cap Comorin à deux cents, COulam à cent vingt-cinq, Baçaïm à soixante, Socotora à trois cents; dans toutes ces résidences, un de nos confrères est le supérieur des autres : et ces supérieurs sont assez remplis de sagesse et de vertu , pour qu'ils ne laissent point défaillir la vertu de leurs frères.
Dans ces contrées, les Portugais ne sont les maîtres que de la mer et des côtes : sur le continent, ils ne possèdent que les forteresses qu'ils occupent Les indigènes sont tellement livrés au péché , qu'ils ne nous donnent aucun espoir de les voir se rendre chrétiens; ils s'en montrent même si éloignés, qu'ils s'irritent lorsque nos paroles ont trait à la religion. Leur demander de se faire chrétiens , c'est à leurs yeux la plus mortelle injure^'JkrU^iinique soin est doue de conserver les anciens- fjBMÉjibV Si les Portugais témoignaient plus d'égards aux TOtSppfcx convertis, sans doute nous ferions un plus grand tfonÂre de conquêtes; mais les païens, témoins du mépris souverain des Portugais pour les néophytes, refusent d'entrer dans le sein de l'Église. Mes efforts ici deviennent donc moins utiles; et sachant de source certaine que le Japon, pays qui touche à la Chine, est entièrement peuplé d'infidèles, parmi lesquels n'ont jamais pénétré ni les Sarrasins ni les Juifs (2) , et qui désirent avidement s'instruire dans toutes
(1) .Baça!m,port de mer, à 27 milles au N. de Bombay, par 19» 20' lat. N., aTaitété cédée, en 1631, aux Portugais par le sultan de Cambaïe.
(2) Les docteurs mahométans exercent encore leur déplorable prosélytisme sur le continent des Indes et dans les archipels environnants. La propagande qui, sous les premiers khalifes, pénétrait, le sabre à la main, dans toute l'Asie , pour n'être plus meurtrière, n'en est pas moins active, et tous les ans il arrive de ces missionnaires infldèlcs, de la Perse et du centre de TAsie, pour se répanÂe dans les régions du midi. Devons-nous dire ici que le gouvernement néerlandais, mémo dans notre siècle, les attire à prix d'or, pour les employer comme instruments de sa politique dans ses
8 LtVftE V.— LETTRE PREMifeRE,
les sciences divines et humaines , je vais me rendre dans Cet empire. J'entreprends ce voyage avec une joie spirituelle indicible, avec plus d'espérance encore, me promettant les fruits les plus abondants et les plus durables de nos travaux au milieu de ces peuples.
Au collège de Goa, appelé le collège de Sainte-Foi, sont trois élèves japonais, venus deMalacca avec moi au mois d'avril dernier. Ils font des récits merveilleux du Japon. Ce sont des jeupes gens d'une conduite irréprocliable , d'une vive intellij^ce, surtout Paul qui vous adresse une longue lettre. Dans l'espace de huit mots il a appris à lire et à écrire en portugais ; à présent il s'exerce, avec de grands fruits, au moyen des méditations spirituelles. Il est assez instruit touchant les mystères de la religion chrétienne?. J'espère (pi'avec la grâce de Dieu il devra se faire, au Japon, un grand iiombre de chrétiens. J'ai résolu d'aller dès mon amvée vors le souverain, et de me rendre ensuite dans les universités et dans les collèges, et je présuriie y devoir i^ecueiJJîr une abondante moisson spuîtuelle. Les doctrines religieuses des Japonais sont, d'après le récit de Paul , venues de luniversitë de Génie (1), ville située au delà de la Chine et du Cathaï (2), et éloignée du Japon d'une
possessions des Indes? Le même gouvernement, en 1650, envoyait chercher, pour l'ile de Geyian , des lamas bouddhistes, afin d'y restaurer le culte de leur idole, en même temps qu'il décrétait la peine de mort contre les mis» stonoaires catholiques qui pénétraient dans File, alors entièrement chré<fc tienne.
Le judaïsme ne fait plus de progrès dans les Indes : nous avons vu que ses dernières traces disparaissaient en Chine. Pour les enfants d'Israël, il est permis de pressentir l'heure bénie du retour. -^..^ .
(i) Génie. Les Japonais paraissent avoir reçu des Chinois les f^ifelra éléments de leurs sciences ; mais des erreurs fabuleuses planeni^oir ces origines, et la révéiation prochaine de la littérature Japonaise nou8''permet à peine d'espérer un éclaircissement, que nos vénérables missionnaires du XVII* siècle n'ont pu se procurer avec les livres chinois, ^oof n'avons pu connaître quelle était celte université de éjènic, dont le liMtfw'fera souvent mention, et sur laquelle les témoignageijjfopals eux-mémâi étaient tout à fait vagues. ^*. '
(2) Nom donné, dans le.moyen âge, à la partie septentrionale de la Chine, ou au Thibet^
nVRE V.— LETTRE
année et demie de voyage. Etant au Japo^, je vous instruirai plus positivement des coutumes et de la littérature des Japonais, des doctrines et des usages de l'université de Cénic. En eflfet, on rapporte que, dans la Chine entière et dans le Cathaï, on suit uniquement les usages de cette université , la plus illustre entre toutes, et je ^oublierai point d'écrire à ce sujet à l'université de P^jto^ afin que par elle, les autres universités d'Europe soifeût informées de nos nouvelles. Je ii'ai le dessein d'emmener avec moi qu'un seul confrère européen, Cosmç-'de Torrez, Valencien (1), qui est entré ici dans notre' Compagnie; et aussi les trois jeunes Japonais dont je vous ai parlé (2). Nous partirons, si Dieu le permet, au mois d'avril prochain.
Le Japon est éloigné de Goa de plus de treize cents milles, et l'on touche, en passant, à Malacca et à la Chine» Je ne saurais exprimer par aucunes paroles combien cette pieuse entreprise me remplit de consolation spirituelle. Il est avéré que la route est semée de dangers infinis, à cause
(1) Le p. Gosme de Torrei, Tua des hommes les plus savants de son siècle, était déjà prêtre lorsqu'il passa au Mexique, et de là aux Moluques, sans rencontrer encore le Téritable terme de sa vocation. Les admirables exemples du P. Xavier le lui révélèrent. Déposant la dignité de ticairègénéral, dont l'évéque de Goa venait de Tinvestir, il fut admis dans la Compagnie par le P. Xavier^
Il accompagna le Saint dans son apostolat du Japon, et rendit d'éminents services à la cause divine. Sa science et son éloquence lui procurèrent d'éclatantes victoires dans ses conférences avec les Bonzes. 11 existe iin résumé de ses controverses, adressé par lui au P. Xavier en octobre 1551 : les PP. Lucena et Grasset nous l'ont transmis.
Le P. de Torrez fut laissé au Japon ék qualité de nffl^ÊHit : après Vlngtet-on ans de précieux travaux, il mourut saintemeni' è^CSiequi, dans TUe d'Amacusa, le 2 octobre 1570, quelques semaines après l'arrivée du successeur qu'il avait demandé, et qui était le P. François Cabrai.
Trente mille personnes baptisées de ses mains, et cinquante églises fondées par ses soins étaient la gerbe spirituelle que cet ardent ouvrier allait présenter à son Dieu, et il rendit l'àme dans ces transports de joie, dit le P. de Cbarlevoix, qui inaugurent, dès cette vie, la souveraine félicité des saints.
(2) Anger et ses deux serviteurs, le premier baptisé sous le nom de Jean, le second, sous celui d'Antoine.
des tempêtes et des êcueils ^ ainsi que des pirates, et Ton considère comme un heureux sort, quand sur deux navires un seul achève sa course jusqu'au Japon. Mais j'éprouve intérieurement ïlntel sentiment de joie et de zèle, que je ne croirai jamais rlevoir abandonner mon dessein, non pas même quaM je serais assuré d'y courir de plus grands périls qu*en aucune autre occasion de ma vie : tant les discours du Japonais Paul , ou plutôt l'inspiration de Dieu nii^^me, m*0Dt fait concevoir d'pspérances^pour la propagation de la religion chrétienne. La relation que je vous transmets avec cette lettre vous fera suffisamment connaître k quel point cet empire est heureusement disposé pour recevoir la semence de TÉvangile.
