‹ Lettres de Saint Franc̜ois-Xavier de la Compagnie de JésusChapitre 13 sur 49 · UVRE YU.-~LETTBE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

UVRE YU.-~LETTBE VINGTIÈME

L'ordre <jte la charité nous impose de donner nos soins d'à bord, et principalemeilt, aux personnes de notre maison, de préférence aux étrangers. Souvenez-vous donc, avant tout, d'accomplir à l'égard de nos Confrères, des enfants ^l des orphelins indigènes, élèves de cette maison, tous les devoirs d'un véritable père; de pourvoir avec zèle à ce que rien ne leur manque, ni pour l'âme ni pour le corps. Cet office accompli, vous pouvez dépenser ce qui vous reste de loisir et de forces pour le service des étrangers. Je vous le prescris au nom de notre P. Ignace; et moi-même, d'après mon opinion très-positive , je vous le recommande avec toute la force que j'y puis apporter : je suis en effet profondément convaincu que cet avis est d'une importance extrême ; et ceux-là me paraissent être sur la même ligne, et pécher d'une manière aussi criminelle, qui ne veulent que plaire aux yeux des hommes, et qui se contentent d'une vaine superficie, sans se préoccuper un instant de satisfaire au regard de Dieu qui pénètre au fond des âmes, que ceux qi^i ne s'inquiètent point des embarras domestiques, et qui recherchent la faveur populaire, croyant bien à tort qu'ils ont satisfait à leur devoir, lorsqu'ils en négligent la première çt principale obligation, pour se livrer tout entiers à des œuvres purement secondaires et accessoires. Ceux qui suivent cette voie sont dans Terreur la plus absolue , et de peur que vous ne soyiez de leur nombre , je désire que tous les jours vous rappeliez mes avis h votre souvenir.

Le ministère de supérieur qui vous est confié me parait si considérable et si plein de détails, qu'il m'est évident que jamais vous ne pourrez seul en accoinplir toutes les parties : et comme il est nécessaire que vous y soyez suppléé par d'autres qui seront chargés en votpe place d'une infinité de soins , je désire qu'à cet égard vouf observiez xe** deux règles : la première, de n'employer dans aucune fonction que ceux que vous connaîtrez capables de la bien rempli^ ; la seconde , de veiller diligemment sur tous et de leur de-

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mander souvent le compte de leurs actes; s'ils ont commis quelque faute, de ne jamais la laisser impunie. Gonsidéiw que TOUS êtes placé, comme une sentinelle vigilante, au^ dessus de tous, pour les observer; et selon que dans ce devoir vous vous seres montré scrupuleux et infatigal)le,ou que vous aui^ paru faible et négligent, vous aurez bien ou mal accompli le devoir envers vos inférieurs, vous aure« satisfait k vos obligations, ou vous vous serez rendu coupable d'avoir mal administré le pouvoir dont vous étiez chargé.

Dans les devoirs de votre supériorité , la prééminence doit être donnée aux ministères dont Futilité s'étend davantage. Vous devez donQ -apporter votre première et principale attention aux discours adressés au peuple par nos Confrères du haut de la chaire sacrée; ensuite & l'audition des confessions; puis aux entretiens familiers et aux rapports de nos Confrères avec les personnes du de* hors; enfin à la pratique des œuvres charitables. A l'égard des prédicateurs, vous formerez en eux l'idée véritable de la fonction qu'ils remplissent, et, si vous le jugez utile, vous les approuverez ou les corrigerez : pour les confesseurs, vous les avertirez et les instruirez de leur devoir, autant qu'il est nécessaire, et vous apprécierez leur méthode selon qu'il vous est donné de le faire : enfin vous apporterez vos soins à ce que les entretiens familiers de nos Frères avec les personnes de difiërentes conditions, s'accomplissent d'une manière fructueuse et édifiante, soit en donnant d'avance des avis à nos Frères , soit en examinant les effets produits, de manière à procurer en toutes choses la per-* feotion qui convient à notre Institut.

