JUIN DÉCEMBRE
A Dioso de Perelra.
Que la grâce, etc.
Puisque la grandeur de mes offenses a été cause que Dieu n'a point voultf se servir de notre commune entremise pour l'expédition de Chine, toute la faute en doit être imputée à mes péchés : et il a fallu que leur nombre et leur malice fussent immenses, pour n'avoir point seulement été funestes à moi-même, mais à vous, à vos affaires, et à vos intérêts , que vous aviez engagés dans les préparatifs de votre ambassade. Toutefois, Dieu m'est témoin du zôle que j'apporte à son service et dé mon dévouement envers vous : et si ce zèle et ce dévouement n'avaient été très-sincères, j'éprouverais à cette heure une douleur infiniment plus vive.
Je vais monter sur un navire , et j'y attendrai le temps du départ, afin de me soustraire à la vue de vos gens,
qui me viennent souvent visiter en pleurant, et qui se désolent de voir l'ambassade empêchée, ce qui les ruine entièrement. Que Dieu pardonne à celui sur qui pèse la responsabilité de tant et de si grands malheurs! Je ne vous demande qu'une seule chose, c'est de ne point venir au-devant de moi, et de ne pas accroître ainsi ma douleur par la , vue de votre désastre et de votre affliction. Néanmoins, j'ai la confiance que cet accident vous deviendra favorable ; car je ne doute point que le roi, à qui je Vai demandé psw* une lettre, ne récompense dignement votre admirable zèle pour la religion de J.-G. J'ai cessé de pensera ce gouverneur, qui n'a point craint de s'opposer à un voyage qui devait être si avantageux pour l'extension de }ô religion chrétienne. Que Dieu pardonne à cet homme! mais je gémis sur son sort, car il doit recevoir un châtiment plus sévère que jamais il n'eût pu le prévoir. Que Notre-Seigneur conserve votre santé, et qu'il dh*ige et accompagne mes eflforts présents! Amen.
Des habitations de Malacca, sur le point de monter sur votre navire. 25 juin 1552.
François.
Ï^ETTHË ïî,
A M« Çi|#||l|r0 9«rs^^ ^^f^fi^r du çollé||ip; 4¥ Gféî *• *• Co9n|ia|(nle de ^éiiiifi.
Que la grâce, etc.
Maître Gaspard, j'écris m seigneur evêque toucb^pt upe grave affaire, intéressant l'un 4^ pies apais, I^e nom de cet ami ei^t Alv^ro Gentile, Des raisons 4e deroir et de salut éternel ne lui permettent pas de ôififérer d^ s'imb* en légitime mariage avec une pei'sopne de qui il ^ eu des enfants par un commerce illégitime^ Né^nmpins H l^f^s^te
LIYBB VJII. — LETTRE DEUXIÈME. S70
encore et ^a besoin de recevoir une dernière impulsion, peur terminer cette affaire indispensable. Je me suis con-^ ?aincu que l'autorité et la considération dont jouit le seigpeur évêque auront une grande valeur à ses yeux ; et je ne doute point que si, aux nombreuses raisons que je lui ai présentées pour le décider, et à mes prières souvent réitérées, s'ajoute la souveraine influence d'un personnage aussi vénérable, il n'accomplisse, sans plus différer, ce que Dieu lui-même exige de lui. Je vous prie donc de traiter cette affaire avec le seigneur évoque, et d'en obtenir, ce qui sera facile, qu'il daigne écrire à Alvaro Gentile , pour l'odiorter sérieusement, et au besoin pour lui prescrire formellement, de s'acquitter sans retard de sou devoir ancien, au point de vue de son honneur personnel, de son état dana le monde, et de la condition de ses enfants , en prenant pour épouse à la face de l'Église la mère desdits enfanta. Je soupçonne qu'il existe encoreune autre cause qui rend plus nécessaire l'invitation queje vous prie d'obtenir, de la part du seigneur évêque, vis-à-vis d' Alvaro Gentile. Cette opinion m'est venue par les réponses embarrassées d'Alvaî'o, touchant une affaire qui lui est si manifestement avantageuse : lui-même serait, je pense, très-désireux de conclure ce mariage ; mais il serait arrêté par le sentiment intérieur et par la conscience d'un empêchement canonique ignoré, comme nous savons qu'il en existe souvent en secret dans les affaires de mariage. Cependant si la chose existe, il ne s'en est point ouvert avec moi, et je n'ai fait que le soupçonner, d'après mon expérience en pareille matière : j'ai fait part de mes soupçons au seigneur évêque, afin que, prévenu par mon avis, il soit à même d'apporter un remède plus efficace à cette pauvre âme, en consentant à lever l'empêchement qui ;peut exister, en vertu de l'autorité qu'il possède, et à faire ainsi disparaître les derniers obstacles, et déterminer une conclusion nécessaire. Occupez-vous, je vous prie, avec tout le zèle de votre charité, de terminer cette affaire auprès du seigneur
380 UYRE YIII.— LETTRE TROISIÈME.
évêque, de manière à ne pas manquer l'occasion des navires qui font voile de Goa pour Malacca en avril, c'est-àdire l'époque de la mousson favorable, pour écrire à mon ami Alvaro Gentile que cette affaire concerne, ce que déjà vous aurez obtenu du seigneur évêque, d'après les éléments que vous possédez, et ce que, d'autre part, vous présumez pouvoir obtenir, au sujet de l'empêchement, s'il en existe aucun, et si notre ami veut bien vous l'exposer sincèrement lui-même. Il convient, d'après mon opinion, d'aller au-devant des hésitations d'Alvaro, qui se laisserait peutêtre arrêter par un embarras secret, et qui crajbdra moins de faire un aveu , si vous lui faites espérer qu*il jpgut <Mire dégagé de tout lien de cette nature, par l'autorité dé la puissance ecclésiastique. Je vous recommande encore toute cette affaire, avec autant de force que j'en puis apporter vis-à-vis de vous.
Que Dieu nous réunisse dans la gloire de son Paradis! Adieu.
Malacca, 13 juillet 1552.
Tout à vous en J. -G.
François.
An IP. Gaspard Barzée.
Que la grâce, etc.
Considérez, maître Gaspard, que je suis inliniment plus redevable envers D. Pedro da Silva, que je ne pourrai jamais le reconnaître, même par les efforts les plus énergiques de ma part. En effet lorsqu'il commandait la place de Malacca, il m'a été si favorable , en tout ce qui intéressait le service de Dieu, que depuis mon arrivée dans les Indes, je n'ai point souvenir d'avoir été assisté de personne avec le
même dévouement. J'étais venu à Malacca pour passer de cette ville au Japon. D. Pedro, en deux jours seulement, par les efforts de son zèle, m'a procuré pour ce voyage un navire, le meilleur qui se pût trouver dans le port, et je ne pouvais dans la circonstance en désirer un plus convenable : il m'a de plus remis des présents en nature, d'une valeur de 200 écus d'or, achetés de ses propres deniers, et m'en a fait don pour qu'ils fussent offerts au souverain du Japon, afin de me concilier sa faveur, si précieuse pour la propagation de la loi de J.-C. Que Dieu n'at-il permis que cette année encore D. Pedro da Silva fût gouverneur de la place de Malacca : l'ambassade de Diogo de Pereira, destinée pour l'empire de Chine, aurait eu naturellement une issue plus favorable: et nous nous en promettions les plus heureux succès pour la dilatation de ^ notre sainte religion. Combien à mon égard s'est montré ■ différent son frère germain D. Alvare, qui m'a retiré les moyens de faire voile pour la Chine, et qui m'a privé du navire que le vice-roi mettait à ma disposition ! Que Dieu lui pardonne; mais je crains malheureusement que la Majesté divine, outragée si gravement par lui, ne lui envoie un châtiment plus sévère qu'il ne saurait le prévoir ou le craindre. Mais, pour revenir à son frère si différent de lui, en dernier lieu D. Pedro m'a prêté, de la manière la plus obUgeante, 300 écus d'or, dont j'avais actuellement besoin pour acquitter d'anciens engagements contractés au Japon. En effet, lorsque j'étais en ce pays, il me parut absolument nécessah'e de faire construire une égUse dans la ville d'Amanguchi, et j'ai emprunté à des négociants portugais de cette ville 300 écus d'or pour les employer à cette œuvre. Le terme était venu pour acquitter ma dette, et mes créanciers pouvaient se présenter, et réclamer l'effet de ma parole. Le zèle empressé de D. Pedro s'est offert pour renaédier è^ mon insuffisance ; et l'éminent service qu'il m'a rendu pouvait paraître une libéralité pure. Aussitôt donc qu'il mettra le pied à Goa, je veux et j'ordonne que vous
382 U¥EC ¥111.-^ LETTRE TROI^kHE*
VOUS empressiez de lui remettre cette somme de 300 écus d'or. Vous prendrez cette somme sur les redevances et les revenus du collège, ou sur la pension de 2,000 écus d'or que le roi a assignée sur sa cassette à la maison professe de Sainte-Fm de 6oa , non pas seulement pour le besoin des habitants de cette maison, mais pour subvenir aux missions et aux résidences existant en différentes contrées de rOrient, et créées pour la propagation de l^angile : parmi lesquelles la mission du Japon doit être envisagée comme Tune des plus nécessaires»
Évitez d'apporter aucun retard à l'acquittement de cette dette. Allez trouver D. Pedro dès qu'il aura mis pied à terre» et remettez-lui ses fonds en lui exprimant* la jdus vive reconnaissance. Je serais grandement affligé si vous diffé* riez d'accomplir un devoir si urgent, qui Vous est si instam- . ment recommandé, et qui doit passer avant tous les autres;,* ; si surtout D. Pedro devait vous le rappeler, et réclamèMin créance. Ce me serait une très-pénible nouvelle, dont votif J m'épargnerez le chagrin: j'y insiste encore auprès devous» et vous devez déférer à mon invitation avec cet em*^ pressement qui ne connaît aucun obstacle. 8'il arrivait. Je ne dirai point que vous négligiez d'obéir, je ne le crains pas de votre part, mais que vous fussiez arrêté par une considération quelconque , je croirais que mes oi^es les plus graves ne sont d'aucune valeur à vois yeux.