Dans les Indes se trouvent environ quinze places de Portugais, où l'on pourrait établir autant de maisons de la Compagnie, si le roi daignait assigner à leur fondation quelques fonds puisés dans le trésor public. J'en ai fait part à ce prince en lui écrivant moi-même à cet égard. En même temps j'ai informé de tout Simon Rodriguez, et je lui ai fait connaître combien il serait avantageux pour la religion chrétienne si, avec votre permission, il venait ici lui-même avec un grand nombre de nos confrères, et surtout avec un renfort puissant de prédicateurs; j'ajouterai que son arrivée, s'il est soutenu d§ la protection royale, donnera les moyens de fonder plusieurs collèges de la Compagnie. A mes yeux, ô mon Père! là venue de Simon aux Indes , à cause de la faveur dont il jouit près de S. M., nous sera très-avantageuse. Il arriverait, en effet muni des pouvoirs du roij soit pour établir des collèges, soit pour protéger les chrétiens existants, et l^ indigènes qui se convertiraient à J.-C, s'ils étaient protégés. Je vous prie à cet égard, d'informer Simon de vos volontés. Antonio Gomez (1), m'a fait savoir que l'intention positive du
(1) Anlonio Gon»p^ docteur de la Faculté de Sorbonne, éminent prédicateur, passa aux'littfi ('" l^^O. Desliué d'abord par le Saint à la mission d'Ormuz, il fut crSwte choisi pour demeurer à Goa en qualité de recteur
P. Simon était de passer aux Indes avec un grand nombre de sujets du collège de Coïmbre. Il ne manque, ni à Rome ni ailleurs, de confrères qui n'ont point le talent de la prédication et le mérite de la science, et qui pourraient ici servir efficacement la religion chrétienne , s'ils avaient seulement l'expérience du monde, et s'ils possédaient, avec les autres vertus nécessaires au ministère en pays infidèle, le principal mérite d'une chasteté parfaite, et réminente force d'flime et de corps qui est indispensable pour résister aux immenses travaux de ces contrées. Vous daignerez donc nous choisir, vous-même , des confrères de cette nature.
Vous accomplirez encore une œuvre très-utile , et , je le pense, très-agréable à Dieu, si vous nous adressez à tous, à nous membres de la Compagnie, qui vivons dans les Indes, une lettre de direction spirituelle, qui serait comme un testament où vous feriez part aux derniers de vos enfants, exilés de votre présence, des trésors de bénédictions que vous avez reçus de Dieu. Je vous prie , lorsque vous en aurez le loisir, de satisfaire à nos vœux.
Henri Henriquez (1), prêtre de la Compagnie, originaire de Portugal, est doué d'une éminente vertu et donne d'excellents exemples. Il réside au cap Comorin. Il écrit et parle parfaitement la langue malabare ; et lui seul accomplit avec fruit le travail de plusieurs. Par ses prédications et par ses entr^iens famSiéiSit il lèeBÇecftacilié la vénération
du conége de Sainte-Foi. Mais Tesprit propre tfoA toninait en ce Père, le rendit indocile à Tautorité du P. Paul de Caam&iO^ aapérieur de toutes les missions des Indes, en l'absence du P. Xavlear*,. r.
Le P. Xavier, à son retour, se vit obligé 4é fidre un exemple en la personne de Gomez, et de le renvoyer en Portugal? mais l'infortuné religieux périt dans la traversée, avec le navire qui le portait.
(1) Le p. Henri Henriquez exerça son apostolat à la côte de la Pêcherie et dans toute la «VÉ?^ voisine du cap Comorin : il convertit un grand nombre^ de PaIlavvffS?u. endura des travaux excessifs, et l'épreuve de la 'captivité' dl Ja part "Jp'inahométans.
En 1552, iin frère laîqijô de la Compagnie, compagnon du P. Henriquez, fut martyrisé par les gentils qu'il instruisait.
et Tamottr des chrétiens indigènes. Je yous prie d'accorder la consolation d*une de vos lettres, à cet excellent religieux, à cet ouvrier si laborieux et si utile de la vigne de J.-C, qui porte ainsi le poids du jour et de la chaleur (1).
La place de Cranganor, qui appartient aux Portugais, est à vingt milles de Cochin. Le frère Vincent, de la très-sainte observance de Saint-François , coadjuteur de Tévéque de Goa, et très-grand ami de notre Compagnie, y a institué un séminaire où sont convenablement entretenus cent enfants Indigènes, et où ils sont formés à la piété et aux lettres.
L'évêque de Goa ne le cède pas au frère Vincent en affection pour la Compagnie , et comme ce prélat est le chef spirituel de toute Tlnde, et qu'il aime singulièrement nos Pères, il désire vivement votre amitié. Je vous prie donc de daigner lui écrire.
Mais je reviens au frère Vincent. Dans un épanchement amical, il m*a confié son dessein de remettre Tadministration de son collège à notre Compagnie. En môme temps il m'a prié, avec des instances réitérées , de vous faire part de ses intentions , et de vous demander un prêtre de la Compagnie , qui serait chargé d'enseigner les lettres aux élèves du séminaire , et de prêcher aux habitants de la maison : les dimanches et les jours de fête, il prêcherait pour le peuple. Car outre les habitants portugais, il existe beaucoup d'indigènes chrétiens répandus dans les villages, et qui tirent leur origine de ceux qu'a 'convertis saint Thomas. Plusieurs des élèves du séminaire appartiennent aux premières familles du pays.
Dans cette ville sont deux églises. Tune dédiée à saint Thomas, et l'autre à saint Jacques. Le frère Vincent désire que vous fassiez accorder par le souverain pontife une indulgence plénière annuelle à chacune de ces deux églises, pour les jours de la fête des saints Jacques et Thomas, et pour toute l'Octave : afin d'accroître lapi^té des indigènes,
(1) Matlh.xx, 12.
LîVBË V.— IrrrftE première. 11
qui sont appelés, à cause de leur origine, chrétiens de Saint-Thomas. Il attend aussi, en même temps que le bref pour ces indulgences, la venue d'un prêtre qui sera à la fois prédicateur et professeur de belles-lettres. Ces grâces nous rattacheront à un tel point, qu'il sera tout entier à nous, pendant la vie et après la mort. Il m'a très-vivement recommandé cette affaire, et je ne saurais vous dire avec combien d'ardeur il désire les indulgences.
Je vous demande moi-même une grâce, qui est de faire célébrer, une fois chaque mois, par un prêtre de la Compagnie, le Saint-Sacrifice à mon intention dans la chapelle de Samt-Pierre au mont Janicule, au lieu même où Ton dit que l'apôtre a été mis en croix. Vous pouvez ausai charger un Père de la maison professe de nous écrire touchant les collèges de la Compagnie , de nous apprendre quels sont les nouveaux profès, leurs différents emplois, les travaux et les succès de nos frères. J'ai recommandé à Goa , que l'on m'adressât à Malacca les lettres de Rome; et à Malacca, qu'après les avoir transcrites, on m'en envoyât les copies, par différentes voies, au Japon.
Enfin, ô père de mon âme, et à mes yeux le plus vénérable des hommes, je vous supplie, les genoux en terre, ainsi que je vous écris cette lettre, je vous supplie, dis-je, comme si j'étais en votre présence, de ne cesser d'implorer Dieu dans vos Saints-Sacrifices et dans vos prières, afin que, pendant la durée de mon existence , il m'accorde la connaissance àè sa très -sainte volonté et la force de l'accomplir. J'adresse la même prière à tous nos confrères.
Cochin, la janviei* 15W.
12 •LIVRE V. — LETTm, DEUXIÈME.
