U?BE VU. — LETTRE VINGT-DEUXIÈME
rinvincU)le nécessité , après avoir longtemps et vainement attendu les suj)8ides qui leur étaient promis. Allez au-devant de pareils malheurs, par une juste et prudente attribution des revenus du cqllége, dont vous emploierez d'abord une part, ainsi qu'il est raisonnable, pour les besoins de notre maison, de nos Frères et nos hôtes étrangers à la Compagnie : vous ferez ensuite passer une part à nos Confrères qui, au cap Comorin et dans les îles du More, languissent dans la détresse la plus douloureuse ; à ceux qui résident aux Moluques et au Japon, afin de les aider à 9e procurer leur chétive subsistance : si nos Confrères sont privés de secours, ils seront obligés d'abandonner de grandes œuvres sans les accomplir, et de sacrifier des espérances considérables , au grand dommage du royaume de Dieu. Je vous ai désigné ceux qui vivent en dehors des places portugaises et au milieu des indigènes, parce que leur condition est de beaucoup la plus rigoureuse. Ceux qui ont leur résidence dans les citadelles royales ou dans les autres places renfermant des colonies et un concours d'Burppéens, jamais on ne les laissera dépérir de misère, ni interrompre l'œuvre du salut des âmes par le manque de subsistance, malheurs dont ils se voient menacés dans les terres étrangères, au milieu de populations barbares, souvent hostiles et souvent misérables ; ils se yoient exposés à périr parla faim, s'ils ne reçoivent des secours réguliers de la part de leurs Frères.
Avant toutes choses, je désire infiniment que vous apportiez tous vos soins à l'extinction des dettes contractées par le collège; car c'est aller contre le devoir que de retenir la propriété d' autrui, lorsqu'on peut la rendre; et c'est une de ces fautes qui offensent Dieu gravement et qui ternissent la conscience ; c'est en mètiie temps roçc£i$J^ d'un scandale aux yeux du peuple. C'est pourquoi j^iéipviens encore, et je veux que vous soyez pénétré dfe- <ot'' opinion, que vous devez consacrer toute votre induStrtte-i tous vos efforts à l'accomplissement immédiat et zélé d'un 23,
556 LIVHE Vlî. —LETTRE VINGT- DEUXIÈME.
devoir si urgent et si légitime. Afin d'y parvenir, vous n'entreprendrez point de nouveaux édifices, vous n'achèverez même pas ceux qui sont commencés. Il est bien vrai, notre demeure est étroite; mais le plus essentiel doit passer avant tout le reste. Les dettes payées, vous pourrez successivement faire monter vos ouvrages et les conduire à leur faîte.
Mais surtout considérez que vous devez prendre un soin infiniment moindre des édifices qui s'élèvent avec la pierre et le ciment que des temples spirituels de Dieu : ces temples sont vos Confrères et les élèves confiés à votre fidélité, que vous devez nourrir, conserver et, surtout, diriger et faire avancer dans la vertu; c'est là le souverain devoir commis à votre zèle. Je n'ignore pas qu'il est des constructions que l'on ne peut différer, comme les clôtures du jardin de la maison, et les réparations aux entrées de votre demeure, s'il existe d'autres ouvertures que l'entrée principale; car la fermeture des maisons religieuses par une enceinte solide et infranchissable intéresse à ce point la discipline et la bonne renommée de ces maisons, qu'on ne saurait différer légitimement les travaux qui s'y rapportent; et l'on doit, en effet, les accomplir immédiatement et sans considérer la dépense.