Que Dieu, Notre-Seigneur, nous réunisse dans la gloire du Paradis î Adieu.
Malacca, 16 juillet 1552.
Tout à vous en J.-G.
François.
finrin vui.^ lettre guATRifeiiE. 88S
LETTRE IV
Au 1^. ëlM|iMira tlitrsée, réeteur dû eoUégpe de GoA.
Que ia grâce, etc.
Vous aurez peine à croire quelles épreuves m'étaient ré- ^enrées à Malacca. Trop languissant pour vous écrire, j'ai chargé François Ferez de vous en tracer le récit : vous pouvez ajouter foi à ce qu'il écrit , quelque incroyables que les faits vous paraissent.
Je me rends dans les îles de la Chine qui avoisinent la cité de Canton, dénué de toute assistance humaine, et me fQ^dant uniquement sur le secours divin. J'ai conçu l'espérapce que des païens m'ouvriront, vers le continent (Chinois, l'accès que pi'ont fermé des chrétieins, au mépris de la sentence de l'Église et de la colère dé Dieu, qu'ils ont, les malheureux, attirées sur leurs têtes (1).
Vous ferez donc toutes vos diligences afin que le seigneur évêque adresse à soû vicaire à Malacca le décret d'excommunication, en vertu duquel le gouverneur de Malacca e.t les autres personnes qui ont fait échouer un dessein si utile à la religion chrétienne, seront publiquement et nominativement retranchés de la communion de l'Église, Je désire qu'il soit exprimé, dans le décret, que j'ai été envoyé dans les Indes par Sa Sainteté Paul lit, avec le titre de son légat, titre dont le prélat lui-même a vérifié les bulles. J'agis ainsi, afin qu'à l'avenir nul ne s'oppose à la propagation de la religion chrétienne et aux entreprises dirigés par le zèle de la gloire divine. Je ne voudrais appeler sur personne, de la part des supérieurs spirituels.
(l) CHtillas. — Dans la ville de Malacca, dont le gouverneur & refusé de prendre en considération Tédit 'du vice-roi qui m'était octroyé , et n'a point chiDt les anathèmes de l'Église, prononcés par les souverains pontifes contre ceux qui s'opposent à leurs nonces et ù leurs légats.
384 LITRE Vin.— LETTRE QUATRIÈMB.
rexcommunicalion de l'Église; mais je dois élever la voix, et faire tous mes efforts, afin que le monde connaisse ceux qui ont encouru l'excommunication, par l'effet implicite des décrets et des bulles des saints pontifes.
Je ne consentirai jamais à ce que leur crime demeure dans le silence, afin qu'un jour à venir ils puissent rentrer en eux-mêmes et solliciter le remède à leurs blessures. En même temps, ils n'auront plus la témérité de s'opposer aux membres delà Compagnie, qui, dans l'intérêt de la religion, devront par la suite se rendre aux Moluques, en Chine ou au Japon.
Des quatre Confrères qui m'avaient accompagné, j'en al fait partir trois pour le Japon, Balthazar Gago, ÉdouarA da Silvia et Joam d'Alcaceva. Us étaient sur un bon navire^ et le temps s'annonçait d'une manière favorable. Je prie- Dieu de les faire arriver heureusement à Amanguchi, où s^ trouvent âiîiçfte heure Cosme de Terrez et Joam Fernandez.
J'ai conservé l'un de nos Confrères, avec le Chinois Antoine. Tous deux sont malades gravement, et demeurent dans l'épreuve avec moi. Que Dieu soit béni!
Souvenez-vous d'envoyer l'année prochaine au Japon quelqu'un de nos Confrères; il doit être déjà prêtre, et posséder une science éminente. En effet, pour le Japon et la Chine, on doit choisir des sujets d*une science parfaite. Si vous n'avez point de prêtre, envoyez un sujet d'un esprit vif, et capable d'apprendre la langue japonaise. En même temps, vous pourrez faire passer à titre d'aumône, à nos Confrères du Japon, une certaine somme tirée des fonds donnés par sa majesté, ou de ceux de la Confrérie de la Miséricorde, ou encore des libéralités des personnes pieuses, afin de secourir, au moins en partie, nos Frères qui souffrent, dans leur dénûment de toutes choses.
Vous enverrez sans retard Joam de Beira aux Moluques, où sa pïiésence est si nécessaire, avec un prêtre de la Compagnie, s'il est possible, qui soit plus recommandable encore par les vertus que par la science. Aux Moluques, une vie
tIVftE Vin.— LETTRE (lINQUIÈIlE. 385
sainte est de plus de valeur qu'une science éminente. Et les Pères qui, dans la suite, y seront envoyés, devront tous être parfaitement connus et éprouvés.
Je vous recommande encore d'observer scrupuleusement les préceptes que je vous ai laissés : en premier lieu, ceux qui regardent le salut de votre âme et votre propre perfection; en second lieu, ceux relatifs à l'administration de la Compagnie,
S11 arrive, ce qu'à Dieu ne plaise, que je ne puisse pénétrer sur le continent de la Chine, je reviendrai à Goa, si je vis encore, au mois de janvier de l'année prochaine.
Jusqiie-ià, prenez soin de m'écrire en détail ce qui regarde les affaires des Indes et du Portugal, les nouvelles du seigneur évêque , celles des Franciscains et des Dominicains; offrez à tous, en mon nom, mes respectueux saints, et priez-les de continuer à me recommander â notre commun Maître dans leurs Saints-Sacrifices et dans leiurs prières. Vous demanderez la même grâce aux amis spirituels de notre Compagnie. En vérité, dans notre existence en Chine ou au Japon, une protection encore plus efficace de la part de Dieu nous est nécessaire. Que ce Dieu, dans sa miséricorde, nous fasse parvenir à la patrie céleste, où nous jouirons sans fin d'une vie plus heureuse que dans ce lieu d'exil I Amen.
Du détroit de Singapour, 20 juillet 1552.
François.
LETTRE V
An P« Jeam de Belra, de la Cempasiile de Jésu». .
Que la grâce, etc.