Ayez grand soin de vous teiuH. UifeVûië , par des avis souvent réitérés et certains, dëV«i^i|ptJ^ des actions de nos Confrères qui sont alléSr ktf l&iii pour y porter l'Évangile, ou qui se trouvent dispersés dans les différentes résidences des contrées voisines. Vous leur écrirez souvent, et vous le ferez avec attention et avec les détails les plus minutieux» Vous leur prescrirez de même d'avoir 6c x^\s&

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écrire souvent et d'une façon étendue. Vous apporterez tout votre zèle à cet échange de correspondances : dans votre loisir vous étudierez les lettres que vous aurez reçues, et vous méditerez les vôtres avant de les dicter; vous considérerez, ce qui est en réalité, que le principal de votre chaîne consiste en ce devoir. Vous ferez bien encore d'interroger avec diligence les étrangers qui arriveront des places où résident nos Confrères, sur la personne de ceuxci, sur leur manière d'être, sur la considération que l'on a pour eux, sur les discours du peuple qu'on aura recueillis à leur égard.

Vous m'écrirez à Malacca de la manière la plus étendue sur toutes les affaires de ce collège, sur chacun de nos Pères envoyés pour annoncer l'Évangile, sur le pays où chacun d'eux travaille : avec quelle ardeur, avec quel succès il s'emploie? et vous aurez soin de ne pas accomplir ce devoir d'une manière sommaire : vous vous arrêterez à tout, et vous descendrez dans les détails les plus minutieux. Vous ajouterez les nouvelles de l'état politique de ces contrées : souvent en effet il nous est essentiel d'en être informé. N'oubliez point de nous rendre compte des œuvres et des succès obtenus par les membres des autres corps religieux» pour la g^ire de Dieu et le salut des âmes. Joignez à ces nouvelles celles qui seront récemment arrivées du Portugal, ce que publie la renommée commune au sujet de nos Confrères de Coïmbre, de Rome, et de ceux qui sont répandus en toute l'Europe; et ce que renferment à leur égard les lettres de la Compagnie. Les lettres qui me seront adressées et qui arriveront entre vos mains, celles surtout venant de M' Simtài|^^éinos amis et de nos Pères de Rome, vous aurez soin , si;!ji^s sont en plusieurs exemplaires, comme c'estl'ordindre , d'en adresser un à Malacca au P. François Pérez; car je lui recommanderai de le faire transcrire et de m'en faire passer des copies par différentes voies. Si vous n'avez reçu qu'un seul exemplaire, vous ouvrirez la lettre et la ferez transcrire par un secrétaire très-sûr, et con-

servant roriginal, vous enverrez la copie à Pérez. Souvenezvous d'accomplir tous les ans le même office, sans y manquer jamais. Vous veillerez surtout à ce que^less^lères qui résident à Baçaïm, à Gocbin, à Goulan, sur la cfiÎB dé Gomorin, sur le territoire de Saint-Thomas, m'éd^l^eptime fois chaque année d'une manière complète et^l|^BMétailMe. Je regretterais infiniment que ce devoir fût i^di^igé par vous ou par eux.

Je vous recommaiïde encore avec de vives instances, à.vous-ef à tous nôftl-TPères, de vous montrer pleins de déférence et de soumission envers le seigneur évêque; craignez singulièrement de lui occasionner en aucune circonstance la moindre contrariété, appliquez-vous au contraire en toutes choses, autant qu'il dépendra de vous, à servir et à contenter un Père, fli rempli de douceur et d'indulgence, et qui mérite à tant de titres d'éprouver de notre part tous les effets de la reconnaissance la plus dévouée. Vous recommanderez aux Pères qui demeurent loin de Goa, d'exprimer quelquefois par lettres au seigneur évêque toute leur vénération , et de lui exposer en abrégé les fruits spirituels qu'ils recueillent de leurs travaux avec l'assistance divine. Ils ajouteront , à la louange des vicaires de l'évêque , qui remplissent le devoir pastoral dans les places de leurs résidences , tout ce qu'ils peuvent exprimer avec vérité, et ils feront valoir, en s'y étendant, les actes vertueux et utiles à la religion accomplis par ces mêmes vicah'es ; ils donneront d'amples éloges à tout ce qu'auront opéré pour le bénéfice de l'Église les autres religieux et , prêtres , par la prédication et par l'accomplissement des autres fonctions sacrées. Si l'on n'a rien de favorable à dh-e de ces personnes, on gardera le silence; et l'on ne croira pas qu'il est de son devoir de se rendre l'interprète auprès de l'évêque des plaintes qui s'élèvent contre ses vicaires ou contre les autres ouvriers évangéliques : il ne manquera pas de personnes pour l'en instruire. Enflba même je ne voudrais point, si l'on se trouve dans l'obliga-

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tîon de traiter quelque antre affaire ayec l'évéque , qu'on en fît mention dans les lettres dont je parle ; car je désire que ces lettres ne soient qu'une cause de consolation et de joie pour eet excellent Père : et s'il se rencontre une affaire de ce genre, on devra la traiter à part.