Ensuite, j'ai besoin de vous prémunir contre la tendresse de votre âme et la pudeur des refus. Vous pourrez en effet vous croire comme engagé, lorsque vous verrez, et ce sera souvent, des indigents étrangers venir en foule vous solliciter, et vous demander de les assister sur les fonds du collège ; ou bien ce seront encore des fermiers des revenus qui demanderont qu'on leur fasse remise d'une partie de leurs payements, alléguant mille prétextes, et faisant valoir leur pénurie domestique : un (àrand nombre viendrant aussi verser dans votre oreille, qui 'leur est, ouverte pour In ronfession, les récits de leurs né- .cèssités de famille, de la faim, qu'ils éprouvent eux et les leurs f et vous conjureront de pourvoir à ce qui leur
manque. J'entre aussi dans leur peine ; mais je vous défends de vous y laisser attendrir au delà de la raison et de ce que Dieu permet. Faire une largesse avec le bien d'autrui, c'est un larcin : or, afin que vous pifedez^^ JhMque vous entendrez de pareilles demandes , rejeter soif ifioimême toute la responsabilité et la rigueur dû refcuh^ je vous lie dès à présent les mains, et je vous commande-en termes précis, en vertu de mon autorité, de dire à tous ces solliciteurs que cette maison se trouve surchargée de dettes et qu'à peine elle a de quoi subvenir à l'aliment quotidien des Confrères et des élèves du séminaire. Cependant la maison a de plus une infinité d'autres charges : elle doit soutenir les Pères qui annoncent au loin l'Évangile; elle doit subvenir au service de l'hôpital public, ainsi qu'à mDle autres œuvres ; pour ces causes je vous ai prescrit en termes formels et par obéissance, — et vous ne pouvez transgresser mon ordre sans offenser Dieu, — de ne rien accorder à personne sur les revenus du collège , parce que tout ce qui serait ainsi détourné ferait défaut aux nécessités de notre maison , auxquelles ne peut suffire l'intégralité des produits annuels.
Au surplus évitez singulièrement les pénitents de ce caractère, qui, dans le sacrement;de la Pénitence, recherchent leur avantage temporel et l'aliment de leur corps plutôt que le remède spirituel. Je vous conseille de vous en défaire en peu de paroles très-précises : ces personnes sont plus sensibles aux plaies de la fortune qu'à celles de la conscience, et leur philosophie est toute de la terre : livrées tout entières à l'espoir d'obtenir quelques fonds, elles deviennent sourdes à vos paroles, si vous les entretenez de leur avancement spirituel. Vous-même enfin, si vous ne les éloignez de vous, vous en serez distrait, et détourné des pensées du ciel.
Un grand nombre de chefs de famille portugais demandent que des terres du collège leur soient données à ferme. Est-ce dans l'intérêt du collège ? J'Cn doute, et j'appréhende.
358 LIYBE VIL — LETTRB TINGT-DEUXiÈlit.
que si ces concessions se rëoouTeUent souTtot, ce ne soit Foccasion d'un préjudice grave pour votre famille religieuse. Examinez la question avec prudence : tenez mûrement conseil rivec le procureur et les amis de votre maison, et résolvez ce qu'il sera le plus sage de faire.
Ce collège a quelques. dettes, il a plus encore de créances. Je désire de vous que vous possédiez de mémoire les noms de vos créanciers et les sommes qui leur sont dues, et que vous fassiez une recherche pareille à l'égard de vos débiteurs : vous aurez soin de dresser les tableaux de ces deux catégories. Toutefois, il est évident que je vous permets d'être moins scrupuleux pour examiner les titres que vous possédez contre d'autres que pour reconnaître, et vous mettre fen devoir d'acquitter au plus tôt ce que d'autres ont droit de vous réclamer. Je vous conseille donc d'y apporter tous vos soins et d'y employer un zèle infatigable. Vous pourrez surtout allégdér atix personnes qui solliciteraient vos dons : que vous avez des obligations, et que vous prenez à cœur d'eii recouvrer les titres; que vous y devez employer tout ce qui vous demeure de fonds, après les dépenses inévitables d'une maison très-nombreuse; que rien enfin ne vous est laissé pour le distribuer selon vos volontés, entre ceux que vous voudriez favoriser et dont vous plaignez la misère ; en effet tout est épuisé par les aliments, les vêtements, lés médicaments des Cdhfi'ères de la maison et des hôtes , des enfants du séminaux et des malades de l'hôpital; sans parler des ëdîflces d'une indispensable nécessité, et d'une infinité d'autres sources de dépense : et ce ne doit pas être un spécieux pt^texte, une excuse iriiaginaire : vous devez rtatiscff vbs paroles. Veillez huit et jour, afin d'épargner ingénieusement sur la dépetise des nécessités journalières ce que rigoureusement vous pouvez épargner, et acquittez aîtisi vos obl^ations. Ici l'expérience devra vous enseigner l*économie : ce que l'usage vous aura fait paraître plus avantageux, tous aurez soin de le répéter; et vous évite-
UTBE Vn. — UETTBB TINGT-DEUXlfeMB. IS9
rei de mfime èe qfÊe tous aiire^ reconnu désftvaiitt|(rat ou de peu d'utilité.