Joam de Beira, sachant combien vous avez à cœur le séN vice de Dieu, Notre-Seigneur, je vous ordonne et je vous II. ^
9S6 LlVf^P Vm. — LETTRE GINQUifellE.
prie de ne communiquer à personne au monde les saintes leçons de ror4re spirituel qui vous ont été révélées de Dieu : je veux parler des inspirations qu'une lumière céleste a fait pénétrer en votre âme , sur les matières où le salut et l'avancement spirituel des chrétiens des Moluques et des îles du More, ou des autres dont la direction yo|is a été dévolue, ne sont point intéressés. Les affaires concernant l'avantage et le progrès spirituels des chréti^, vous les traiterez avec le seigneur vice-roi , et vous vous efforcerez d'pbtenir de lui les ordres et les diplômes que vous jugerez nécessaires h pet égard. Que si vous présumez devoir réussir plus aisément, grâce à l'autorité et au crédit du seigneur évêque, vous irez lui présenter votre requête, et vous le conjurerez , afin qu'il inspire au seigneur viceroi d'étendre la protection royale sur l'église des Moluques, et qi^'il en demande pour gage, en faveur de cette église, les expéditions authentiques qui seront sa défense contre l'injustice et la perfidie, du roi des Moluques , selon vous si hostile h la l'eli^pn.
Vous aurez soin de mettre à fin , dans le délai le plus court, cette affaire qui vous appelle à Goa, et de vous dispQ^er ^ revenir bientôt auprès de nous. Je voudrais quç Ypi^ fassiez en jmesure de prendre l'occasion des navires qui; font voile en mai de Goa vers les Moluques : vous y conduiriez avec yous quelques-uns de nos prêtres. Si vous n'ayiez point de prêtres à votre disposition, vous pourriez emmener d'autres Confrères, ayant seulement une teinture des lettres humaines et se destinant au sacerdoce, ou même de simples laïques. En effet ces derniers, s'ils ont unbon naturel et de l'intelligence, se laissent plus aisément cètidhdrer, en raison de leur humilité plus grande ; et en quetqfilÈ^ sorte ils me paraissent préférables, pour la consemlîon de la paix et de l'union entre nos Frères de ceft^ résidence.
^"^ 'nez aussi avec le P. M* Gaspard que, tous les Lërement, un prêtre au moins ou un laïque de
LIVBB fin.— LETTRE CINQUIÈME. 387
la Compagnie sera dirigé vers les Moluques. Prenez soin , je vous prie, qu'aucun motif ne s'oppose à votre retour aux Moluques dans le courant de mai : vous y êtes ardemment désiré, et votre absence apporte un préjudice sensible aux intérêts de la religion.
Portez cette lettre avec vous à Goa , pour la faire lire, s'il est nécessaire, à nos Confrères qui y ont autorité. J'ai la confiance qu'étant informés de med intentions, ils ne jfopposeront point à votre retour eli vertu de tet ordre ; mais vous prendrez garde de ne Wvéler k persoime dans Goa les choses dont vous m'avez fait part^ dans la conférence secrète que nous avons eue en Féglisé de Halacca. J'ëcris au P. M* Gaspard , et je M mande avec Instance de voua seconder en tout, et de vous faciliter le prompt àcfcomplissenïent des affaires pour lesquelles vous avez entrepîris ce voyagé, afin que, dégagé de toute obligation, vous soyez à même de saisir la plus prochaine occasion de revenir au lieu d'où vous êtes venu. Mais ayez soin de né point repartir sans les diplômes du vice-roi rédigés dans la tOhtè authentique , et rappelant très-expressémènt le» priiilëgèà acèordés au roi des Moluques par D. Jôain de Oétetro, puisque ce roi fait paraître trnè iûauvaîse foi si insi- ^e : ^u'il n'accotoplit point ce ^il'fl avait protoisf en Retour, et qiil*iî ù'acéôf de point les avàfitâè^s srtîpulés en favéttf des cHrëtiéris et de là nation p6ri;ugaise. En effet sa conduite est efl cdhtradictloh ouverte avec ses erigagéthents et ses discôiirt; ^
Que Dîeif nous réuiiisse dans la gloire dti t^arradisf
m fletfoit de Singapour, 21 juillet 1552.
tott^ ffèrë éh J.-C.
iî'RANÇOÏâ.
LETTRE VI
An P. me Gaspard Barsée.
Que la grâce, etc.
Maître Gaspard, Antoine le Japonais, qui s'est embarqué pour le Japon avec Balthazar Gago et Pedro d'Alcaceva, va faire auprès d'eux Toffice d'interprète jusqu'à leur arrivée à Amanguchi. Mes prières ont fait consentir Jean le Japonais à rendre le même service à celui de nos Pères, ou celui de nos Confrères non encore revêtu du sacerdoce, qui doit, l'année prochaine, être envoyé au Japon , et il l'accompagnera jusqu'à Amanguchi. Je vous prie , au nom de Dieu, de procurer à ce bon néophyte , qui est dans un grand dénûment , la somme d'environ 30 pardams, à titre d'aumône, et d'en faire acheter à son choix, pom* lui en faire présent, quelques marchandises entre celles qu'il s^ura devoir se vendre facilement et avantageusement au Japon. Ce petit fonds lui permettra pour l'avenir de vivre modestement dans son pays des fruits de son travail. J'ai dû lui faire espérer cet avantage , afin de le décider à retourner dans sa patrie , d'où l'extrême misère l'avait fcit s'exiler. Mais pour lui inspirer plus de zèle, "afin qall ii^e avec fidélité et dévouement celui de nos Confrères ^.wt bientôt partir, j'estime nécessaire, qu'en outre dé t^ijQiOhe dont je viens de parler, et que vous ferez en tM)rté â'<9l)^tâDir en sa faveur, soit de la Société de la Misérico^fe, soit de quelque personne riche et adonnée aux bonnes œuvres, vous le receviez sous votre toit, vous le nourrissiez, et que vous l'attachiez étroitement à la Compagnie par une charité parfaite. Mes paroles vous feront, je l'espère, suffisamment apprécier combien ma demande est légitime et combien
e me tient à cœur : aussi je n'ajouterai rien à cette re-
commandatioD, dans la confiance qu'elle sera fidèlement accomplie.
le Dieu, Nbtre-Seîgneur, nous accueille dans la gloire
3n Paradis !
Bu détroit de Singapour, 22 juillet 1552.
Maître Gaspard, les fonds recueillis à titre d'aumône, et que vous devez faire passer au Japon, pour y servir aux besoins de nos Confrères employés dans cette nouvelle vigne de J.-C, me paraissent devoii* être convertis intégralement en monnaie d'or de l'effigie la plus parfaite et du titre le plus pur; faites un choix en conséquence, de l'avis de personnes expérimentées, entre les différentes monnaies d'or, et réservez pour cet emploi les pièces reconnues pour être du métal le plus pur. J'ai entendu dire que l'or de Venise était le plus apprécié. Voyez, de l'avis des gens éclairésj s'il existe des monnaies qui l'égalent en titre. Au Japon , For s'échange avec plus ou moins d'avantage en raison du poids spécifique et de l'élévation du titre : et pour la ciselure des armes, qui est presque l'unique usage de l'or au Japon, on recherche le plus pur métal.
Avant toutes choses, munissez et armez d'une extrême patience celui de nos Confrères que vous enven'çz au Japon l'année prochaine, c'est-à-dire en 1553; car une patience tout à fait invincible lui sera nécessaire pour résister aux épreuves sans nombre, du voyage d'abord et de la navigation , et ensuite de l'existence et de la résidence.^ Faites -lui prendre une quantité suffisante de drap de Pd|^ tugal, pour lui-mêjae, et pour les Confrères qu'il trouvera dans le pays, afin qu'ils soient en mesure de se préserver tous des froids excessifs de l'hiver, qui sont infiniment rigoureux.
Votre frère tout dévoué en J.-C.
François.
390 uni YIU.— UTTRE SEPnitME.
A Jean le Japonais.