Vous BwerÛree sérieusement, en mon nom, tous nos Confrères, qu'As devront en tous lieux témoigner udc parfaite obéissance au vicaire de Tévêque; et vous leur ferez connaître qu'il me serait infiniment pénible d'entendre dire, d'aucun côté, qu'il est survenu quelque différend ou quelque difficulté entre l'un des vicaires de l'évêque et les Pères de la Compagnie qai travaillent dans les lieux de son obéissance. Vous ajouterez que je désire qu'ils expriment dans les lettres qu'ils me doivent adresser le degré des bons rapports où Ds sont avec les vicaires. II me serait encore infiniment agréable qu'ils pussent obtenir des vicaires eux-mêmes des lettres pour moi , renfermant leur témoignage sur la valeur et l'abondance des fruits recueillis par nos Pères qui sont employés dans leur résidence. Je vous en réitère ici la recommandation expresse, attendu sa singulière importance : veillez, je vous en conjure, à ce que, surtout dans les places des Portugais, nos Confrères qui y ont leur mission, vivent dans une union parfciite avec les vicaires épîscopaux, et ne s'engagent Jamais, pour aucun sujet, dans aucun différend avec eux. Et afin que ma recommandation ait plus de poids encore à leurs yeux, mentionnez expressément, dans les lettres où vous leur en ferez part, qu'en faisant voîle pour la Chine, je vous ai laissé dans ce collège Tordre écrit d'expulser de la Compagnie ceux d'entre les nôtres qui se seront élevés contre les vicaires épîscopaux , ou qui auront fait paraître la moindre opposition à leur égard.

Vous vous adresserez, après mon départ, au se%neur èvéque, afin que, s'il le juge convenable, il écrive, au sujet du Jubilé, dans les lieux où sont les Pères de la Compagnie, pour presôrfre d'en faire la publication, et donner

ainsi naissance aux fhiits spirituels que l'on s'en promet La durée de ce Jubilé a été étendue à toute la présente année 4552, afin d'en faire jouir sans difficulté toutes les personnes qui résident dans les places des Portugais disséminées partout dans les Indes , et qui éprouvent souvent une grande pénurie d'occasions pour purifier leur âme par le sacrement de Pénitence ; ce long délai permettra de servir leurs intérêts spirituels, en faisant passer nos Pères de vj^i place en place, selon les besoins. C'a été le motif qui m'a fait demander l'extension , pour toute cette année, de la faculté de conquérir une grâce aussi insigne.

S'il arrivait que parmi les Pères qui viendront cette année du Portugal, il s'en trouvât qui fussent doués d'un talent plus qu'ordinaire pour la prédication , je suis d'avis que vous en envoyiez un à Diu avec un coadjuteur laïque, et vous lui remettriez les avis que j'ai écrits anciennement pour les Pères d'Ormuz. Il en existe, vous le savez, deux éditions différentes; c'est-à-dire qu'aux préceptes étendus que je vous ai donnés, lorsque vous êtes allé pour la première fois dans cette place, j'en ai ajouté quelques autres, pour celui qui vous a succédé dans votre mission. Je sais qu'il est demeuré des exemplaires de ces deux instructions. Vous les mettrez à la disposition de ceux qui iront à Diu, en leur recommandant vivement de les lire sans cesse et de les accomplir à la lettre. Parmi nos Confrères qui doivent arriver du Portugal par les premiers navires attendus, si vous reconnaissez en quelqu'un, je ne dirai pas une pratique consommée de la prédication, ou des espérances légitimes d'un succès remarquable dans la chaire, mais une instruction profonde, et des facultés évidentes de l'esprit et du corps qui le disposent à endurer de grands travauA; vous l'enverrez à Malacca par le départ qui a lieu de Goa dans la mousson d'avril, afin que, de Malacca, il fasse voile pour le Japon, par la première occasion , et vienne associer ses efforts à ceux de Cosme de Torrez. Mais vous aurez le soin de lui faire porter avec lui une petite somme

d'argent, recueillie où vous le jugerez à propos, pour servir à sa subsistance et à celle de nos Gonfirères; car pour les ouvriers évangéliques, cette contrée n'est, jusqu'à présent, féconde qu'en travaux. Ils ont en abondance du bien à faire et du mal à souffrir : ils se trouvent absolument dépourvus de secours pour l'existence et de soulagements dans leur détresse. Appliquez donc votre industrie à les assister sous c^ deux points de vue, et mettez-y, je vous le demande, tout votre zèle et tous vos efforts. Tâchez surtout de leur obtenir de Dieu, par vos prières et Saints-Sacriflces, et par ceux de nos Confrères , qu'il da^e leur être favorable, tant au milieu des périls infinis de la vaste et formidable mer, que parmi les misères et les épreuves de leur existence au Japon.