Étudiez scrnpilleilsetnetit les personnes à qtû tous Se« yrez confier tos intérêts : rarement en effet od trduye Sm administrateurs fidèles. Préférez dans tos choix ceùi qui ont Fhabittide de tous ouTrir leur cdnscietice dans la confession, au moins tous les mois, et qui, dans le même temps, participent aTec révérence à la table èùcharistique.
Je désire que la principale matière des lettres qde tous m'adresserez à Malacca dans le mois de septembre^ et^pie François Pérez se chargera de me faire passer j altpdtlf ëbjet ces deux points essentiels : vos créances et vos detted. Vous ajouterez les faits relatifs à vos autres affaires ddttléstiques, les fruits de vos travaux et de ceux de vos Frferé»: si les habitants de Goa ont profité de vos prédications et de vos autres ministères, et dans quelle mesure; les nouvelles irehûes du Portugal, et les événements de la paix où dé la guerre ; ce qui regarde nos Pères qui vivent en d'àiltt^s contrées. Écrivez-moi sur toutes choses d'Une Inaniêre étendue et circonstanciée, employez un secrétaire dont Péfcrîture soit correcte et d'une lecture fliâée.
Ohoisissez pour être le fermier de vos revenus ^ek|dè nïarchâdd riche et des plus considérés dé la vifie; surtout flë choisissez personne de pauvre, à cause du dahger des procès.
fiiamihéz si ce ne doit pas être une économie d'acheter dëilî esclaves (l)j qui demeureront chez vous, employés à
(I) L'esclavage était en Orient, dans le xyi® siècle comme aujourd'htil, la condition légale d'un nombre immense d'Individus. Saint Paul, qui a si admirablement réhabilité la personne humaine dans l'esclave, n*a pas -recommandé Tabolition immédiate de l'esclavage ; mais tout le monde sait que TEglise catholiqae, souverainement libérale et libératrice^ a toujours pris rinitiative de l'atAranchissement des âmes et des corps.
Notre Saint, en achetant deux esclaves pour les services de son cOUége, devait procurer à ces serviteurs les exemples et les soins aifeetueax des maîtres les plus édifiants.
lesshrer les habits, plutôt que de lîTiWIe linge de la mdsoii à des blanchisseurs étrangers.
Ne convient-il pas également d'entretenir un Frère qui soit spécialement chargé de notre jardin, et qui entende parfaitement la culture des légumes, plutôt que d'employer une personne du dehors : ce sont des finals dispendieux que la nourriture et le salaire d'un jardinier et des Éthiopiens (1) qui le servent. On pourrait confier ce ministère à Tun de nos Frères coadjuteurs, en lui donnant pour le seconder deux esclaves achetés pour ce service.
Dans ces décisions et dans les autres du même genre, considérez avec attention ce qui est préférable; étudiez par vous-même, et prenez les avis d'étrangers doués d'expérience, craignant Dieu, et prenant intérêt à votre collège.