LETTRE IL
A Jean m , roi de Portugal*
Je ne ferai pas à votre majesté le récit des calomnies, des injustices, des persécutions qui ne cessent d'accabler ici les nouveaux enfants de notre sainte religion. Le P. F. Joam de Villa de Gonde, qui se rend en Portugal , vous exposera tous ces maux avec une éloquence pleine de vérité ; et ses peintures les représenteront, d'une manière sensible , aux yeux de votre majesté. Ce peligiem: vous a mndu, seigneur, d'éminents services, par ses travaux immenses, infinis, accomplis dans les pays des Indes, pour la gloire de Dieu et pour l'intérêt de votre âme ; ils auront eu pour effet d'acquitter envers Dieu, non-seulement le devoir de sa propre conscience, mais encore celui de votre majesté vis-à-vis du souverain Juge. Votre majesté ne saurait apprécier uniquement les mérites du P. F. Joam , au point de vue des angoisses , des souffrances, des veilles, et des autres épreuves corporelles qu'il a endurées, si grandes qu'elles aient été d'ailleurs. En effet, ce n'est là qu'une distraction et un repos, si on les compare aux douleurs morale^ et à l'amertume déchirante qui pénétrait le fond de son cœur à la vue des maux dont il était le spectateur absolument impuissant: tandis que les commandants des places et les intendants du revenu royal traitaient avec la rigueur la plus inhumaine , et spoliaient avec une rapacité sans bornes ses tristes néophytes. Ceux- •ci, encore mal affermis dans la foi de J.-C, qu'ils venaient à peine d'embrasser, avaient droit, par cette raison même, de la part des magistrats chrétiens , leurs persécuteurs , à une vive affection et à des bienfaits sans mesure. Croyez, seigneur, que cette amertume est infiniment supérieure à toutes les douleurs du corps, et que c'est, si je puis le dire, un martyre plus cruel et plus odieux que toutes les
tortures des tyrans , que de se voir dans la nécessité d'assister, témoin impuissant, h la ruine actuelle et instan-i tanée de l'ouvrage , qui se trouvait , pour ainsi dire , accompli par nos efforts, et par ceux d' autrui, après un long intervalle de temps, et par la pcrsévéraii*."€ ia plus laborieuse.
On annonçait ici, comme un fait certain, que le roi de Ceylan envoyait à votre majesté des dons magnifiques, ea retour des bienfaits sans nombre qu'il reçoit de vous tous les jours. Que votre majesté considère qu'en sa personne règne à Ceylan l'ennemi le plus violent et le plus acharné de J.-G. : et ce qui est pour ainsi dire inouï, pour combattre la cause de J.-C, et pour opprimer la religion de tout son pouvoir, il s'autorise et il s'arme de votre protection, de votre faveur et de vos bienfaits. Les faits parlent d'eux-mêmes; mais peut-être il vous^éplaira de les entendre; aussi je ne les exprime qu'ài|||tet, craignant, sur toutes choses, de le faire inutilemûntjlD^ les personnes qui préjugent l'avenir, par l'expf^pSJ- qu'elles ont du passé, ont de graves motifs de crainariif'*iîi«f votre majesté ne continue à témoigner par la suite^ ^ cet ennemi public et passionné de J.-C, plus de faveur, qu'aux saints prêtres qui se consacrent aux intérêts de la religion dans l'Ile de Ceylan; les témoins du scandale trouvent, dans l'évidence des faits, une occasion naturelle de s'exprbiier ouvorU^ment, et de proclamer très-haut ce que je vous demande, seigneur , la permission d'exposer ici : que l'empire des Indes n'est plus une occasion pour vous d'étendre le règne de J.-C, mais celle d'amasser de nouveaux trésors, et d'acquérir pour vous et vos serviteurs les seuls avantages temporels.
Je supplie votre majesté de me pardonner, si j'exprime la réalité dans toute son évidence et sans voiles. Je m'y vois obligé par le véritable et sincère amour, et par le zèle dont je me sens, seigneur, animé pour votre personne et pour votre salut : et je crois entendre la sentence divine
qui sera prononcée au dernier jugement, ou plutôt qui c^oit se révéler à vous à l'heure même de votre mort ; personne, si puissant qu'il soit, pe saurait échapper à cette nécessité suprême; personijç |^ fes propres ressources, ou par le secours d'autinij^jîp^yi' vertu de s'y soustraire. Je conjure donc votre majesté de ne point mettre sa confiance dans les ordres solennels et multipliés que sa piété pleine de sagesse fait exprimer dans les lettres royales adressées au vice-roi , aux gouverneurs , et à tous les ofôciers royauit dans les Indes, dans lesquels sont recommandés sur toutes choses les intérêts de la religion, et la protection qui lui est due. En effet, seigneur, moi qui juge 4es faits par mes propres yeux et dans la réalité, je sens véritablement qu'il ne reste plus aucune espérance que vos ordres soient jamais effectivement et sérieusement obéis ; et ce n'est pas une des moindres raisons qui m'ont fait diriger mes pensées vers le Japon, et m'ont inspiré de fuir jusqu'aux îles d^e ï'extrême Orient, afin d'y employer plus utilement mes eflëirts.que je n'ai pu le faire ici. Le P. F. Joam doit soumettre à votre majesté différentes observations touchant nos malheureux chrétiens de la côte de Comorin. Daigne votre majesté concevoir envers eux des sentiments de piiaéricorde, et condescendre à devenir leur père : ne sont-ils pas orphelins depuis la mort de Mi^ guel Yaz, leur excellent et très-véritable père?
Voici quarante-cinq ans déjà qu'un évêque arménien, appelé Jacques Abbuna (1), travaille ici pour le service de lÙeQ et pour celui de votre majesté : ce personnage est aussi chéri de Dieu pour ses vertus et sa sainteté, qu'il se trouve négligé et dédaigné de votre majesté et de la plupart des personnes qui représentent votre autorité dans les Indes. Mais ses mérites sont l'objet d'une spéciale
- (1) Le titre d'abbwna se donne fréquemment aux évêques orientaux. En arabe, abhuna signifie notre père.
Le prélat, dont il est ici parlé, reconnaissait la suprématie du Saint-
Lnm^ V. ^^nw peuxième. 15
protection de Dieu; sans doute nous n'avons pas été jugés dignes de servir d'instruments à la Providence pour consoler ses serviteurs. Seuls, en effet, les Pères de Saint-François se sont chargés du prélat, et lui prodiguent de tels soins de cbarité que rien ne saurait les égaler; sans leur secours, depuis longtemps le saint vieillard aurait cessé de vivre par l'effet de la misère. Qu'il me «oit permis de TOUS exprimer les sentiments de mon âme : je prends la liberté de conseiller à votre m«gesté de faire écrire ^ ce vénérable prélat, en votre nom et dans des'termes remplis d'égards et de bienveillance : ces lettres pourraient contenir une invitation, que l'on montrerait au besoin, adressée aui gouverneurs et aux trésoriers royaux, et spécialement au gouverneur de Cochin, afin qu'on rendît honneur à l'évêque, qtfon lui offrît une généreuse hospitalité, qu'a» l'entourât d'égards et de bons offices, en tout ce qu'il pourrait demander ou désirer, fin vous écrivant ces choses, je n'ai point en vua le^ seuls intérêts du pieux prélat, ni le désir de lui êt^^ agrëaUe, et j'ai cru plutôt servir votre majesté. En effet, grftce à la parfaite charité des Pères Franciscains, rien ne manque h cette heure à Jacques Abbuna ; mais votre mnjefité a grandement besoin de la protection et des prières d'une personne aussi avancée dans la faveur de Dieu: et par ce bienfait elle s'en peut rendre digne. L'évêque a droit à toute votre faveur à cause des travaux infinis de son apostolat dans la chrétienté de Saint-Thomas : et maintenant, au seuil de la décrépitude , il s'est soumis avec une parfaite obéissance à tous les rites et à toutes les pratiques de notre sainte mère l'Égliae romaine. Je sais que votre majesté est dans la coutume d'écrire aux Pères de Saint-François : sous le même couvert pourrait être adressée la lettre à l'évoque arménien, que je vous prie de faire écrire dans les termes les plus bienveillants et les plus affectueux.