Jean le Japonais, mon fils, j'écris au P. M» Gas,pard, afin qu'il obtienne en votre faveur, de la libéralité des personnes pieuses de Goa,la somme nécessaire pour vous procurer des marchandises d'une vente favorable au Japon : je neveux point quq vous rentriez dans votre patrie aussi dénué que vous en êtes venu. Vous irez, mon fils, à Goa avec le P. Joam de Beira, les navires faisant voile à des époques régulières entre Malacca et les Indes. Dès votre arrivée, vous remettrez au P. Gaspard, recteur du collège 4e Goa^la lettre qui accompagne celle-ci et que je vous confie: elle est écrite à votre sujet. Soyez attentif à servir avec zèle et fidélité les Pères qui doivent se rendre de Goa au Japon, et à qui vous serez donné pour compagnon jusqu'à votre arrivée commune à Amangucbi. Je vous exhorte k confesser fréquemment tous vos péchés au prêtre , à gémir en vous-même d'avoir offensé Dieu, et à concevoir un ferme propos de vous corriger. Je désire die même que vous receviez souvent la sainte Eucharistie avec le plus profond respect, et que vous ne songiez qu'à vous prémunir contre le danger de laisser la grâce de Dieu s'affaiblir en vous. Pour éviter ce dernier malheur, implorez i^s cesse l'assistance divine ; et dans les occasions de cibiute, appliquez-vous avec ardeur à vous affermir et à persévérer dans le service de Dieu : souvenez-vous que si vous cpmmettez le péché, vous en subirez nécessairement la peine très-rigoureuse , dans ce monde ou dans l'autre. Appréhendez ainsi, comme le plus redoutable des malheurs, de tomber dans le péché, qui vous ferait encourir les éternels supplices de l'enfer. Lorsque vous serez au Japon, ne manquez pas de saluet affectueusement Marc et
Wm nu. ^LETTRE SEPTiËn. S9t
Paul de ma part. Que Dieu vous rende saint et bienheureux, et vous fasse parvenir à la gloire de son Paradis! Du détroit de Singapour, 22 juillet 1552.
Vous direz, de ma part, au P. François Pérez, en lui faisant voir cette lettre, qu'au jnoment où vous ferez voile pour les Indes, il fera bien d'écrire à Cochin au P. Antonio Hèredia, pour lui recommander, en mon nom, de recueillir pour vous dans cette ville quelques aumônes, soit auprès dé la Société de la Miséricorde, soit auprès des persontie«l qa'll dirige dans la voie spiritjijielle. Faites connaître ^âtenénf au même P. François Pérez qu'il me sera tl*èë-agrëablé que, dans la prévision de son retour des Indes^ flÉteite É votre intention, dans l'occasion favorable, ^^^^^IIHe»^^ qu'il vous réservera, pour vous les remettre « fljm^lRiârt de Goa pour le Japon : faites-lui lire aussi cette I^flf liiflli qu'il y voie l'expression de mon désir. Il fera pVas oti moins, pour vous être utile, selon qii'il en aura la faculté; et si quelque circonstance ne vous permettait pas d'eni^ porter des lettres de Pérez pour Herediô,voiis poitfrëz, en arrivant à Cochin, montrer cette lettre-ci à Herediâ, recP teur du collège de cette ville. Elle suffira pour l'ihfdnflër de mes intentions à votre égard, et il mettra tout soil uèlè à vous procurer une somme quelcofique afin de JoUfirBtàit en aide. Je vous recommande encore Une fois S'avoir tift soin extrême des Pères qui iront avec votis àtt Jàjlon; de leur obéir et de les servir avec une fidélité parfaite.
J'ajoute ici de ma main : Mon fils Jean, serves palfélté* ment les Pères qui jront avec vous au Japon, et accoàpà*gnez-les jusqu'à Amanguchi.
Votre ami du fond du ccfeur.
François.
Inscription extérieure sur Vun des plis : A mon fils Jean. Sur un autre pli se lisait : Jean mon ûls, Joam Ëravo vous donnera (ec- .
ttire de cette lettre. J
S92 LIVRE Vlil. —LETTRE HQlfdUfE.
LETTRE VIII
A DlOffO dp Pereira.
Que la grâce, etc.
Seigneur, plein d'un tendre regret, après m'être éloigné de votre personne si chère, je sens mon esprit déchiré par Il^peosée et comme par l'image du péril dans lequel je vous J^bvssë, lorsque vous êtes expos^, chaque jour aux influençais d'une contagion mortelle , sous un ciel dont l'air est an poison , au milieu d'une population infectée et gisante. Ces inffîiiétudes vous ramènent sans cesse en face de ma pensée et pénètrent mon cœur des angoisses les plus amères, par la crainte qu'un sort immérité et contrante à mes plus ardents désirs ne soit votre partage.
Sur ce navire où nous sommes, tous vos gens, connaissant vos intentions, me comblent d'égards et de soins, et l'on nous procure abondamment tout ce qui nous est nécessaire, non-seulement pour l'existence de moi-même qui suis en santé, mais pour le rétablissement de mes compagnons que vous avez vus malades au départ. Or, tous ces malades, par un effet de la divine miséricorde, — car nous avons l'assurance que Dieu nous fait miséricorde, alors qu'il étend sa main contre nous; et, venant de la main divine, les peines ont la vertu de grâces, — - tous ces malades, par un bienfait divin , dépérissent de jour en jour. La mesure de mes peines intérieures, et des vives angoisses qui me consument, est connue seulement du Seigneur, qui nous console et qui nous afflige au gré de sa volonté, de qui la Providence nous dispense avec une économie adorable les douleurs ainsi que les joies : et à qui louange et gloire soient à jamais rendues au ciel et sur la terre par l'universalité des êtres!
Je vous transmets, Seigneur, les lettres que j'adresse à
sa majesté et au vice-roi des Indes, tout ouvertes, et le sceau détaché, pour que vous ayez la faculté de les lire ; et vous les fermerez ensuite. En vérité, seigneur, j'aurais désiré, dans votre intérêt, que la lettre que j'écris au roi, pût être, dès cette année même, portée en Portugal par l'un de vos amis, qui la ferait présenter à sa majesté, et qui rapporterait le décret royal qu'il aurait obtenu ; car je ne croîs point être téméraire, en présumant que ce décret sera ce qu'il nous importe à tous deux qu'il soit; et vous savez combien il est nécessaire qu'il nous parvienne rapidement. Vous pourrez faire voir cette lettre à D. Pedro ; sans doute il sera satisfait d'y lire les termes dans lesquels je parle à son sujet à sa majesté. Vous aurez remarqué que ma lettre est écrite en double expédition, dont l'une est close, et l'autre est ouverte , pour, après sa lecture , être fermée par vous. Vous enverrez les deux expéditions dans des dépêches et par des navires différents. L'une des deux pourrait être utilement confiée, si je ne me trompe, et si vous n'y voyez point d'inconvénient, à D. Pedro lui-même qui va se rendre auprès de S. M. : je voudrais que le soin de porter l'autre expédition ne fût confié par vous qu'à l'un de vos amis Içs plâs^^lïrs, à un homme qui vous paraîtrait assez fidèle ^éjij^)»sez prudent pour ménager et faire réussir une affà^^imiessant ti un si haut point votre fortune et votre 7lëâl3ÉiEir« Mais j'abandonne entièrement toutes choses à votre discernement et à votre sagesse.
Je .vous invite, seigneur, de la manière la plus instante à veiller scrupuleusement sur votre existence, sur votre santé, enfin sur vos intérêts temporels ; avant toutes choses, tenez-vous éloigné de la contagion et de tous rapports compromettants avec les personnes atteintes par le fléau, ou avec celles qui les servent ; ensuite soyez attentif pour votre fortune, et n'agissez en rien témérairement : réglez toutes choses avec circonspection et avec la maturité de la raison; en accueillant les bons offices de ceux qui se montreront vos amis, ne vous livrez trop aisément à per-
39A LÏVBE VIIL — LETTRE HUITItME.
sonne : et jusqu'au temps où l'expérience des faits vous aura démontré la pensée intime de chacun, ne vous avancez avec personne plus qu'il n'est sûr de le faire : de crainte, comme souvent il arrive, que Ton n'ait voulu vous séduire par des dehors mensongers et par des apparences de dévouement.
Avant toutes choses, je vous en conjure, seigneur , et je vous en sollicite, à titre de grâce : pla^,vous vous sentirez dans les étreintes de l'adversité , plus vous devrez vous porter vers Dieu par un effort intérieur. En définitive, c'est la seule voie d'où la consolation puisse renaître en vous, et vous ranimer, lorsque vous êtes près de succomber sous le poids des événements, lorsque vous êtes violemment battu par les orages du monde. Je vous conjure, au nom de votre amour filial envers Pieu, et de la satisfaction que vous avez à cœur de me procurer, je vous le demande comme un bienfait et comme une grâce, dont je .vous serai très-reconnaissant, je vous en prie et je vous en conjure, dans le temps où vous éprouvez le profond sentiment d'une affliction très-douloureuse, et où vous avt?z la conscience d'une injustice récente, aussi consldëra^ïle qiiMmméritée, prenez le loisir de recueillir vohx cœur palpitant d'émotion, au milieu de la vie active comme am heurts de résignation; et après avoir purifié votre âme pai^ la eonfessiou sacramentelle, allez à la table eucharistique prendra part à l'aliment sacré du Corps de Jësus-Christ. L:i, î^oiimettant à la divine Providence tous les sentiments de votre âme, acceptez comme un bienfait ce qu'elle a bien voulu permettre , espérant dans le même temps , ainsi que je le fais moi-même, que cette violente tempête nonseulement ne vous sera pas nuisible, mais devra vous être une source abondante et féconde, pour toute la durée de votre existence, de biens temporels et de considération humaine.