Il a été fait remise à Alvare Alphonse (2) de 500 pardams sur le payement qu'il avait à nous faire : et cela même vous donne plus de droits à réclamer de lui le payement très-prochain des 500 autres qu'il doit encore. Craignez d'être prodigue des fonds qui ne sont point les vôtres ; souvenez-vous de la faim et des privations qu'éprouvent nos Frères, qui portent le poids du jour et de la chaleur, avec des sueurs infinies, dans les maisons dépendant de la nôtre ; souvenezvous de nos autres Confrères qui au Japon , aux Moluques, et au cap Comorin, sont e]Q)osés aux plus dures épreuves, sans recevoir aucune consolation.
Je vous engage à envoyer chaque dimanche à Choram (3) Dom Augustin (U), prêtre séculier, en lui attribuant
{{) Dès la plus haute antiquité, les lils de TAfiique paraissent voués à l'esclavage, avant les autres races. Nous retrouvons, sur ces populations, déshéritées ainsi, pour une série de générations, du privilège de la liberté, le sceau de la justice de Dieu , envers celui des fils de Noë qui a peuplé cette partie du monde.
(2) Alvare Alphonse de Gama, gouverneur de Malacca, qui s'opposa d'une manière si déplorable au voyage du Saint dans la Chine.
(3) Petite île située à une demi-lieue de Goa.
(4) D. Augustin était un de ces prêtres séculiers qui s'associaient avec joie au ministère de? ouvriers apostoliques.
XIVRE Vil. — LETTRE VINGT-DEUXIÈME. 361
itn^lWUrnir^ convenable. Je n'approuve point qu'un de Doé^^Wifi^demeure en celte place : vous rappellerez donc celui ^ffisi^ trouve, et le ferez revenir en votre ma^iSon.
A l'égard de ceux qui seront admis dans cette maison, vous voiis appliquerez à connaître, dès le temps de la première probation, quel, genre de vie ils ont mené dans le monde, quelle profession ils ont exercée ou connaissent^ afin que vous soyez instruit de la fonction administrative , de l'office ou du ministère qui peut avec sécurité leur être confié. x .v
De temps en temps, vous prescrirez à Manoël de iti!^ lez de prêcher au peuple, dans la métropole, après Tayl^ averti de se rendre digne de parler dans cette chaire ?*t. l'avoir fait s'y préparer. Vous pouvez encore, si tous le jugez utile, partager cette œuvre avec lui, et l'accon^piyr chacun pendant ime semaine. Décidez, après avoir tout bien considéré, ce que vous jugerez préférable.
Surtout n'oubliez point ma recommandation au sujet de Balthazar Nunez, et ainsi qu'elle me paraît d'une souveraine importance, je vous ordonne, en vertu de la sainte Obéissance, de l'accomplir dans sa plénitude, en faisant pratiquer à Nunez les Exercices spirituels, et en l'appliquant aux ministères les plus humbles dans l'intérieur, et non pas au dehors.
Je vous recommande très-vivement les Japonais qui résident en votre maison ; vous aurez soin de les faire passer en Portugal, sm* un navire sûr et commodément disposé.
Il me paraît d'un intérêt essentiel que vous exerciez en personne, par les méditations ascétiques, les Frères qui subissent l'épreuve pour entrer dans la Compagnie, et qu'après les avoir ainsi profondément étudiés et connus, vous conserviez ceux que vous jugerez convenir à la Compagnie, et que vous renvoyiez ceux que vous aurez reconnus ne lui point convenir. Ne vous laissez jamais séduire par aucune prière, ni par les sollicitations les plus réitérées, afin
362 LltRB VII.— LETTRE TINGT-TROiattl».
d'admettre un sujet qui h'aui*ait point les qualités essentielles pour être utile à la Compagnie.
Ofccupfez-tous^ autant qu'il est nécessaire, par l'eâft1p*emise d'agëtits capables, du dotriaine situé dans Tlle de Ghoram, deâ tratailleul*s rustiques et des ouvriers des bâtiments. VOiis ne poùvee y vaquer par vous-même^ ni par ailéunde nos Frères; je vous ai déjà conseillé d'y envoyer; ohaquè dimanche, Dom At^stin. Pour les autres soins néeessàirëâ de cette administration, conûez-les à des peràotinés choisies par vous et dignes de votre confiance.