Que Dieu Notre-Seigneur fasse profondément pénétrer en l'esprit de votre majesté la connaissance parfaite de sa
très-sainte volonté, et qu'en même temps il vous donne les forces , et vous accorde les grâces qui vous sont nécessaires pour l'accomplir avec plénitude et dans sa perfection, ainsi que votre majesté serait heureuse, à Theure de sa mort, de l'avoir accomplie, lorsque, seigneur, vous serez appelé pour rendre le compte de votre existence entière. Ce moment décisif pour toute l'éternité sera plus prochain que ne le pense votre majesté (1) : vous devez TOUS préparer de bonne heure à ce passage, et vous en préoccuper à l'avance. Les empires et les souverainetés passent : à leur place doit apparaître une forme nouvelle et imprévue d'existence , telle que jamais votre majesté ne l'a soupçonnée ni imaginée. Vous vous verrez à la mort dépouillé de tous vos États, déchu de toute souveraineté, et violemment entraîné dans un empire formidajWe et plein de ténèbres , absolument diffèrent de ce monde terrestre. C'est là qu'il sera très-amer et très -douloureux d'être exilé, au sortir de l'autre empire, surtout si ce devait être pour vous voir à jamais, ce dcmt Dieu vous préserve, exclu du Paradis et de son espérance.
Cochin, le 26 janvier 1549.
L'inutile serviteur de votre majesté.
François.
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*'A, H"^ SlnMii Rodrisaes, en Portuyal.
Que la grâce et la charité de J.rC-N.-S. Soient toujours avec nousîJÈÉen; .^'^, ,^*'
Je ne sâteais 'çK:primer erf- palrMes , ô mon frère bien-
(1) Le roi ié$k l^iiwmt , dans de profonds sentiments de piëlé^-^ 11 juillet 1557. pifj'pùhd prince rendit à la reUgion d'éclatants scnifdes, mais son ônie vettoctise ne put toujours connaître la vérité, et vaincr^Jes passions de ses ministres dans les Indes.
aimé, Simon , toute la joie que m'a causée l'arrivée d'Antonio Gomez et de ses compagnons. Sachez donc qu'ils font des progrès considérables dans la piété, et que l'exemple de leur vie, leurs prédications, leur zèle pour entendre les confessions, pour donner en public des exercices de méditations, et pour accueillir les personnes dans le particulier, sont d'un merveilleux fruit pour la religion chrétienne, et causent une satisfaction générale. Ici d'éminents sujets de la Compagnie sont très-nécessaires, et principalement dans la cité d'Ormuz et dans la forteresse de Diu ; ces villes exigent de vertueux prédicateurs , ''plus encore que Goa, à cause du grand nombre de leurs habitants portugais, chrétiens dégénérés dans leurs mœurs comme dans la pratique de la religion. Prenant conseil de la nécessité, j'ai résolu d'envoyer à Ormuz Antonio Gomez , religieux éminent par le don de la parole, et par sa capacité pour les autres ministères de la Compagnie. M** Gaspard (i) demeurera dans Je collège de Sainte-Foi,
Vous aurez acquis de grands mérites en présence de Dieu, si vous passez vous-mémej9|iiis les Indes, accompagné de plusieurs de nos frères y.'^ si Vpus. amenez avec vous sept ou huit prédicateurs et dl^pMjdhes sujets de grande expérience et sagesse. Ce n'est point îâ profondeur de la science qui convertit les infidèles; les peuples de ces con-
(1) Le P. Gaspard Barzée, né à Goeza en Zélande, fut Tapôtre d'Ormns. Il y opéra de merveilleux fruits parmi les infidèles de toute secte et de toute nation qui, des quatre vents du monde, affluaient dans cette grande cÉté. Les schismatiques d'Arménie et d'Abyssinie, de Grèce et de Moscoyie, les hérétiques d'filemagne et de Hongrie, les mahométans et les païens, toutes ces races infidèles donnèrent, par TefTet de sa parole et de ses vertus évangéliques, de nombreux enfants à TÉglise. Un apostat, nommé Jean de Cologne, lui dut son retour, et mourut martyr en 1550 à Catifa, près Ormuz.
La réputation de sainteté du P. Barzée s'était répandue au loin dans TÂsie, et les catholiques de Constantinople renvoyèrent saluer, en témoignage de leur admiration-.
Plusieurs miracles sont attribués au P. Barzée par les historiens.
A la mort du P. Xavier, le P. Barzée^ devint provincial des Indes. Cet homme apostolique mourut saintement à Goa, le 18 octobre 1553. n. 2
iP LIVRE V.— MITRE TROISIÈME.
trées sont gens barbares et sans culture; et des sujets sans jjfande science, maisémînents en vertu et robustes de ten;pérament, pourront opérer de grands fruits pour le service de Dieu. Dans toutes les places des Indes, où serait un prédicateur de la Compagnie, avec un confrère pour Tassjstér dans le ministère de la confession et dans les autres œuvres de la Compagnie , on pourrait établir une résidence de nos Pères, pour l'éducation des enfants portugais et indigènes.
J'a[i écrit à notre P. Ignace pour lui demander qu'il vous autorise à venjr, et au roi pour le prier de vous envoyer 8mx Indes , en même temps qu'un grand nombre de nos frères, et de vous revêtir d'une imposante autorité. Si vous venez en effet, votre présence sera singulièrement féconde pour la religion chrétienne. Un autre sujet de ma lettre au roi , c'était de lui recommander les intérêts des orphelins portugais , que leurs parents morts au service du prince ont laissés sans famille et dépourvus de ressources ; Us ne reçoivent même pas l'arriéré de la paye et des subsides qui .l^emeuraient dusi^ Ipurs parents. Il ne serait pas sans utilité d'établir, dans les fiides, quelques collèges où ces orphelins seraient non-cieiilftment élevés, mais encore instruits. |5t ainsi qup le roi ne doit pas moins s'intéresser au salut des indigènes, il serait utile pour la religion que sa majesté commandât qu'en différents lieux les enfants des chrétiens indigènes reçussent l'enseignement du catéchisme. J'écris à sa majesté pour la prier, si elle le juge convenable, d'assigner, sur les revenus de Baçaïm, environ 5,000 écus d'or, pour l'érection d'une maison de cette nature.
J'ai récemment obtenu des informations touchant l'empire du Japon, situé à plus de six cents milles de la Chine. ïiOS habitants en paraissent doués d'un esprit subtil, et désireux de s'instruire, non-seulement des choses de la religion, mais de toutes les sciences naturelles qui composent un cours entier d'étiidgs. C'est le commun récit de tous les
Portugais qui en sont revenus, et il se trouve CQ]ij|flQé par les discours de plu^eufs Japonais qui, Tami^ 4^i^« iQ'oQt suivi d^ Mfil^PPâ dU2: Indes, et qui y^fgfXSiA d-6tr«> W^és aux sacrés piyi^tères, dans le collège de SainterFoi do Qoa. Vous pou^r^ ^n jviger vous-méiqe par la relatiop que nous vous OQvoyons Qpnceruant cet empire, et qu| épii^ie du Japonais Paul, surnommé de Sainte-Foi, personnage véritablement pieuai et digne de conHaqce. Il vous r^cqqfe ^ussi les événements de son eiûstence et les tiâenfaitsf dqnt Dieu l'a rendu l'objet J'£|i résolu, 4'aprës ces nouveU^s, de me rendre au Japop, au mois d'avril prochain, accoippagaé de Gôâkn^ de Torrez, prêtre de nfltre Compagnie. Je gg|| en effet convaincu que la religioq ç^f éUenne |^a d^^l^M^ yeiUeux progrès dans cet empire* i}oute9(/^j(^ qiàttil qu'ici je commence à me sentir oisif; noi^ikâ^à^es veqqs cette année rendent mon ministère inutile aux Indes, surtout quand je prévois votre prochaine arrivée, ou celle du Père que vous enverrez en votre place, avec toute un^ armée de notre GoiJ^KP^g^i^- J'espère néanmoins toujours que vous vieudrez vous-même. J^nfln j^ présume qu-au temfiS de votre arrivée j'aurai déjà vérifié les dispositioQ^i des Japonais, et lorsque, ainsi que je vous le demande, vous aurez tout mis en état daus les tndes ( si pieu s comme je l'espère, favorise notre expédition au Japou), nous nous reverrons à 6oa.