Si la flotte attendue cette année du Portugal nous amène des Pères qui soient tous également éminents par leur éloquence et leur savoir, de sorte qu'il n'y ait aucun d'entre eux qui ne surpasse par le don de la parole notre Confrère Antonio Heredia qui remplit à Gochin l'office de prédicateur, je vous prie d'envoyer immédiatement à Cochin l'un de ces Pères, pour y succéder à Heredia, et pour lui porter de votre part l'ordre de se rendre lui-même au Japon. Mais avant de prendre cette décision, considérez avec soin s'il est réellement probable que ce Père doive s'acquitter du ministère de la prédication à Cochin avec plus d'avantage et de fruit qu'Heredia ; car si vous n'en êtes point suffisamment convaincu , et que dans votre prudence vous ayez reconnu qu'il y a égalité de mérites, et que le nouveau venu n'est point supérieur à Heredia, je ne vois aucune raison de déplacer celui-ci: ainsi laissant Heredia où il est, vous f^z bien , c'est mon opinion , d'envoyer au Japon le prédicateur arrivé le dernier.

Je vous adresse une recommandation du môme genre à l'égard de Melchior Nunez, qui dirige le collège de Baçaïm, et qui remplit dans la même ville les fonctions de prédicateur. Je voudrais, dis-je, si les vaisseaux portugais ame-

naientun certain nombre do prédicateurs émineuts, queTun d'eux fût donné pour successeur à Nunez, si c'était un sujet capable de. produire de grands eflfets parmi le peuple, et de remuer les âmes par ses discours, en même temps qu'il serait en état de présider, avec la prudence et le discernement nécessaires, à Tadministration intérieure, et au maniement des fonds et revenus que sa majesté a attribués à]a Société, sur les finances de Baçaïm, pour le soutien des œuvres évangéliques.

,A cette époque Melchior Nunez, affranchi de radmînistratipn de Baçaïm, profitera de la mousson d'avril, pour se rendre par mer à Malacca, d'où il fera voile pour le Japon. Je verrais avec joie, d'après la connaissance que je possède des éminentes qualités de Melchior Nunez, et des fonctions de la supériorité dans Baçaïm, qtrun sujet de cette valeur fût affranchi de cette charge, et se vît remplacé par un successeur capable, afin devons être lui-même envoyé. La science qu'il possède en un degré si éminent le rendrait ici mille fois, plus utile qu'il ne Test à Bacaini. Si ce changement avait lieu comme je le désire, îl serait superflu de rappeler Heredia de Gochin, par ilifTérents mo* tife, et surtout parce que le Japon, si dépourvu qu'il soit, n'exige pas, à cette heure du moins, au delà d'un Confrère de plus : quoi qu'il en soit, mettez en mouvement, comme on dit, tous les ressorts, n'omettez rien en fait d'elforts et de zèle, afin de nous expédier cette année un Confrère (jui vienne partager les travaux de Cosme de Torrez, ( Avec les révérends Pères et Frères des ordres de Saint- François et de Saint-Dominique, non-seulement vousmême, mais tous nos Confrères du collège de Goa, vous aurez soin de conserver une véritable amitié, eiitrclenaiit cette amitié par tous les bons offices de la chiarité religieuse qui seront en votre pouvoir. Vous veillerez ^ avee une attention extrême et autant qu'il sera en vous , f\ ce que personne de vous ne donne à aucun de ces religieux roccasîon d'un dissentiment. Si la division a commencé

de leur part, et qu'il en paraisse des signes loîsqulb sont dans la chaire sacrée, vous vous abst vous le demande au nom de Dieu^ d'engsq ques et de prendre le peuple jponr adâb^ du ^t^^ttÈB^à- Laissez dire à chacun ce que son zèle lui inspire : isi gardant le silence, vous observerez les devoirs de la Glîarltë et de robéissance. Je vous défends très-expressément de pro- .^- longer la division par votre fait, d'aucune manière et par quelque motif que ce soit. Je n'entends point que , si gravement offensés et si injustement diffamés qu'il vous paiti^se être, vous murmuriez une seule parole en public, qui puisse donner à vos auditeurs l'idée la plus légère de iïQilie peine et du sentiment de votre injure. En vérité, rien ^;)6lb peut compenser le scandale qu'occasionnent parmi le '^peuple des conflits de cette nature.