Dès qile François Lopez arrivera dans cette maison, vous le ferez s'elèrfcër parles méditations ascétiques, voufe îfecevréi sa confession générale, et vous rappliquerez au tfainistère dé là ctiisine, ou à d'humbles devoirs de la inéniè fiàture.
Vous reniettrez à Mathieu^ aussitôt qu'il vous les redemandera, 56 pàrdains qu'il m'a pi*6tés au Japon;
Vous donnetez tettné â AlVaré Alphonse poilt le payement de sa dette jusqu'à PàqueSj et ce terthe ne devra pas être prolongé d'un seul jour.
frkAi^çoiS.
Les Pères et les Frères de la Compagiliéi en Qttél^ parttè des Indes (Jiilk ^é trouvent, n'écrirôilt fefi t^ôrtagal àticune lettre, soit â èâ ttlàjëâté, soit à quéîqti^tii ëtf4»g» a la Compagnie, san^ toiiS ëtivdtér ces léittêÉ ëufèrtgS; elles seront réunies dans votre collège en un paquet adf^së, soit à sa majesté, soit àii P. M^ Simon, ôii ôU f'ëctëur dé Sàint-Aiitoine de Lisbdilnë.
(Avril, 1552.)
FRANÇdte.
lt¥*fe tît.^LfetTBB i^îNfcT-TROlSifeilÈ. 36à
LETTRE XXnl; Au P. GÀÉpéiiicI fiftttéë.
Gës fibiltelles 6t suprêmes refcdttitaatidîltiohs, à là vëillè d*tifl long et dàtigei-ëtit voyage, nie sont itispitiéefe pslf la ferSifate, tnoii cHer Gaspard, de ne tous avoir pa8 etibbrë àëséz fortifié. Jërëtirëtids dbtlc etjëréèiimet)dûr àittsi dire tous liiëS cdiliseil^ , vous flriatlt de le pslt^ddiïiiet^ à irion ëttritoe ëoUicitudë, effet de iiiori ëitibtir potir Voiis, et de pil^ttate bien ces avis ^i sont multiplies fcdmtfië à Ilnflni.
AvàUt tfchit, sbiivënëi-vôiis de Vous-itiême, et vfeillei à Tàf ëfiit de Tbtre âme. VôUs ti'igUdréz pas U téritë dé celte seiltencë: Pàiir qui peut étire bôH, celui ijhte.^i mauvais pour lui-
tëltioignëz tbtijours Une chatitë siticÈre et Uttè indulg;etiblB MMàblé aux Pei-ës et àUx Frères qui sdiït sou§ vbtt'ë bbéiS- Sàncë; bariiiisëëzlà sëvéHté et lés A^lîbH àustêl^e^, si ce h'est eiiTér§ fceut t[Ui voUs pâi-âiti'aiént àbUsel- de Votre iriodërâtiôii. À ceUx-lâ voUs devez faii*e Setitir, poUr lëtir avaUcêitiëiil pël"i5brlttël, et nbn pbUt- Veflgër vdlt^ë d^§e, ùii cei»tàiil aiguillon de sévérité; s'il voue paraissait fedrtdUtqùë la ttfgSdmptidfa eût etifléleur dmoUr-proprë, il serait ttécessëtré, pôtti* ëUi et pdur le prdchàin, (JUe leur orgueil Mt âbàttU; aiaîS cëtix qui bîit pëciié par i^ol-arieé Ott par fragilité iiëtUt^ell^, vbus pburrez sbuvënt letir pdt^bbtiël^, àvëë àtatitëgé pdtii^ eux-ffiémës , et sans iuconv^iiierit lidUr le bbti drdte : tandis qu*avéb lë^ pt-ésoinptûeux rindUlgëiiëë éit fUUëstë ; ils y prentiëht Une sin^lièrë ari-ogârifee, et flbhtëljlt le désordre en toutes chdsës, s'ils trdûvënt ëh fàce d'ëÙx ÙU recteur qui faiblit et qui paraît les cr£lindt-e.