Dans la suite des temps , un grand nombre de membres ' de la Compagnie pénétreront, avec l'assistance divine, jusque dans la Chine, et de la Chiue ^ms la célèbre uuiYersite de Génie, située au delà de 1^ Chine et du Cathal
D'après les récits de Paul, les Japonais, les Cl^inois et fttus les Tartar-es se font initier à leur sacerdoce dans l'unîver^té de Génie. Les doctrines religieuses des Japonais sont renfermées dans des livres tenus secrets, et écrites dans un langage inconnu du vulgaire , comme est chez nous la laugue latine. De là vient que Paul, homme sans lettres, et tout à fait étranger à ces livres, ne peut donner aucune in-
29 LflKT.—LBTTBE TROISIÈME.
formation sur la religion de son pays. Lorsque je serai dans la contrée, s'il plaît à Dieu, je vous écrirai dans de grands détails ce que renferment les annades sac^jjes du Japon.; J'ai résolu , dès mon aiTiyée,de me rendre immédiatemept auprès du souverain et dans les principaux collèges, qui sont da^s les villes royales, et d'écrire tout ce que j'aurai étudié et connu, non-seulement à nos frères des Indes, mais à toutes les universités de PortugW et d'Italie, et surtout à celle de Paris, en leur exposant que les études ef la science, auxquelles ils dévouent tous leurs efforts, ne doiyeat point laisser leur esprit dans une sécurité troinpeuse,
JwS^s qu'ils ne prennent aucun souci de l'ignorance et de
•'Pl&rditi^l^s infid&les.
"^"Pero dpH^s, ficaire épiscopal à Gochin, et grand aj^ii* de notr^Bpll^gnie, wus écrit pour vous recomman<^^^ une affaire qui lui est personnelle. Je vous prie de ne rieii négliger de ce qui vous sera possible en sa faveur , nonseifljèment parce que l'affaire dépend du roi, mais parce qu'elle aura pour résultat le bien deschrétiens qui sont sous l'administration du vicaire. Soyez persuadé qu'il est sincèrement et profondément notre ami, et que tous nos confrères qui s'arrêtent à Gochin , reçoivent dans sa demeure l'hospitalité la plus affectueuse.
Veuillez faire envoyer, pour les Pères de Goa et pour ceux qui sont disséminés dans tout l'Orient, huit ou dit* barils devin pour le Saint-Sacriflce. Icilfevin, dont nous ne pouvons nous passer, non-seulement est d'un prix excessif, mais souvent nous map^e entièrement : ainsi nos frères de Malacca, de GomorJ^e Socotora, des Moluques, n'ont de vin pour le Sainl^fiM^flce que celui qui leur est adrfi|[^^ des Indes. Et dOwi^^ que l'évéque de Goa et les ' Franciscains reçoPent leur vin de Portugal, aux frais ^ trésor royal, il serait utile que le roi voulût bien aciSorder un pareil privilège au collège de Sainte-Foi de Goa , qui serait chargé de pourvoir aux besoins des autres collèges.
Le P. Cypriano (1) doit cette année se rendre à Socotora, avec un autre prêtre et deux coadjuteurs. Dans cette île, unsouverain mahométan règne par la violence, et gouverne en foulant aux pieds les lois divines et humaines. Il opprime et persécute cruellement les habitants chrétiens : il leur ravit leurs enfants pour les faire instruire dans la religion mahométane ; il les accable eux-mêmes ^e vexations et de maux. Je vous prie d'insister auprès de sa majesté, afin que, dans son zèle si éminent pouyla défense de la religion, elle ne perde point de vue cel^jÉ^tiens. Elle est assurée du succès, sans accroissement cwië^enses et sans embarras nouveaux , si elle donne ordre à une flotte portugaise qui se dirigera vers le détroit de la Mecque, de réprimer rinsolence des Sarrasins. Les naturels du pays^^/ sont dépouillés de leurs armes , et quk languissent sous le joug d'une dure servitude , ont en horreur le nom de Mahomet. Je vous prie donc, pour F amour du Seigneurfj Jésus, de prendre à cœur la dclivrancr desHocotoréciis?' et de les aider à sortir de cet injuste et cloulou-eux esclavage. L'aspect de leur lie est profondément aftlige^at. Il y a quelques années, lorsque, en venant ici, j'y suis det/^.endii, j'ai pris en grande compassion leur malheureux so.*tj à la vue des épreuves que lem- faisaient endurer las Ârab:^? établis sur le littoral. Toute cette entreprise peut être accomplie, sans dépenses pour le roi, et sur la seule expression de sa volonté. Alphonse de Souza, qui a gouverné les
) Cypriano, Espagnol, avait connu le P. Ignace à Barcelone ; il \ premiers membres admis dans la Compagnie. Malgré son fiûr, il devint un excellent religieux; mais quelquefois un saiiit^SâS et le feu de Féloquence emportaient un peu loin le vertueux missionnaire, ainsi que nous le verrons par une lettre que le Saint lui adresse. .r^
Le P. CyptÉpi avait reçu de vPîcn* Fesprit prophétique et en donna de mémorables sîjles. . îïi^>
Arrivé aux Indes en 1546, îl$3Ebord envoyé à la côte de la Pêcherie, puis à Socotora; et il passa les^^Saze dernières années de sa vie à Méliapour, où il mourut saintement, le 31 juillet 1569.
ii ttmi V.— LETTRE TROISIÈME.
Indes , est le iëmoifl le plus coimpétent de ces faits ,"qu'a a tus de ses propres yeuî.
j'ai invité Migiiei Vaz à revenir à Gôâ, considérant qu'il était iiititile de le laisser repartir encore pour le Portugal. Après âvbit" conversé, dans cette ville , avec Antonio ^ Gomez , j'ai jugé préférable de mettre le P. Gaspard à là tête du collège , afin qu'Antonio, affranchi d'autres ofccupations, s'employât tout entier à la prédication , à la confession des h^hjfeate et aux retraites spirituelles. Non pas ^'ii ait, je pJHpge, une pliis grande aptitude pour ces fonctions qtal^^ l'administration ; mais le P. Gaspard porte, avec une rare supériorité, le fardeau de l'administration intérieure.