ai néanmoins il vous apparaissait que de laisser ainsi ftè renouveler impunément les déclamations de vos adversaires fût l'origine d'un scandale, en même temps qu'une cause d'offense envers Dieu; que le salut des âmes fût compromis en cette incertitude où serait le peuple, de savoir à qui croire entre les deux parties : vous porteriez l'affaire devant le seigneur évèque, et vous le prieriez de faire appeler les personnes qui discréditent publiquement votre caractère; et après les avoir entendues en votre présence dans leurs accusations, après avoir ensuite écouté vos défenses, de terminer le différend par une décision de sa part, de rétablir la paix, d'imposer silence aux quereUes qui troublent la chaire ; car il doit lui être avéré, que nous-mêmes ainsi que ces Pères, nous tendons vers un but unique, qui est l'accroissement du culte divin et le progrès des âmes dans la voie du salut. Si vous faites intervenir entre vous l'autorité du seigneur évêque, vous aurez, en ce qui dépend devons, pris les précautions nécessaires, afin que la Majesté divine ne soit point offensée et que la bonne foi du peuple ne soit point abusée au milieu de la discussion. Enfin vos efforts auront toujours pour objet d'entretenir et de déve-

lopper l'union que Tévêque aura rétablie entre vous et les rel^eux de qui j'ai parlé; vous visiterez souvent ces derniers, et vous leur prodiguerez tous les bons offices d'une chaiité sainte.

Vous vous appliquerez à vous concilier, par tous les témoignages d'un empressement affectueux, les pasteurs des paroisses de la ville, et les ecclésiastiques, supérieurs, sous tin titre quelconque, des autres églises; vous ferez pour leur être agréable tout ce qu'eux-mêmes pourront vous demander, si c'est en votre pouvoir ; vous prêcherez dans les églises qu'ils administrent, toutes les fois qu'ils vous y Inviteront; et en toute occasion, dans vos rencontres, dans les visites que vous leur rendrez, vos actes et vos. paroles devront les convaincre surabondamment de votre entier dévouement à leur égard.

Éyitézpour vous-même, et ne permettez à aucun de nos Frères, de prendre part sous aucun prétexte à des affaires du monde. Lorsqu'on vous en sollicitera, répondez qu'après le ministère de la parole de Dieu et des Sacrements, il vous reste à peine l'intervalle nécessaire pour vaquer à l'oraison et à l'étude, pour vous disposer aux saintes fonctions de la prédication publique et de la décision des affaires de conscience au tribunal de la Pénitence : vous ne pouvez, sans altérer l'ordre de la Charité, préférer, aux devoirs qui intéressent le salut des âmes et le culte divin, les intérêts d'une fortune terrestre et les viles préoccupations d'un bénéfice purement humain. Vous vous dégagerez ainsi, vous et vos Frères, de tout embarras de ce genre: en agissant différemment, vous causeriez à la Compagnie et à vous un mal inappréciable. Sachez, en effet, que c'est le plus souvent cette porte , qui donne entrée au monde dans les maisons religieuses, pour le préjudice immense des religieux et de la religion.

Dans vos relations avec les personnes qui viennent vers vous, considérez avec prudence quelles sont les vues de chacoùe d'elles. Les unes s'adressent à vous dans l'mtérêt