Le grand ndUlbrë des admissîbiis sans discernement ti'ëst poiUt Un secours pour la Compagnie, mais Un fardeau. Un
(1) EccD., XIV, 5.
moindre nombre de sujets énergiques, et doués d'éminentes facultés spirituelles et corporelle3, lui valent une armée. Appliquez-vous à la moins surcharger d'un nombre inutile qu'à lui procurer un renfort d'élite et. d'une réelle valeur. Exercez continuellement les nouveaux admis dans une profonde abnégation d'eux-mêmes et dans la mortification intime de leurs penchants corrompus ; appliquezles aussi aux offices de l'humilité dans l'extérieur, à mendier de porte en porte en faveur des pauvres, à servir les malades dans l'hôpital public, et à toutes les œuvres de ce genre qui sont bien appréciées en général ; mais n'allez jamais, c'est mon opinion, leur commander de se donner en spectacle à la multitude, par des actes ou par un costume qui leur donneraient une apparence de folie : souvent il arrive que ces effets extraordinaires occasionnent dans les spectateurs une surprise voisine du scandale, et, dans ceux-là même qui se sont proposés au mépris du monde, un chatouillement intérieur d'orgueil, comme s'ils avaient accompli quelque œuvre héroïque. Prenez soin plutôt de leur faire pratiquer des mortifications dont les bons effets soient connus : ainsi de confesser en présence de leurs Frères les fautes qu'ils ont commises dans le devoir qui leur était prescrit, et d'en accomplir la pénitence après l'avoir reçue. C'est ainsi que l'esprit s'humilie d'une manière salutaire et que le zèle se rend plus actif. Mais toutes ces industries ne doivent être employées que d'après la connaissance antérieure de la disposition et des forces des sujets ; cartons les moyens ne conviennent pas également à toutes les personnes : ce qui profite à l'une est pernicieux à l'autre. La prudence de celui qui dirige consiste donc à prescrire à chacun ce qui convient à sa nature.
Vous ne laisserez élever au sacerdoce aucun sujet de la Compagnie, s'il ne se recommande par une science profonde, et par une éminente vertu, éprouvée durant plusieurs années. Ceux qui seraient ordonnés prêtres, sans que ces règles eussent été observées, ne satisferont jamais à l'Institut
de la Compagnie, nia l'attente des hommes: et plût â Dieu que nops eussions vu moins d'exemples des résultats déplorables de cette inobservation !
Vous devez vous appliquer à procurer l'avancement des éti'angers ainsi que de nos Frères; mais avec un juste discernement, en vous souvenant toujours que vous acquittez une dette envers les personnes de la maison , et que vous faites jouir les étrangers d'une charité gratuite. Et l'ordre légitime nous fait un devoir de satisfaire premièrement à la justice, et seulement ensuite de nous prodiguer h autrui. Dieu vous rendra responsable de nos Frères qu'il vous a confiés. Les bienfaits que vous accordez à autrui sont un surcroît à votre devoir , et ne sont méritoires , en celui qui ne les répand, qu'après avoir satisfait avec plénitude à ce devoir nécessaire. On est criminel de négliger l'œuvre principale et d'épuiser son zèle en des œuvres accessoires, comme ferait un homme qui, dépravé dans son intérieur, se contenterait uniquement d'en imposer aux hommes par un extérieur de vertu, et qui amasserait ainsi les colères de Dieu sur sa tête; tel serait encore celui qui dormirait en sa demeure, et qui dans le public se donnerait les apparences d'un héros, par une ambition insensée et funeste, et dont la ruine serait d'autant plus éclatante que son orgueil aurait été plus immense. Évitez donc cette errem-, et donnez vos soins, premièrement à ce qui est principal, et en second lieu, à ce qui est secondaire.