Je retiens et j'emmène avec moi dans la Chine François de Villa ; j'ai le plus grand besoin de ses services , et j'ai
WfM VJII.— LETTRE HUITIËII& 395
pensé que nul ne serait plus capable de gérer utilement vos intérêts sur le navire, et de seconder Thomas Scandelho, votre mandataire. Lorsqu' avec l'assistance divine, nous serons arrivés sur la terre chinoise, nous le renverrons à Malacca, par l'occasion du premier navire mettant à la voile. Et s'il n'est pas dans les desseins de Dieu de nous ouvrir les portes de la Chine, et que l'accès m'en soit interdit, je profiterai de la première occasion de m'embarquer pour Malacca; et, des parages de la Chine, je regagnerai cette ville : que s'il m'arrivait de devancer à Malacca le départ des vaisseaux qui retournent en Portugal, je reviendrais jusqu'aux Indes sur l'un de ces navires.
Il me semblerait avantageux que vous-même, seigneur, vous écrivissiez au roi d'une manière étendue et circonstanciée f en exprimant tous les avantages que l'établissement d'un commerce avec la Chine, si l'on obtient poip: les ofûders du roi une résidence dans le port de Canton, ne saurait manquer de produire pour les intérêts portugais. Je voudrais que, sur le même sujet et avec non moins de soin , vous écrivissiez au seigneur vice-roi des Indes. J'écris moimême au roi dans le même sens , ainsi que vous pourrcfz vous en assurer, enlisant les lettres que je vous envoie tout ouvertes. Vous les lirez et les fermerez ; vous les réunirez en une seule missive, avec la vôtre qui contiendra des ijalprmations pareilles, et vous y mettrez cette inscription : a A notre seigneur le roi, de la part du P* Maître François, n Ayez soin surtout que la personne se rendant en Portugal, à qui vous confierez le soin de remettre au roi la dépêche, directement et en mains propres, nous soit trèsdévouée, et que son caractère soit suffisamment solide et prudent ; enfin, soyez certain, à l'avance, que de graves motifs l'obligeront bientôt de revenir aux Indes, afin que nous ayons la garantie que le premier navire en retom\ du Portugal à Goa, nous apportera les nouvelles de la conclusion de nos affaires.
Si Dieu Notre-Seigneur daigne m' ouvrir l'accès de l'em-
396 LIVRE YlII.— LETTRE HUITIÈME.
pire de la Chine, aussitôt que vous en serez informé, seigneur, n'hésitez pas à m'écrire souvent et par toutes les occasions; car en quelque situation que je sois, ce me sera la plus vive consolation d'être informé de la santé et des actions d'une personne, aussi chère.
Que Notre-Seigneur vous accorde autant de consolation dans cette vie, el de gloire dans la vie future, que j'en désire pour moi-même! Adieu.
Du détroit de Singapour, le 1" août 1552.
Le vicaire de l'évêque, à Malacca, m'a prié d'écrire en sa faveur à S. M. Je me rends à son désir, quoiqu'on m'ait fait connaître que, dans l'affaire de notre ambassade en Chine, il n'a point accompli tout ce qui était en son pouvoir, pour nous servir, ou plutôt pour servir la cause universelle , et qu'il a sacrifié les intérêts du service de Dieu et de la propagation de notre sainte religion à là faveur de Dom Alvare Alfonse, gouverneur de Malacca, envers lequel il affecte un entier dévouement, dans des vues intéressées et pour des avantages temporels qu'il espère acheter par ses adulations. Mais c'est vivre dans une étrange erreur que de perdre de vue Dieu, de qui tout bien tire son origine, et de présumer que l'on obtiendra des hommes ce dont on a besoin ou ce que l'on désire.
En vérité, j'ai pour ordinaire de me venger de ceux qui m'ont offensé, en les comblant de tous les bienfaits qui sont en mon pouvoir; cai' le châtiment qu'ils ont mérité, Dieu saura l'envoyer infailliblement, et vous verrez , seigneur, par une expérience .éclatante, que Dieu châtiera très-rigoureusement tous ceux qui se sont opposés à moi, lorsque je travaillais au bien de son service. En vérité, je vous le déclare, seigneur, j'éprouve à cette heure une compassion profonde, et je tremble que des punitions bien plus graves que ces hommes ne sauraient s'y attendre, ne se trouvent suspendues sur leurs têtes.
Je vous prie, seigneur, de daigner remettre la lettre où
je recommande le vicaire au roi, entre les mains du vicaire lui-même, afin qu'il la fasse parvenir avec les siennes. Si Dieu m'introduit dans Tempire de la Chine, ce que j'espère de sa grâce, j'informerai les Portugais qui s'y trouvent de toutes les obligations qu'ils ont envers vous. Je leur dirai tous vos efforts, toutes vos dépenses, dont l'objet unique était de venir à leur aide et de les consoler; enfin, selon vos propres intentions, je les saluerai tous en votre nom ; et comme vous ne renoncez pas au dessein de les servir, je les engagerai à espérer que, si vous pouvez en quelque manière triompher, avec le secours divin, des obstacles qui jusqu'à ce jour ont entravé votre pieuse entreprise , vous serez enfin l'année prochaine au milieu d'eux (1).
Je vous invite, seigneur, dans votre propre intérêt, à vi- Br souvent nos Pères dans la ville où vous êtes : j'ai la
Kl?
lance que leur compagnie et leurs entretiens adoucit les peines d'esprit qui vous agitent et vous font souffrir.
kdîeu encore !
Votre ami très-sincère.
François.
LETTRE IX
A Dlogo de Pereira.
Seigneur,
Weu dans son infinie miséricorde a fait arriver heureusement votre navire et nous-même dans ce port de San- Ghan (2). Assez d'autres, ayant la connaissance decesma-
(1) On voit, dans une variante donnée par CutUlas, qu'il s'agissait ici des prisonniers portugais dont nous avons parlé.
(2) Voir à YAppendiee une noUeesur l'Ile de San-Gban.
398 LITRE TIIL— LETTRE NBUTIÈIIB.
tiëres, tous instruiront touchant les mœurs et les usages des marchands du pays , les résultats présents des opérations commerciales et l'avenir qu'elles offrent : pour moi, qui suis peu versé dans ces questions, j'ai jugé plus prudent , en raison de mon Ignorance , de ne poitit vous en écrire» Je vous ferai part uniquement de ce qui intéresse mes propres affaires : j'attends ici tous les jours un marchand qui a pris l'engagement de me conduire à Canton. J'ai stipulé pour prix de ce service que je lui donnerais 20 piculs de poivre : le picul, mesure du pays, équivaut à 120 livres portugaises. Puisse cette affaire téussir, et elle réussira , je l'espère , pour le service et la plus grande gloire de Dieu Notre-Seigneur.
Si un homme a bien mérité- de la divine Providence en toute cette entreprise, c'est vous, sans contredit, et vous en aurez toute là gloire; car vous avez fait l'avarice, avec une .. grande libéralité, de tous les frais de mon voyage et de cehiJ de tous mes compagnons jusqu'en cette île , ainsi que lè^ prix stipulé par moi, comme je viens de le dire, pour notre ^ introduction sur le continent chinois et dans la province • de Canton. Thomas Scandelho, votre mandataire, accomplit vos ordres avec une rare fidélité, et me remet tout ce que je lui demande. Que Dieu le récompense de sa grande charité, et des bienfaits de tous les instants dont il ne cesse de me combler avec une sollicitude infinie !