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de leur avancement spirituel, d'autres pour y chercher un avantage temporel ; enfin il n'est pas rare d'en voir à qui le sacrement de la Pénitence est, pour ainsi dire, une occasion de gain , et qui viennent aux oreilles du ministre de Dieu, réciter les secrètes misères de leur indigence, et révéler leur dénuement et non pas leurs péchés. Je vous avertis donc d'éviter avec un grand soin les gens de cette nature: et afin de ne les point laisser dans une plus longue erreur, déclarez-lem* à l'avance, que vous ne pouvez les servir ni en leur remettant aucuns fonds, ni en les assistant par une protection humaine. Expédiez sommairementles entretîeQi avec ces personnes, car elles sont pleines de discours, et si vous leur ouvrez vos oreilles, elles tous prendront un temps considérable, sans utilité d'aucun geaare : elles ont an efl'et perdu le sentiment des misères spirituelles : tout leur esprit se porte avec une ardeur exclusive à désuni ^9!^' cours matériels dont elles sont dépourvues. Que ]^ gëfls de ce caractère, quels que soit leur sexe, leur condition et leur origine, soient renvoyés par vous après de courtes paroles; tenez-les à distance, ainsi que des frelons qui pourraient nuire à l'œuvre de votre ruche : leur philosophie n'est que de la terre, et s'ils s'emparent d'une personne, ils vont lui faire quitter les pensées du ciel, et la dérober à la salutaire consolation des âmes, pour la distraire par une importune sollicitation relative à leur aliment corporel; tandis qu'aucun effort de sa part ne les saurait tirer du limon fangeux où elles rampent, c'est-à-dire, des préoccupations les plus inférieures.

J'appelle d'autant plus votre attention sur cet avis, que je suis très-convaincu qu'il vous est souverainement nécessaire : ne vous préoccupez en aucune manière des plaintes secrètes et des murmures de ces négociants forains, qui, dans la religion, cherchent des bénéfices terrestres. Que s'ils essaient de se venger, par des calomnies , de votre fermeté moins condescendante à leurs vues qu'ils ne l'auraient désiré, faites-leur sentir, que

LIYBE nL-i-LEiTEE VINGTlÉMEr* Sft9 ,:'*

VOUS n'éprouvez aucune crainte , aucune inquiétude , .;; ^' touchant leur opinion et leur ressentiment. Évitez ep*^'* core qu'ils ne surprennent en vous aucune émotion, aacune appréhension de leur vain babil; vous feriez voir en effet que vous n'êtes point assez détaché du monde; on pourrait croire que vous délibérez, incertain de savoir si tfest à eux que vous devez plaire et vous rendre agréable, bu si c'est à Jésus-Christ, envers qui vous êtes engagé par vos voBux : vous seriez ainsi comme sur le point d'abandonner les rangs de la sainte milice, et de déserter, par une fëtrissante apostasie, la perfection à laquelle vous deviez à jamais demeurer fidèle.

Dans le soin des élèves du séminaire, qui sont des enfants d'indigènes et des orphelins portugais, vous apporterez tout votre zèle à ce que rien ne leur manque pour la nourriture, pour le vêtement, et pour les remèdes, s'ils sont éprouvés par la maladie. Veillez scrupuleusement, et avant toute chose, à ce qu'ils reçoivent un enseignement suivi et solide , sur les éléments de la doctrine chrétienne et sur les principes du langage , selon l'intelligence de chacun. Souvenez-vous que l'intention des fondateurs qui ont érigé ce collège avec les deniers du roi , et que les ordres réitérés et très-précis de sa majesté tendaient à ce que , dans le séminaire de 6oa, des enfants indigènes fussent élevés dans les bonnes mœurs et reçussent une instruction libérale. Veillez donc afin d'accomplir, en tous ses points, ce devoir qui vous est dévolu. Vous n'ignorez pas les plaintes anciennes exprimées à ce sujet : évitez avec un zèle extrême de vous exposer, ainsi que la Compagnie, à des accusations non moins injustes.

Toutes les fois que des navires feront voile pour le Portugal, vous écrirez à sa majesté des lettres courtes, mais rédigées avec une attention spéciale; vous lui ferez connaître en abrégé tous les fruits spirituels qui sont recueillis à 6oa et dans les autres parties des Indes, par le ministère de la Compagnie. Dans cette intention, vous recueillerez d'à-

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yance les récits des œuvres qui s'accomplissoot dans les différents lieux, et vous en extrairez la substance pour en composer un mémoire, dont la lecture puisse, dans votre opinion, agréer à sa majesté et aux seigneurs du royaume.

Dans d'autres lettres, vous recommanderez au. roi les intérêts matériels de votre collège, et vous lui exposerez tout ce qui manque, afin qu'il suffise aux charges dont il est grevé. Vous rappelerez la somme à laquelle s'élèvent ses revenus certains de l'année, la valeur et l'époque des dons extraordinaires qu'il a repus. Il importe que ces détails soient énoncés avec précision ; je crois, en effet, savoir que le roi commande quelquefois que certaines rentrées extraordinaires soient attribuées, par les officiers des finances, au collège de Goa, et j'ignore si la fidélité des ministres a toujours exactement rempli les intentions de sa majesté. Le roi, connaissant par vous tout ce que vous aurez reçu, prendra le soin de vous faire verser le complément des sommes qu'il vous avait assignées.