A l'égard de la méthode pour assister le prochain, plus elle est générale, et plus elle est parfaite. Que les ministères les plus éminents à vos yeux soient la prédication, l'enseignement public des éléments de la religion chrétienne, l'audition des pénitents dans le sacré tribunal.
Dans la Confession, examinez attentivement dans quels sentiments les personnes sont venues vous trouver; car il en est qui cherchent leur intérêt sous des apparences de IHété; elles feignent de venir chercher des remèdes pour leur conscience, et elles ont en vue les secours pour leur existence
.S6g LïVW yi|. — UTTRE ViNGT-QUATRI&Hi.
matérielle. Dao9 ces personnes en général j-ai reconnu 1^ sens le plps imparfait des misères spirituelles : vos paroles s'envolent avec les vents, si elles ont rapport & la cfiltiff» de Fâme, et aux ei^pérances de la vie future. Ce sont d(B8 êtreg appliqués à la terre et qui s'y toent; car leur sagesse est toute de la terre. Éloignez-les sans différer, et ne concevez aucune inquiétude à l'égard de leurs plaintea : n'espérez point cle vous rencontrer jamais avec eux dans leB mômes voies; car vos efforts et vos tendances vont en des sens absolument contraires : ils sont du monde, et vous appartenez à l'empire de j.rC. Un soldat de J.-G. ne doit-il p^s rougir d'appréhender les murmures d'un profane vulgaire? Ne doit-il pas être insensible aux jugements de ceux qui préfèrent \s^ terre au ciel? Pour vous, suive* Dieu qw\ § reçu vos serments, négligez les murmures des hommes qv^i «ont (lans l'autre camp. Je dirai plus : évitez avec soip qjie ces horpi^es n'imaginent découvrir en vous aucune fRyeur ^P leurs prppofi hostiles ; que votre front élevé montre en son apparence que leurs éloges vous bKmveut indiprent et que leurs critiques vous trouvent insensible. ' (4yril 15§3).
FllANÇClIft.
LETTRE XXiy.
Ai| r. Gaiypai'dl Barzée^ rectc^ir ^u collège ^e Gofi.
Que la grâce, etc.
depuis mon arrivée à Gocbin, j'ai reçu beaucoup de lettres de Goulan et du cap Gomorin ; toutes ces lettres me (ont pî^rt des misères excessives auxquelles sont en proie pevix de nos Confrères qui servent la religion dans ces contrées, par la péuurie de tous seoouvs oepporels et spiritaek.
UfftB ¥11. ^ LETTRE VINGT-QUATRIÈME. 36?
On annonce du cap Gomorin la mort du P. Paul (1), homme d-une grapde perfection dans la vertu. Il n'est demeuré dans cette place que le P. Henri Henriquez, et dans toute la contrée, il n'existe aucun autre prêtre de notre Compagiûe. Aussi demande-t-il avec instance qu'on lui envoie un coinpagnoD, qui puisse le seconder dans l'administration de^ sacrements; car il ne peut y suffire seul, en raison du Hombre des chrétiens et de l'intervalle des distances. Coq-r sidérez si vous pouvez détacher d'où vous êtes le P. AntomQ Vaa (2) et avec lui le F. Antonio Diaz (3), qu'après la fin de l'hiver vous dirigeriez vers la côte de Gomorin, où l'on éprouve une si grande pénurie d'ouvriers et de si graves misères. 8i Antonio Vaz vous paraît peu convenir à cette mission , ou s'il rend plus de services en l'endroit où ij est, arrêtez votre pensée sur François Lopez, que j'ai récemment envoyé à B^çaïm. En vérité, dans mon opinion présente , je serais très-satisfait de savoh* l'un de ces deux Gonfirères envoyé au cap Gomorin, avec Antonio Dia^:, ou un autre coadjuteur d'une vertu parfaitement éprouvée , que vous pourriez avec sécurité donner pour compagnon
(1) Pç P- l^aiil Valiez, après avoir souffert de la part des Badages les épreuves les plus cruelles, après être tombé presque mort sôus leurs coups, attirés avoir langui dans la captivité, ne recevant d'aUnients que ce qui de- Y§i|l'«g^p^c)i§f 4'fixpir«r, fut pris d'ui^e âèvjr^ lente, et mq^rut d'épuis^q)e(t| le 4 ipars 1652^ à P^nip^lç, sur la côte de 1^ Pépherie.