36 ^tOJis i^i le de recommander que l'on liôus envoie, tous lo h^mbres de là Compagnie , et que ce
Si; rM't, des prêtres de grande expérience
et d': prpuvée; de ceux qui ne sont pas d'une
grau^Jii Ut. iSuropc , parce que leur science et leur
éloqutiiicc '^^' J^i^ l^oint assez éminentès pour la prédicatton, oii pour les emplois de nos collèges, et qui rendraient Ici dV'iniiients services poiir la ôonversion des infidèles, ils péii/èhtbien à la vérité vous être de quelque assistance; iAiàîs ici leurs travaux auront des fruits bien plus abondants. Si vous avez des sujets qui aient accompli leurs cours d'études à Coïitifare , vous pouvez également pous les envoyer. Je vous prie défaire eii sorte qu'aucune année ne se passe sans que nous recevions un renfort de nos frères. Ceux qui résident au collège de Goa n'onj-ipint encore assez d'instructioû et de forces Spirituelles MKÏé ministère de la conversion des païens. ^^^ **
A la prière de Miguel Vaz, ancien vicaire général des Indes, le roi a attribué à Baçaïm 3,000 écusjÊ^, pour la fondation d'une maison, où sèapnt instruits ïlFfofants des chrétiens indigènes. Ici l'on ^Ip persuadé que l'intention du souverain a été que l'admiriistration de cette maison fût remise à notre Compagnie. Miguel Vaz à ramené avec
lui huit OU neuf de nos membres avec six Franciscains. Mais Vaz a remis aux Franciscains venus à Baçaïm l'argent qu'à la prière du vice-roi Joam de Castro le roi avait assigne pour la conversion des païens, afin que ces Pères en fissent remploi qu'Ds jugeraient à propos et en disposassent entièrement. Sur ces entrefaites, je suis parti pour Baçaïm, afin de terminer des affaires concernant les chrétiens des Moluques; et j'ai eu l'occasion de m' entretenir avec les Franciscains : réduits à un très-petit nombre, ils m'ont instamment prié d'envoyer à Baçaïm quelqu'un de la Compagnie, pour être chargé de distribuer entre les néophytes la somme assignée et d'administrer le séminaire. J'y ai donc laissé Melchior Gonççilez (1) avec un coadjuteur.
Miguel Vaz et le P. Diogo de Borba étant morts , il y a peu de temps, la surveillance du collège de Goa s'est trouvée dévolue à Cosme Anes, qui s'était déjà chargé de l'administration des revenus et de l'achèvement des bâtiments, mais qui a trop d'occupations, à cause des affaires du roi; aussi, dès l'arrivée d'Antonio Gomez , il s'est absolument déchargé de cette administration entre les mains de la Compagnie, Cependant il convient, d'après les usages, que cette cession soît ratifiée au nom de sa majesté. Veuillez eu faire expédier le diplôme et nous l'apporter aux Indes.
A quinze milles de Cochin est une place de S. M., appelée Cranganor. Il s'y trouve un superbe collège , élevé par le frère Vincent, coadjuteur del'évêque, où sont instruits cent enfants des chrétiens indigènes, appelés chrétiens de Saint- Thomas. Autour de la ville sont répandus soixante villages environ des mêmes chrétiens, où l'on dfoïsit les élèves du collège. Vous saurez que cet édifice est magnifique d'^aspect, soit à cause du site, soit par la belle ordonnance des bâtiments. C'est un service immense que le frère Vincent
(1) Melchior Gonzalez, Portugais, fut un infatigable ouvrier dans la vigne du Seigneur : arrivé en 1548, il dirigea les missions et le collège de Baçaïm, et mourut, empoisonné par les infidèles^ à la un d'octobre 1551.
2^ LIV|(ÈÏÉLr^.££TTRE TROISIÈME.
a rendu à ce pays, gi m'est profondément attaché, ainsi qu'à toute la Compagnie. Il déclare qu'il a tout disposé pour nous laissa en mourant l'administration de son collège. Il désire singulièrement la venue d'un prêtre de la Compagnie, instruit dans les lettres, pour enseigner aux enfants les humanités, et prêcher au peuple les jours de fête. On dt|it AéUfer à ses désirs; je vous prie donc d'envoyer un^âjplpioué de ces talents , qui dépendra de lui pour tout]^ cHififsçB.
Il y a deux églises à Cranganor : l'une dédiée à saint Thomas, et qui est r^objet d'une grande dévotion de la part des chrétiens de Saint-Thomas, l'autre dédiée à saint Jacques, et qui fait partie du collège. Le frère Vincent désire vivement que des indulgences du souverain pontife soient accordées à ces deux églises, pour la consolation des chrétiens et l'accroissement de leur piété. Je vous prie donc, comme d'une chose capitale, d'inviter, soit nos frères qui sont à Rome, soit le nonce apostolique qui réside en Portugal, à faire obtenir une indulgence plénière annuelle, à commencer des veilles de Saint-Jacques et de Saint-Thomas, pour se continuer durant les octaves : je désire que cette indulgence soit seulement accordée à ceux qui, ayant participé dignement aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie , visiteront avec piété et avec dévotion les égUses de Cranganor. Si vous remplissez ces deux objets, que je vous recommande au nom du frère Vincent, l'envoi d'un prêtre et l'obtention des indulgences, et si vous voulez en même temps lui écrire avec amitié, vous vous l'attacherez pour toujours, ainsujj^. la Compagnie. Je vous prie avec les mêmes instancéîjp^crire à l'évêque qui nous est profondément dévoué.
J'ai écrit à sa majesté pour la prier de nommer comme l'un de ses chapelains un prêtre appelé Etienne Louis Borralho. Je l'ai moins fait à cause de lui-même, que dans Tin-, térêt de ses so^^^qui sont orphelines et pauvres; si le frère jouît de la -irosidération dont sont revêtues les per-
LIVBE V. — LETTRE TROISIÈME. 25
«onnes attachées au service du roi, il trouvera facilement un établissement pour ses sœurs. Dans ces contrées, pour les mariages, on estime singulièrement TaUiance des gens de distinction et de ceux qui ont Testime du souverain. Si vous obtenez ce bienfait, vous aurez assuré l'existence de trois jeunes orphelines. La mère de ce prêtre est remariée à Gonçalo Femandez, habitant de Cochin. Et Borralho désire, pour se concilier, ainsi qu'à ses sœurs, la bienveillance de leur beau-père, qu'il soit aussi accordé quelque faveur à ce dernier. Il sollicite donc de la part du roi que sa majesté daigne faire inscrire Gonçalo, à titre honoraire et sans émoluments, au rang de ses officiers. Car il est convaincu que si son beau-père reçoit le titre d'officier royal , celui-ci le traitera, ainsi que ses sœurs, avec une ajQTection toute paternelle.
Tous les Franciscains sont nos amis, mais surtout leur gardien, F. Antonio de Casai. Lorsqu'il sortira de charge , c'est-à-dbre dans deux ans, il désire vivement retourner en Portugal; je vous prie d'obtenir pour lui de sa majesté une autorisation authentique de se retirer après le temps de son administration. En efiet, voici déjà cinq ans qu'il travaille dans les Indes, pour le service de Dieu et du roi. Le P. Nicolas Lancilotti, que j'ai envoyé à Coulan pour y rétablir sa santé, se remet de jour en jour et plaît merveilleusement aux Coulanais. Déjà même il est question de fonder un collège, où seront élevés de préférence les orphelins portugais, mais où seront également admis les orphelins chrétiens de Comorin et de Saint-Thomas; caries habitants, peu nombreux et mal partagés sous le rapport des biens temporels, ne peuvent entreprendre la formation d'un séminaire avec leurs propres ressources. J'en ai écrit à sa majesté , en lui représentant combien cet établissement aurait, dans l'avenir, d'utilité pour la religion. Vous ferez en sorte d'obtenir de sa majesté qu'elle ordonne au vice-roi des Indes, et à son trésorier, de faire élever cette maison aux frais de l'État , dans des proportions assez
26 trVRE V. —LETTRE TROISIÈME.
étendues pour cpi^elle puisse recevoir un grand nombre d'orphelins portugais et indijgènes.