Vous ajouterez que les Pères qui, de ce collège, sont envoyés en différentes contrées pour annoncer l'Évangile, rencontrent souvent, à leur arrivée dans la mission qui leur est confiée , les difficultés les plus graves, provenant de la pénurie des choses les plus nécessaires, et qu'ils ne peuvent ainsi remplir parfaitement leur ministère; vous exprimerez cette idée qu'il vous paraît digne de toute la religion et de la munificence de sa majesté, qu'elle daigne vous adresser un diplôme en forme authentique , ordonnant que , dans toutes les places portugaises où se trouvent des établissements de la Compagnie, nos Pères reçoivent, des deniers publics ou sur le fonds royal, les aliments et les autres subsides qui leur sont nécessaires. Que sa majesté daigne encore faire expédier un autre diplôme, afin d'ordonner formellement au gouverneur de Malacca de faire parvenir à nos Pères qui résident au Japon, une somme tirée du trésor royal, suffisante pour les faire exister. En effet, ils n'ont lieu d'attendre de la part des indigènes que peu où

UTijI VOi— LBTTRS VINGT-ET-UMIËIIE. 351

point de secoors en ce genre, à cause de la stérilité du pays, et de l'iodigwce des naturels gui en est le résultat

yons recouupanderes » d*une manière très-instante , par «ne lettre de votre main» au P. M* Simon, ou au recteur du coU^ de LisbODne, ces trois différents articles : les revenus du collège de Goa, l'assistance des Pères qui demeurent dans 109 citadelles portugaises, et le soutien de rétablissement du Japon, afin que ces Pères, de vive voix et par leurs démarches assidues, les fassent valoir et réussir auprès de sa majesté.

Je TOUS avertis de nouveau et je vous prie de vous souvenir, que les] lettres surtout que vous adresserez au roi doivent être écrites avec prudence et maturité ; car elles seront vues et jugées par un grand nombre de personnes.

Adieu. 6oa, avril 1552.

fBANÇOIS.

LETTRE XXI

Au P. GMiparii Barsée.

Je vous ordonne, en vertu de la sainte Obéissance, d'ac-^ complir après mon départ les recommandations qui suivent, à regard de deux des nôtres. Si Antonio Gomez, durant le cours de cette année, sort de la résidence de Diu, où il se trouve, et se rend ailleurs, sous quelque prétexte et par telle circonstance que ce soit, vous ouvrirez la première des lettres ci-jointes, et vous accomplirez ce que j'y prescris, en ayant soin d'envoyer audit Antonio Gomez une copie de cet écrit; vous conserverez par devers vous Toriginal , et vous intimerez h Gomez dans votre propre lettre les ordres que je lui adresse dans lo pli que j'indique, et qui demeure fermé dans vos mains.

Après que les navires se rendant en Portugal auront mis

352 LIVRE TII.— LETTRE YINGT-ET-HHlfeME.

à la voile et pris la haute mer, même si jusqae-là Antonio Gomez est demeuré constamment dans la résidence de Diu, vous ouvrirez la seconde lettre, que je laisse également cachetée, et vous lui en enverrez de même la copie; vous ferez voir l'original au seigneur évêque , et vous le prierez de vouloir bien certifier la conformité de la copie avec Foriginal : avec cette garantie. d'authenticité donnée par le seigneur évêque , vous adresserez la copie à Gomez , et vous prierez en même temps le seigneur évêque de daigner à l'avenir correspondre avec lui comme avec son subordonné , et de lui commander de son autorité personnelle d'aller ou d'agir selon qu'il en aura décidé lui-même : toutefois il serait préférable, à mon sens, qu'il lui fût permis de demeurer dans la ville de Diu.

Si André Garvalho, à qui, pour de justes raisons, j'ai donné Tordre de retourner en Portugal, avait de propos délibéré manqué l'occasion du départ des navires, et les avait laissé mettre à la voile sans lui : je vous ordonne de l'exclure immédiatement de la Compagnie, et vous ne souffrirez par aucun motif, je vous le défends formellement, qu'il soit élevé aux. saints Ordres du Diaconat et du Sacerdoce dans les Indes , alors même que le seigneur évêque se rendrait cette année à Cochin. Que si le même André Carvalho, contrairement à ma défense, venait à Goa, vous ne le recevrez point dans le collège, car il ne sera plus des nôtres : en eflfet, si, contre ma volonté formellement exprimée, îl vient à Goa, j'entends dès à présent qu'il soit exclu de la Compagnie. Vous le lui signifierez dans les formes, et vous lui déclarerez qu'il est indépendant dès cette heure. En même temps vous prierez en mon nom, avec les plus vives instances, le seigneur évêque de ne point l'admettre au Diaconat et au Sacerdoce.