Le marchand chinois qui doit me conduire sur le territoire de Canton est parfaitement connu de Manoël de Cliaves, il a conservé Manoël durant plusieurs jours dans sa demeure à Canton , lorsque celui-ci s'est vu délivré de ses fers. J'ai donc la confiance qu'il ne sera pas infidèle à sa parole, et j'ai de plus reconnu, en traitant avec lui dans ce port de San-Chan, qu'il estimait d'une grande valeur le prix de 20 mesures de poivre. J'ai l'espoir, par l'entremise de Manoël de Ghaves, que je présume trouver à Canton jouissant de la liberté et prêt à retourner dans l'Inde, de vous écrire longuement sur le succès de nos affaires, et
U?RB VIII. — LETTRE NEUYIÈIfE.
de notre navigation, et sur Taccueil que j'aurai rcçifSàns lÀ cité de Canton.
Mais si (ce dont Dieu me préserve!) ce marchand' chinois ét^it infidèle à sa parole, et qu'il ne me restât aucune voie de me rendre cette année sur le continent de Chine, je suis indécis encore sur ma résolution future : je ne suis point fixé, et je ne sais encore si je retournerai dans l'Inde , ou si j'irai vers le roi de Siam, qui, m'a-t-on dit, prépare une ambassade solennelle pour l'empereur de la Chine, et peut-être je trouverai les moyens de faire partie de l'escorte. Si je retourne dans l'Inde , je n'entrevois aucun espoir de succès , durant tout le temps qu'Alvare dé Gama sera gouverneur de Malacca : je n'y obtiendrai rien de favorable ni de juste , et ne verrai rien absolument réussir, au sujet de l'expédition de Chine, à moins que Dieu n'opère un changement imprévu dans l'esprit des hommes, par un effet de sa toute-puissance. Je ne vous écris point quels sont mes sentiments intimes à cet égard; je ne vous dis que cette seule parole : je crains, hélas ! . que Dieu ne châtie D. Alvare bien plus rigoureusement que celui-ci ne saurait s'y attendre , si déjà môme sa punition n'est pas commencée.
Jfe vous ai écrit longuement du détroit de Singapour , et j'ai la confiance que ma lettre vous sera parvenue fidèlement; car je l'avais confiée à une personne sûre, Manoël de Fonseca , serviteur d'Antonio Pegado. Je n'avais alors rien autre à vous écrire touchant mes affaires , si ce n'est que je venais de me rétablir d'une fièvre de quinze jours. Vous recevrez de plus amples nouvelles, si le voyage de Chine parvient à s'accomplir, dans les lettres que je vous adresserai de Canton par Manoël de Chaves, avec d'autres lettres très-étendues pour notre seigneur le roi.
Si les circonstances me faisaient manquer ce voyage, je trouve dans les offres amicales de Diego Vaez, Aragonais, ui<ie;|^yQrable occasion de m'embarquer. Ce marchand se >d- aller à Sîam, et il vient d'acheter pour cette navi-
gation un bâtiment de forme chinoise, du genre de ceux que Ton appelle jonques. J'incline à cette résolution, parce qu'à l'occasion de l'ambassade siamoise , j'entrevois un accès possible vers la Chine et Canton, d'où je pourrai vous écrire encore par Manocl de Chaves. Cette pensée me séduit à ce point, que je pencherais presque pour le voyage de Siam : aussi vous prierai-je, si vous trouvez, en la place où vous êtes, une occasion favorable pour faire passer des lettres à Siam, de ne point hésiter à m'y écrire la résolution à laquelle vous vous serez arrêté depuis mon départ, et en quelle situation vos affaires sont à cette heure : si votre ambassade paraît devoir se réaliser enfin l'année prochaine; en ce cas, je vous attendrais à Comaï (1), ou dans quelque autre port du littoral cantonais. Que Dieu daigne le permettre! Avec quelle tendresse nous nous embrasserions encore, en nous retrouvant ensemble sur cette terre de Chine, objet de vœux si ardents de notre part! Si Dieu ne l'a point pour agréable, et si nous ne devons plus nous revoir en cette vie, que dans son infinie miséricorde il daigne au moins, ce souverain plein d'amour envers nous et envers l'univers tout entier, nous réunir un jour dans la gloire de son Paradis, où, dans une joie infinie, nous ne cesserons plus d'être ensemble. Adieu. De San-Ghan, le 21 octobre 1552.
François de Villa nous rend sur le navire tous les services qui sont en son pouvoir. Je dois témoigner ici de sa profonde reconnaissance envers vous. Il confesse hautement que vous êtes l'auteur de son existence et de sa fortune , et qu'il doit à vos bienfaits le pam de sa famille. Il retournera vers vous dans la compagnie de Manoël de Chaves, et s'excusera d'être venu jusqu'ici sans en avoir
(1) Cétait, selon toute apparence, l'ancrage deKemoi, dans une petite île Yls-à-vis d'Amoy, dépendant de la province du Fo-Kien. — On sait combien les différentes orthographes des anciens auteurs rendent difScUe rassimilalion des noms géographiques.
obtenu votre assentiment; mais s'il existe une faute, elle est mienne uniquement.
Adieu encore.
Votre véritable et sincère ami.
François.
LETTRE X
A François Pères ^ de lu Gompainile de Jésas.
François Pérez, je vous commande, en vertu de la sainte Obéissance, aussitôt après avoir vu celte lettre, de ne point l)rolonger votre séjotir à Malacca, et de vous disposer au plus tôt à vous embarquer pour les Indes , par l'occasion des navires qui feront voile à la mousson prochaine. Si vous recevez ma lettre après le départ de ces navires , vous prendrez celui qui du Goromandel se rend à Cochin ; et vous demeurerez à Cochin, vous appliquant aux ministères de la prédication , de la confession et de l'enseignement doctrinal, ainsi que vous faisiez à Malacca ; vous y observerez l'ordre et la méthode que je vous avais recommandés par écrit, lorsque je suis parti de Malacca pour le Japon : ou si la différence des lieux exigeait des modifications, vous suivriez la règle que j'avais précédemment tracée par écrit pour le P. Antonio Heredia, à qui je veux que . vous succédiez dans la direction et l'administration do'l collège de Cochin.
J'ordonne en même temps à Heredia lui-même, ouîil autre Père qui, depuis mon départ, pourrait par fXBè i quelconque se trouver à la tête de la maison de;CI6fihin,^de>; se rendre à Goa, aussitôt après avoir vu cette lettre, émanée ^ de moi, que vous lui présenterez, et de s'y dispoaér^^ venir au Japon aussitôt que je l'appellerai. '^* "^
Le jour où vous entrerez au collège de Cochin, ce jouUté là même le supérieur du collège abdiquera son autorité: II. 26
kOi LPTàË VIU. — LETTRE DIXIÈtlE.
ybU^ lé hemplàfeetëz en vertu du droit le plus légitime, et vous commencerez à gouverner la maison avec les pouvoirs de recteur, en demeurant néanmoins soumis, dans là mesure que j'ai prescrite, à rdlitbrltë du rëctëur dU collège de Saint-Patd de Goa.
A Cochin, d'après l'Institut de la Compagnie et selon les talents qui vous sont confiés, vous vous appliquerez de toutes vos forces à procurer la gloire de Dieu Notre-Seigneur, à faire avancer dans les voies du salut et de la perfection nM Gbilfrères ainsi ^ue les étrangers.
Et quoique je sois convaincu que vous accomplirez ces devoirs j et fl'fltitres plus nottlbfeux et pltis grands, sans hésiter et ^ût le àëùl ihdice.de ma voldtité, néanmoins, afin d'accroître vos mérites, je fais intervenir la puissance de l'autorité qui m'est confiée ; 6t, à tôtis ainsi Qu'à Herèdla, ou à tout autre recteur de la riiâlfioh de GOthin, je commande, en vertu de l'Obéissance, d'accomplir tout ce qùë j'exprime en cette lettre. Le recteur se démettra ôùr-lechànip du gôuvethement de la maison et se dirigera vers 6oa par là première occasion , et vous succéderez k son rectcnrat. Vous aurez sous votre autorité , hon-âetilement tous nd» Oonfrèreô prêtres et Mques, qui se trôuterotlt àttnèllemeut à Oochiti, tiiais encore ceux qui pourront y vetllr par ^elque cdùse que ce soit, de quelque classe^ tang ou dignité fpi'Us pttisseiit être, si ce n'est ceilt que le rec- ^ leur de Goa di^sirerait^ par des causes de lui conrities, voir ^^ exemptés de votre ëùtbrité. Et je veut ^ùe tous considèrent que je leui^ commande ici la parfaite obéissance à mes ordres, ; Siirtotit ne idatlcJUCî: poitit dé (|iiitter immédiatement
Malacca, et d'aller prendre le gouvernement du Collège de ' , CocMn ; ie votis ddnriè en ces deux pioints un commande- \ ment foniiel * Du port de San-Ghan, le 21 octobre 1552.
w François.