A Goulan, totit est en abondance et à vil prix, et une dépense peu considérable doit faire vivre un très-grand nombre d'élèves. Si vous venez ici , mon bien-aimë frère Simon, votre venue sera l'occasion d'uii grand avancement poUr la religion, et d'un grand bonheur pour vous-même; mais il est nécessaire qu'avant votre départ vous soyez revêtu de l'autorité nécessaire, afin de vous rendre utile pour le service de Dieu et secourable aux chrétiens indigènes. Je vous recomtnande encore de vous assurer à l'avance toute la protection de LL. MM. , afin de pouvoir retenir dans le devoir les gouverneurs et les trésoriers du roi. C'est ainsi que, de l'avis universel, vous rendrez, dans les Indes, le plus de services à la religion de J.-C.
j'ai reçu de Malacca d'heureuses nouvelles touchant les travaux spirituels de François Ferez et de Roch d'Oliveira. Leurs lettres vous en donneront lé détail. D'excellentes nouvelles sont venues aussi des Môliiques, où Joam de Beirâ (1) et ses coinpagnons sont éprouvés par des souflTrances excessives, et des dangers continuels pour leur vie, avec d'éclatants succès pour la religion chrétienne. Le bruit qui avait couru de la mort de Beirâ me parait être sans fondement. Lui-même, peu de temps auparavant, m'avait écrit dans le plus grand détail sur ses travaux, ses souffjrances et ses dangers. Ses compagnons, après que les vais-
(1) Le P. Joàm de Beira, après dfx ans de travaux Vraiment apostolique», épuisé dans ses forces et jusque dans son intelligence, acheva ses jours à Tana, près de Baçaïm, et y fut Tobjet de la vénération de ses frères, qui contemplaient en cet homme si éprouvé le renouvellement des exemples de la primitive Église. Souvent alors des confesseurs de la foi, mutilés par le fer et la flamme, exercés par la douleur, conservaient, dans un corps qui avait survécu à l'intelligence, les empreintes sacrées du martyre, jusqu'au jour glorieux de leur délivrance terrestre. Ainsi nous avons vu nous-méme de saints missionnaires revenir du lieu de leur mission, épuisés pour un temps, ou mis à bout de leurs forces humaines, après led longues souffirancea d'un glorieux apostolat.
lïTRE V. — LETTRE TROISIÈME. S7
seaux eurent quitté les Moluques, ont passé trois ihois d'hiyer à Ambôinè. Pendant ce temps, Joam de Bieira est venu des îles du More à Àmboine, pour demandei* au commandant de la place d'envoyer une troupe de Portugais au secours des chrétieris du More. Lorsqu'il retournait des Moluques au More , on dit qu'un gtave accident lui est survenu ; mais tii ses lettres ni aucun rapport digne de foi ne me l'ont ijohflrmé. Ce que je puis voUs dire de certain, c'est que ceilx qui aiment Dieu et leurs frères sont éprouvés comme l'or dans là fournaise. Mais en vérité j'ignore fl, dans tout l'univers chrétien, les personnels qui se sont dévouées à Dieu et au salut des âmes sont éprouvées par autant de travaux et de dangers mortels que dans les lies du More. Veuillez prier Dieu pour ceux qui y sont allés déjà, et pour ceux qui iront dans la suite; cat* j'ai résolu d'y envoyer bientôt deux ou trois de nos frère^. J'ai la persuasion que ces îles enfanteront de nombreux martyrs à notre Compagnie, et que biebtôt on ne lès appellera plus les lies du More, mais les îles du Martyre. Que nos confrères, qui brCQent de répandre leur vie pour J.-C, s'arment de confiance, et conçoivent une joie sincère, à la vue de ce séminaire de martyrs qui les attend et qui doit combler tous leurs vœtix.
Le voyage de mer pour lé Japon et la Chine est, si j'en crois le témoignage universel, rempli de difficultés et de périls : je n'en àî pas encore fait l'épreuve , et lorsque je m'y serai rendu, c'est-à-dire sans doute dans deux mois et deijai, je vous informerai de la vérité de tous ces récits. Ainsi lorsqd'avec la permission de Dieu , vous serez venu dans les Indes, c'est-à-dire dans une année, vous recevrez une lettre de moi, datée du Japon.
Nuno Bibeiro est à Amboine, place très-sûre, et qui compte beaucoup de chrétiens : j'ai connu par ses lettres les fruits abondants qu'il recueille dans ses travaux.
Les] deux confrères établis au cap Comorin y rendent d'importants services à la religion chrétienne. Vous pourrez
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VOUS en convaincre par les lettres que je vous envoie, et où ils vous rendent compte de toutes leurs affaires.
Il a plu à Dieu de rappeler de cette vie notre bien-aimé frère Francisco Adami, afin de lui accorder la récompense de ses longs et excessifs travaux. Sa mort a été digne de toute sa vie , qui, de l'opinion de tous, et comme j'en ai moi-même été le témoin, était éminemment parfaite. II était d'une piété consommée, et rempli d'ardeur pour convertir les païens à J.-C. En vérité, je me recommande plutôt à lui que je ne le recommande à Dieu, car j'ai la persuasion qu'il jouit déjà de la béatitude pour laquelle il était né.
Je me rends présentement à Goa, pour me disposer d'avance au voyage du Japon, que je dois entreprendre au mois d'avril prochain. De Goa , j'irai à Gambaïe (1) , où je sais devoir rencontrer le vice-roi des Indes, qui se trouve en ce moment à Baçaïm, afin d'en obtenir qu'il protège les chrétiens des Moluques et les confrères queje dois bientôt envoyer dans ces îles. L'un de ces Pères fera l'office de prédicateur et résidera dans la ville de S. M. ; il y présidera à l'établissement du collège pour les orphelins enfants des Portugais et des chrétiens du More ; on commencera, dans le même temps , la fondation d'une autre maison , où seront instruits, sur les mystères de la religion chrétienne, non-seulement les orphelins portugais, mais les Japonais, qu'avec la grâce de Dieu j'espère y envoyer. Et comme dans les Indes , nos confrères se sont rendus agréables et chers, non-seulement à l'évêque et à son clerçé, mais aux ordres religieux, à tous les chrétiens et aux infidèles,
(1) Cambaïe (22o 24' lat. N.); ville ûDcienne, sur le golfe du même nom, dans la province de Guzerate, citée par Marc Pol.
Après les victoires remportées en 154 G sur le roi de Surate par D. Joam de Castro, le sultan do Cambaïe, enflammé de fureur, fit mettre à mort Simam Feo, ancien envoyé du gouverneur, et plusieurs autres Portugais, ses prisonniers, au nombre de vingt ou trente, sur leur refus d'abjurer la foi de Jésus-Christ.
Peu de temps après, Cambaïe fut conquise par les Portugais.
tIVBB V.— LETTRE QUATRIÈME. 29
j'ai lieu de croire que la Compagnie fera d'immenses progrès dans ces contrées.
C'est pom'quoi , mon bien-ainig*frère Simon , songez à venir bientôt ici avec une arilIlMhj^ confrères , de prédicateurs et d'autres. Prenez ga^^^H^lement de ne point amener un trop grand nombre Se Jeunes gens ; car nous désirons ici des hommes de trente ans au moins jusqu'à quarante, remplis de toutes les vertus, mais surtout d'humilité, de douceur, de patience et de chasteté.
Je dois ici m'accuser de ne cesser jamais lorsque je vous écris ; par là vous pouvez juger combien j'y prends de plaisir, surtout lorsque ce sont vos lettres qui m'en ont donné l'exemple.
Je cesse aujourd'hui, quoique j'aie peine à le faire: j'ai l'espérance qu'un jour nous nous reverrons, en Chine, au Japon, ou du moins au ciel : au ciel, où, je l'espère , appelés ensemble par un bienfait gratuit et infini de Dieu, pour régner à jamais avec lui, nous jurons, pendant l'éternité tout entière , de la source sil^me de tous les biens. Amen. ^
Cochin, 28 janvier 15/i9,
LETTRE IV
Au P. Slmoii RodrlffueS) de la Compagnie de Jfém^m»\
Celui qui vous remettra cette lettre, m'est connu d^ par d'anciennes relations. Il se rend en Portugal dans le dessein de solliciter du roi la récompense des services qu'il a rendus à l'État; et il m'a vivement prié de lui donner à ce sujet une recommandation près de vous. Je reconnais , et je ne le lui ai point celé, qu'il pouvait concevoir une ambition infiniment supérieure, en servant Dieu lui-même, et en obtenir le pardon de ses propres
90 uyç^f y. -:- letxae quaivIp.
péchés, plutôt q^e de recherclier, tfelftpart d'wsouveraia mortel, une récompense humaine de sies mérites et ^e s^s belles actious; jjç n'ai PH toutefois lui fair^ ^andonner ses ^péraqpes et ses prpîçt| v vous ferez bien 4'éprouver ^p Portugal, s*il a changé "^ dessein et s'i^ s'^st tourpé yers l^s pensées du ciel. Si les épreuves et les cfan^ers de la navigation l'ont rendu plus docile aux inspirations divines , conseillez-lui de demeurer en Portugal soi^s l'habit niop^stique , plutôt que de revenir vers nous dans la profession piilitaire, Si vous parvenez à le convaincre, vous rendrez j^ sa pauvre àm^ ud^ service immense, et vous l'aurez ss^uvée 4e sa perte ; mais si son esprit conserve son attache ^x\x intérêts qui passent, et ne peut s' élever à une philosophie p^^s haute, vous pourrez l'assister en sa légitime requête -, et vous l'aiderez, autant qu'il sera dîms votre ponvoi?*, à obtenir au nioips, cpnoime récompense de ses lopgs et honorables services dans les camps , une pension suffisante pour son exist@{ice ^n ces contrées. J[e vous demande avec ipstîipce, au nom de la charité diyine , de faire ces justes démarches.