(AvrUl552.)

François.

tlYRE VII. — LETTRE VINGT-DEUXIÈME. 353

LETTRE XXII

An P. Gaupard DArxée, recteur fin rollé«e de Goa.

Au sujet de radministration lomporello de cette maison qui vous est confiée, j'ai cru devoir vous adresser d'une manière séparée et distincte les avis qui suivent :

Vous rassemblerez avec soin , et , les ayant réunis ensemble , vous garderez par devers vous les parchemins et titres authentiques où se trouvent constituées la fondation et la propriété de ce collège ; tels que sont les rescrits de notre seigneur le roi, attribuant à ce collège les revenus retirés aux pagodes, les donations et les autres assignations pécuniaires exprimées dans les lettres de sa majesté, duement scellées et en forme, reconnues et confirmées par les précédents vice-rois, en un mot, tous les documents authentiques, et les pièces originales.

Dans vos relations avec le procureur séculier de la maison^ et avec Cosme Anez, qui, dans tout ce qui concerne les revenus du collège , est revêtu d'une grande autorité parl'èminence de sa charge, et qui possède une souveraine expérience, dans vos fréquents entretiens et dans vos autres rapports d'affaires avec eux, vous apporterez les sentiments d'une étroite amitié, ainsi qu'il convient aux intérêts du collège. Vous aurez soin , dans ces relations , de mettre toute l'assiduité, tous les bons procédés qui pourront être nécessaires, afin de raffermir ce qui pourrait péricliter, et de consolider les revenus du collège que l'expérience vous ferait craindre de voir rentrer avec moins de régularité ; car la majeure partie des redevances annuelles qui;, précédemment attribuées aux desservants des pagodes, ont été cofltsacrées depuis à l'entretien des ouvriers évangéliques, ne se trouvQ[it point acquittées , parce que les débiteurs s'y refusent avec obstination ; et dans un grand nombre

de cas,* les droits très-évidents du collège deviennent sans effet, en présence d'uije injuste violence et d'un refus téméraire de donner satisfaction. Vous devez donc agir et vous employer auprès des persoane$ de qui j'ai parlé, et provoquer de leur part des mesures efficaces afin de remédier à ces abus.

Il me paraîtrait essentiel , — vous considérerea s'il en est ainsi, — que Ton proclamât, en la forme solennelle ordinaire, une menace d'anatbème, iTprès avoir obtenu des lettres à est effet de la part de l'autorité ecclésiastique, contre tout individu qui refuserait d'acquitter les redevances afférentes à ce collège, ou qui détiendrait en quelque manière les biens qui en dépendent ; et cette menace d'a- BRthème devrait être suivie d'effet, si, dans un temps prescrit, on n'avait point restitué ce que l'on possède de mau-; vaise foi, et si Ton n'avait ainsi déchargé sa conscience d'un bien ravi par injustice et qui doit faire retour aux propriétaires légitimes. Néanmoins ces mesures et celles qui seraient de la même nature, qui pourraient être mal envisagées dans le peuple, telles qm de faire arrêter et enfermer dans une prison les fermiers des revenus qui négligent d'aequitter les payements légitimes, vous en confierez le soin à des étrangers : elles s'accompliront ainsi de la mar nière la moins défavorable pour la Compagnie.

Tous les fonds et tout le trésor domestique doivent p\m dans vos mains et sous vos propres clefs : vous devez seul y verser et seul y puiser : seul vous disposerez , pour les remettre aux personnes employées par vous, des sommes nécessaires aux dépenses que vous aurez jugées indispensables en faveur de nos Frères , de nos élèves et des Mvrier^ évangéliques qui exercent au loin le ministère de l-apostolat. Ces infortunés éprouvent souvent une détresse excessive par la pénurie des choses les plus essentielles à la vie, et ce qui est le plus grave^ ils sont obligés de délaisser de magnifiques œuvres, au souverain préjudice des âmes dont ils prenaient le soin, et de suèeombeF en présence de

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