LIYRfe VlIL— LETTRE tilïizÎËME. ûd3
LETTRE XL A tÀàçblà iPérés; Àé la Compàé^lé lÉë ié»iàà.
Qiië là grâfee; etc.
Notis sommes arKvé, atéc la grâbë de Wieu, âanà Ife piort aë San-Chan, à 120 Mlles dé Gàtiton. Àil itittiv dtt vaisseau i j'ai fait élever une éàbàtie où j'ai eëlëbW tous les jours le Sâint-Sacriflce, jusqu'au ttldmetit 6Û je stiiS tbttibë malade, j'ai soiiffèrt delà Ûêvrë isetilèmëîit pendant (^hità jburs, et Dieu m'a rendu là sàiitë. Je ne mahifilë j^as d'ô(;ctil)âtions Maintes : j'entends les ctifafesëîons, j'àpaisë les ditfërfends et j'abcôinplis libS ailtrës ministères.
Un gi-ahd nombre de maMands chinois de Câtitdii abordent en cette île pdtir leur tommèrte ; et plusieurs foi^ les Portugais se sont adressés à eux pour en obtenir qu'ils mepl*ocUrassentmôripàësage à Gatitbn ; mais tous s'y sbnt ttfÉëlléiniBtit refusés, déclarant que leur vie et leiïrs biens Sëràiifilt etl grand péril, si le gouverneur dé cette ville venait à en être itlstruit, et tJât atictin moyen rdli n'a pu les dëëldët à nous accueillir stit* lètirà jonqueS.
Enfin on a découvert, sans ddtttë par là permissloti divine, uii marchand cëntoririàis aèsez honnête , avec Ijtd je itoë stilfe ifals d'àbcoM rttoyetlnâiït 200 pièces d'oh II s'engage à iidus faire passer dans une petite barque, qui ne i*ettferilièrà pëtsôntie autre que ses enfants et qUélqtiës esclaves slbs; àM ^e si le gouverneur de la ville a jamais soupçon de l'âftaitè, il ne puisse apprfetldrë, par l'équipâgë, le non! de ëeùi qUi iti'auront conduit à Cantbn. il doit rions faire de- ^ . meutèr dans sd thaisoti, avec nos livrefs et notice bagage, dil- ■ rànt trois bu (juatre jours, et un matin de très-botirie heure nous feonduire à la porte de la ville, et dans le chëïtiih qdl mène au gouvernement. J'irai droit vers le vice-roi, je lôî déclarerai que je suis venu pour annoncer la loi de Dieu et les voies du salut au souverain de la Chine, et je lui *
kOk LIVRE VIII.-— LETTBE ONZIÈME.
présenlerai les lettres de Tévéque de Goa adressées à ce monarque.
Je n'ignore pas le double péril de cette entreprise. Le marchand chinois peut, ayant reçu l'or, nous abandonner dans une île déserte, ou nous jeter à la mer, pour cacher son action : et si nous parvenons à Canton, le gouverneur peut nous faire subir les tourments les plus inouïs, ou nous rendre esclaves pour toujours. C'est un crime capital pour un étranger que d'entrer sur les terres de Chine sans une licence de l'autorité supérieure. Il existe encore d'autres dangers plus ignorés et plus graves, et que je ne puis vous détailler tous : cependant je vous en dirai quelquesuns. Le principal est de se défier de la Providence et de la bonté divine : si je considère surtout que je ne suis venu dans ces pays que pour obéir à Dieu , et pour son seul amour, dans le dessein d'annoncer à la nation chinoise la très-sainte loi de Dieu, et de lui révéler le Fils unique de Dieu, Jésus-Christ, l'auteur de notre salut. Celui qui, dans sa miséricorde, a fait naître en nous ce dessein ne nous permet pas de douter de son assistance et de son secours au milieu des dangers qui s'annoncent à nous. Nous tomberions alors en un péril plus grave et plus certain que tous les périls venant de ses ennemis. En effet, ni le démon ni ses satellites et ses serviteurs ne sauraient nous nuh'e sans la permission du Tout-Puissant. Si Dieu se fait notre défense, tous les dangers doivent s'évanouir. Nous obéirons d'ailleurs au conseil du Seigneur Jésus : « Qui chérit son âme dans ce monde, la peindra. Qui perdra son âme à cause de mot, Ul trouverai)). » — Paroles qui sont en harmonie avec ces autres paroles de Jésus-Christ : « Celui qui met la main à la charrue^ et qui regarde en arrière^ n'est pas digne du royaume de Dieu (2). » Et lorsque nous voyons que les périls spirituels sont plus graves et plus certains que les périls cor-
Ci] Joan., XII, 2ô.
(3) Luc, IX, 62.
porels , nous préférons affronter ceux de la vie mortelle à encourir la mort étemelle. En vérité, nous voulons, et nous y sommes résolu , pénétrer dans la Chine. Que Dieu daigne affermir nos pas pour la dilatation de sa religion! et, Hans le même temps, que les démons et leur armée déploient toutes leurs forces , j'y consens de grand cœur ! Si Dieu est avec nous^ qui sera contre nous (1)?
J'espère que les navires qui feront voile incessamment pour les Indes, vous porteront des lettres de notre part, vous annonçant mon entrée dans la ville de Canton. Mes compagnons sont éprouvés par des maladies continuelles. J'avais amené jusqu'ici un Chinois pour me servir d'interprète; j'ai reconnu qu'il avait oublié sa langue maternelle ; mais j'en ai rencontré un autre qui possède bien la langue ainsi que la littérature de sa nation, et qui s'est offert de lui-même pour m'accompagner dans mon voyage. Que Dieu l'en récompense dans cette vie et après la mort! Priez Dieu, je vous le demande, afin qu'il le confirme dans ses intentions. Tous les Chinois estimables, qui nous connaissent, se plaisent dans notre compagnie et désirent vivement nous voir pénétrer dans l'intérieur de la Chine. Ils ont déjà conçu l'opinion que les livres qu'ils nous voient porter en tous lieux avec nous contiennent une doctrine préférable à la leur: et bien que ce soit peut-être l'effet de leur amour pour les nouveautés, ils aimeraient à nous voir pénétrer dans leur paySi Cependant , comme je vous l'ai dit , des motifs de crainte ont empêché ces Chinois de nous y introduire eux-mêmes. J'attends de jour en jour le marchand avec qui je me suis accordé. Plaise à Dieu qu'il ne manque pas* à mon attente! Si ce malheur arrivait, j'ignore ce que je devrais faire, de retourner dans les Indes, ou de me rendre à Siam et de me joindre à l'ambassade que le souverain de Siam enverra prochainement, dit-on, vers celui de la Chine.
(1) Rom., VIII, 31.
406 uyçç VIII. •— i^Tiw pou;p{Èi|f|.
Que Jésus-Christ Notre-Seigpeur RQUS accorde sqn secours fit son consei}, afiji g^'ua jour ppus entpions flaps s^ gloire céleste!
De r|le 4e Saif-Chaq, 22 Qctqbfe 1552.
J.e ^erpier de yos frères en J.-C.
François de Xavier.
Que la gr^çe, etp.
^e vflus ai jéçrit, et je ne sais ^ c'pst de l^alacc^ pu (}ft détîipil de Siqgapoin*, mes nouvelles vicissitu^ps. pipu nous a fait arriver sîiins et sai^f^ à San-Çhan, île oljiflpisp, élqi: gnée de Canton d'environ 12Q milles, ^'y ^t^ends cjp ]ovff en jouf m raarçh^(J chinois avpc lequel , en r^^son desf édit^ rigoureux qui dpf^ndent l'introdijption d'un étrffflger s^ns un passe-port du gouvernement , je ^u|s coqy|^i:j de 200 pardams pour être conduit à Canton, pieu veuille qu§ pQ pfojet s^ réalise ! ^'ai appris que le ^puveri^i^^ <Je 1§ Chine avait envoyé daps différentes contrées (ip§ ppr^qp^ies fie pop|iwce ppuf en observe^ |es mœur^, les iu^titutiou^ et les lois. On a naême lieu d'espérer, d'après la parole de^ phinois eux-niêmes, que le roi ne sera pçfs indi^érent à }a Religion chrétienne pt qu'il ne la rejettera pas sans examen. Si Dieu me prête vie, et s'il daigne se servir de nqus pour son fpuvre, je vous en ferai part. A cette heure, je yous recommande (je vgillef 3ur votre âme ; car en vérité, s'il eu étajf di^^^*emment, je ne fepp^e^'ais pu vous auçuue espérance.