J'avais achevé d'écrire les lettres pour Ip Portugal , que je devais remettre à Pero Fernandez, quia rempli dans les Indes les fonctions de vicaire général, lorsque des navires, venant de Malacca, nous ont annoncé comme une nouvelle certaine , que les ports de la Chine étaient entièrement fermés aux Portugais , et disposés à les recevoir en ennemis (1). Cependant je ne veux pas renoncer au projet que j'ai formé de me rendre au Japon, dont je vous ai déjà f^it part , et que j'espère accomplir avec la grâce de Dieu.
(1) Les excès, commis en Chine par les Portugais furent l'occasion de sanglantes représailles. La cruauté de Simam d'Andrade fut le signal du massacre de trois cents Portugais à Lîampou en 1542, et une succession de faits déplonbles amena la fermeture des ports, à l'exception de Macao, et l'isolement de la Chine d'avec le rçste du monde civilisé* Ce n'est qu'après trois cents ans que les révolutions de cet empire immense vofit de nouveau l'ouvrir à la politique et au conmierçe, et, avec la grâce de Dieu, à la religion de J.-*G.
m^ y. — UTT»E CINQUlfeMB. Si
Il n'existe pa^, ep cette misérable yie, de consolations spirituelles pli^s abpn(}antes que celles que Ton trouve au milieu des périls de n^q^i; le^ pius éyidents , encourus par le seul et miique piptif de Tait^Qur de Dieu, du zèle pour son service , et du désir le plus pur de propager notre sainte religioi^. Eu vérité, l'homme rencoutre plus de douceurs d^ns les épreuves de cette carri^e que dans la paix et les loisirs de toute autre existeuce.
Que Pieu Notre-Seigneur nous réupisse dans sa sainte gloire ! AdieUr
Cochin, le 2 février 1549.
Vptre frère très-affectionné en J.-G.
Frabiçois.
—ooppoo—
LETTRE V
4ii R. f. H* If ii#t» de liOTHlf, «Mpérleur sénérml, à «orne.
Que la grâce et la charité de J.-C. N.-S. soient toujours avec nous ! Amen.
Q mou uuique Père dans les entrailles de J.-G. !
Je vpus ai adressé trois lettres presque semblables , et toutes d'une grande étendue : elles étaient recommandées à H'' Simon.
Antonip Criminale réside au cap Gomorin avec six autres membres de la Gompagnie. Je vous déclare en vérité, mon Père, que c'est un homme saint, et né pour cultiver ces contrées : envoyez-nous beaucoup de ses pareils , comme nous en avons déjà. Nos frères de Gomorin sont sous son obéissance. Il est également cher aux chrétiens indigènes, aux païens et aux mahométans. Quant aux confrères qu'il dir^e, je ne saurais vous exprimer quelle affection ils ont pour lui.
Le P. Gypriano, qui est déjà sur le retour dej'ftge , part pour l'ile de Socotora. Il doit nous quitter à la fin dejanvier :
li emmène avec lui trois persoimes de la Compagnie , un prêtre et deux coadjuteiirs. L'île de Socotora a environ cent milles de tour. Elle est entièrement habitée par des chrétiens qui, privés de prêtres depuis un temps infini, n'ont plus de chrétien que le nom. Ils se disent les descendants de ceux qui furent convertis par l'apôtre saint Thomas- J'espère qu'avec le secours du P. Cypriano et de ses confrères ces peuples reviendront dans la bonne voie.
L'fle est très-pauvre en fruits de la terre et en productions nécessaires à la vie; elle est aride et dure à habiter. Cependant le P. Cypriano , vieillard sexagénaire , s'y rend avec joie, dans la confiance qu'il y pourra rendre à Dieu d'importants services, et en même temps effacer les péchés de sa première existence. Quoique dès l'abord il eût allégué l'excuse de son âge, déjà avancé, et qui le rendait impropre à des travaux pénibles, il déclara bientôt être heureux de partir, puisque c'était nécessaire.
Le P. Nicolas Lancilotti, quoique d'une faible santé, paraît se rétablir ; il habite à Coulan , ville située sous un climat très-salubre, à quatre-vingts milles de Cochin. Il y préside à la fondation d'un collège de la Compagnie.
On pourrait étabUr dans ces contrées un grand «ombre de collèges, si M* Simon, ainsi que je vous l'ai écrit, venait ici revêtu d'une grande autorité de la part du roi, et amenait avec lui un nombre suffisant de nos frères , parmi lesquels sérsiient six à sept prédicateurs et d'autres sujets capableë'^ Jrèïfevoir les confessions , de donner les exercices spiritiièls, et de convertir les païens à la foi de J.-C. ; mais tous doivent être remplis de sagesse et d'expérience. J'ai moi*-même écrit à sa majesté au sujet de M* Simon ; j'ai priéle iSï'de nous l'envoyer avec assez d'autorité, pour qu'il pui«B«îS6#seulement fonder des collèges, mais encore protéger les chrétiens indigènes, et les païens eux-mêmes, que la pttBf fèible apparence de faveur concilierait eans peine à J.-b;..,*
Je vous transmets les caractères de l'écriture japonaise;
LIVBE V.— LETTRE SIXIÈME. 38
car ce peuple diffère considérablement des autres pour la manière d'écrire. Us commencent au haut de la page, et tracent de haut en bas des lignes parallèles. Je demandais au Japonais Paul pourquoi sa nation n'écrivait point comme nous? Mais vous-même, répondit-U, que ne consentez-vous à nous imiter? Comme les hommes ont la tête élevée, et les pieds sur la terre, ainsi, dans leur écriture, ils devraient tracer des lignes verticales. Je vous envoie aussi la description du Japon et des mœurs de ses habitants, ouvrage du japonais Paul, homme vraiment pieux et d^e de confiance. Dans deux mois , si Dieu daigne approuver mon dessein, je m'ènjitiarquerai pour le Japon avec le P. Gosme de Torrez, Paul et deux autres Japonais. Je vous écrirai, du pays même, ce que renferment les livres japonais. Je n'ai pu l'apprendre de Paul ; il est sans littérature, et n'a jamais eu entre les mains les monuments écrits de sa nation, qui (de même qu'en Europe les livres écrits en langue latine) sont rédigés dans une langue, pour ainsi dire, étrangère au peuple.
Que Jésus Notre-Seigneur nous eiwigne de faire sa volonté (1), et qu'après raccomplisseijiewdé nos travaux en cette vie, il nous transfère dans l'étern^f séjour de la béatitude! Amen.
Goa, 15 février 1549.
LETTRE VI
An P. Gaspard Bantée, de la Compagnie de Jésus, à son départ pour Ormus (2).^
Avant toutes choses, souvenez-vous de vous-même, rendant le devoir à Dieu d'abord, et ensuite à votre conscience.