(2) Antonio Vaz était d'une famille de chrétiens indigènes. Lorsqu'il était novice, il s'était vu tenté de quitter la Compagnie et de rentrer dans le si^Vs. Lqs lumières diYln^i si émlne^n^es ^ no\ife Saint , (ui avaient dépftHVert la pensée de Yaz, etravaieDt fait le retenir sur la pente où ce jeune hpinme aÎTait succomber.
^az demeura pendant plusieurs années un modèle des vertus religieuses; mais ^ tWf sa i>i^tpr$ iDqqiète et ambitieuse reprit le dessus, et i|ans les fqj^ctioqs de supérieur de Teniate, il compromit la paix de la mission. Le P, Castro se vit obligé de le retrancher de la Compagnie.
Pins tard son repentir le fit recevoir de nouveau : il vécut jusqu'à la fin dans les sentiments de Tl^uinilité la plus profonde, et paraît avoir été rus 4e8 témolps au procès de la canonisation du Saint. Le P.Antonio Vaz mourut seulement en 1589.
(3) Nous n'avons rien trouvé sur le P. Antonio Diaz«
368 nVBE vu. — LETTRE yiNGT-QnATBIÈM&
au pprtro qui so rendrait dans cette mission. Je vous prie, au nom de tout votre amour envers Dieu, d'employer en cette affaire votre zèle tout entier, car elle est d'un intérêt suprême.
Le P. Nicolas , à Coulan , est assiégé par de graves embarras, et se voit réduit à une extrême détresse, se trouvant au dépourvu pour faire vivre cinquante bouches, c'est-àdire les enfants indigènes de sa maison, et deux ou trois enfants portugais; souvent même on lui envoie, pour être soignés dans leurs indispositions, les élèves de la côte de Comorin à qui il arrive de tomber malades : et ce collège de Coulan n'étant pourvu que d'une manière très-imparfaite en revenus annuels, le P. Nicolas croit pouvoir réclamer un secours actuel et immédiat sur les allocations royales attribuées anciennement au collège, et qui n'ont point été payées en leur temps; eu effet, ces sortes d'allocations, dans l'année où elles sont dues, sont rarement acquittées en leur entier. Adressez-vous au vice-roi, et faites en sorte que, n'ayant point complètement reçu ce que le roi lui avait gracieusement attribué , Va^ puisse répéter à cette heure l'arriéré des payements échus, en un temps où ce lui serait si nécessaire. Et si le vice-roi le juge h propos, que ce seigneur fasse expédier un ordre royal au gouverneur de Coulan, pour faire immédiatement verser au collège centpardams, qui servû-ontà sauver notre maison; car elle se voit menacée de tomber en ruines. Je vous conjure, pour l'amour de Dieu Notre-Seignem% employez-vous d'une manière efficace, afin qu'à la première occasion après l'hiver, aussitôt que l'on pourra mettre à la voile, un prêtre delà Compagnie s'embarque pour le Comorin, avecuncoadjuteur laïque, ainsi que je vous l'ai déjà recommandé, et qu'à leur passage à Coulan, ils reçoivent du gouverneur, envertu de l'ordreroyal dont ils seront porteurs, la somme de cent pardams pour la remettre au P. Nicolas.
Faites le relevé des sommes qui sont dues par le roi au collège de Goa, et occupez-vous auprès des ministres de