Spuvepez-vous de relire ^ans cesse et d'obsprver trèsfidèlement les préceptes que je vous ai laissés , ceux surtout qui se rapportent à l'anéantissement de l'esprit dans lequel je vous invitais à vous exercer chaque jour. Crai-
UVRE Vm.— LETTEK DOUZIÈME. bfH
gnez surtout et singulièrement, qu'en jetant vos reg^rfîs à Tentour de vous et considéj'ant toutes les œuvres que Hi^îi daigne opérer par vous et par tous nos Confrèr^s , vous ne veniez à vous oublier vous-mêipjB. Il m^ spr^jt infiniment agréable, à cause de ma très-gr^nçie charité visiràyis de vpus, que vous considériez tous très-prpfondémeat en vous-mêpies, combien d'œuvres Dieu n'a point opérées par votre propre faute : et j'aimerais mieux vou3 voir ocqipés de cette pensée que de celle des grandes œuvres dont vous êtes les instruments. La première pensée vous caqserait de la honte et de l'humilité, en vous rendî^t siensiblps vos imperfections et vos misères : la seconde pe^f avoir cet elTet de vous faire tcnnber d^ps des péchés 4e pipé^Qmption et d'orgueil, pav la confiance pi) fip^ }>ieps jH^^PH? sont étrangers , et en des merveilles de Is^ 8^%jBP SP"^ l'œuvre de Dieu seul. Considérez, je vous P^^^t ,f^HK4e périls a suiscités pour un grand nombre cette pç^Pâi^^ erf eur, et combien ce serait fatal pour la Gompagp^e eptière si jamais une contagion pareille venait à s'y r^panflre.
Je vous le recomn|an(le enpofe : n'adiflettfîz 4an3 la Compagnie qu'un petit nombre de sujets : choi^is^e^-l^s capables de s'adonner aux éfv(4p$ l^téfairps pu ^p vaquer Wf. ofQces de la maison. Je vous le (îéc|§f*e : il ser§it pl^g avantageux, c'est mon opinion très-sincère , d'achfstef ^ps esclaves pour être employés dans Ips fonptiqps 4pp*Pstiques, que de choisir, pouf être 4e la Cpipp^gnie, 4e3 sujets indignes 4'elle.
Si quelques-uns de ceux que j'ai renvoyés se trouvent à Goa, gardez-vous de les recevoir de nouveau, sous aucun prétexte, car ils ne conviennent point à notre Institut. S'il arrivait que l'un d'entre eux, s'étant complètement réformé, et l'ayant suffisan^iept prouvé par despépitences publiques , acceptées volontairement et continuées durant longtemps, ait, d'après votre propre jugement, îsl\\ une entière satisfaction, vpus pourriez l'envoyer en P9r|}ig^ au sqpérieur de la Compagnie, avec une reopmmandatiQQ de
&08 LIVBE VIU.— LETTRE TBEIZIÈME.
votre part ; car j'ai vérifié qu'aucua de ces sujets n'était fait pour être employé dans les Indes.
S'il arrivait aussi qu'un membre de la Compagnie, prêtre ou tout autre, commit quelque faute grave, avec scandale pour le public , renvoyez-le sur l'heure même, et ne vous laissez fléchir par les prières de personne, afin de le recevoir de nouveau, à moins que le sentiment de son péché, que son repentir et sa pénitence volontaire n'aient été tels qu'ils lui aient mérité sa grâce. Autrement vous ne devez plus le recevoir, non pas même si le vice-roi et si l'Inde entière vous en sollicitaient.
Je rappelle encore à votre souvenir de n'envoyer aux Mobiques et au Japon que des CBnfrères éprouvés, d'une ëmiiienj^ vertu et d'une égale expérience : de semblables ^^^^^''iMÉ^PP^^ nécessaires en ces contrées.
Je^l^iBommande singulièrement à tous les Pères et Frër#.ï^a|i)tre Compagnie, et à tous nos amis spirituels.
Vous saluerez de ma part les Pères Dominicains et Franciscains et vous les supplierez de ne point cesser d'intercéder en ma faveur auprès de Dieu, dans leurs prières et dans leurs Saints-Sacrifices.
Que Dieu vous dirige continuellement, et qu'il vous appelle un jour dans le ciel au partage de son bonheur étemel !
De San-Chan, île de la Chine, le 25 octobre 1552.
Le dernier de vos frères en J.-C.
François.
LETTRE XIII
/lu P* FrançolA Pérez^ de la Compagnie de Jésuit*
Que la grâce, etc.
La barque de Gaspard Mendez ayant mis à la voile, j'ai remis à l'un de ses passagers, François Sanchez, une lettre
UTRE Vm. —LETTBE TREIZIÈME. ft09
pour vous, qui, je l'espère, vous sera parvenue ; et je désire que les ordres qu'elle contenait, et que je vous renouvelle ici, soient pris à cœur par vous, et que vous donniez toute votre attention et tous vos soins à leur accomplissement.
Voici huit jours que j'attends à toute heure le marchand qui doit m'introduire en secret dans la vDle de Canton. J'ai la confiance la plus entière en son retour, s'il ne survientpoint quelque obstacle plus puissant que les forces humaines ; et je me fonde sur la valeur trôs-con sidérable de la récompense ,
que j'ai promise et que lui-mi>me apprécie singulièrement ; l
car la quantité de poivre que j'ai pris l'engagement de lui faire remettre, s'il me transporte sain et sauf à Canton, peut aisément lui procurer un bénéfice de plus de 350 pièces j
d'or de notre monnaie.
Je suis redevable à mon excellent ami, Diogo de Pereira, des moyens d'acheter à an aussi haut prix mon passage en Chine ; et il a mis à ma disposition, de lui-même et avec une admirable générosité, cette quantité considérable d'une très-précieuse marchandise. Que Dieu l'en récompense à ma place, car je serai son obligé pendant ma vie entière, sans pouvoir m'acquitter jamais envers lui !
Je vous conjure tou« d'employer vos ardents efforts afin de rendre à cet homme excellent les plus signalés services, eh toutes: les parties des Indes où l'on pourra le servir, le secùùàeè, ou l'assister, et dans toutes les occasions qui pouiTOitt s'ofBrir à chacun de vous; vous saisirez avec empressement tous les moyens de lui rendre de bons offices, vous n'y épai^erez aucune peine; jamais nos efforts les plus dévoués et notre concours unanime ne pourront nous acquitter envers lui de ce sacrifice immense qu'il a fait dans l'intérêt si évident de notre sainte foi, pour nous introduire dans l'empire de la Chine, muré jusqu'alors et impénétrable à l'Évangile. Par cette voie, la Compagnie de Jésus sera mise en possession de la faculté, qu'elle appelle de tous ses vœux, de dilater le règne de J.-C, et de faire entrer dans l'Église les peuples sans
kiO UVBE VUI. —LETTRE TREiZI^.
nombre de cet empire immense; et, en vérité, comme les eflfets dérivent naturellement des causes, elle en sera redevî^ble uniquement à la générosité d'un seul homme, Diogo de Pereira, qui , de sa propre fortune, a procuré tous les fonds nécessaires pour mon voyage, p'est-à-dire pour les prémices d'une aussi grande œuvre.
Je vous prie de vous informer près de lui s'il a l'espoir de surmonter les obstacles apportés à son ambassade et s'U doit venir à Canton l'année prochaine. Autant je le désire, aussi peu je l'espère. Plaise à Dieu que notre peu d'espérance soit contredit par un résultat plus heureux que mes prévisions I Que Dieu pardonne à celui qui est la cause d'un si grand malheur î Je crains singulièrement qu'une terrible vengeance de ce Dieu qu'il a offensé ne l'atteigne avant peu de tempji , et d^à , peut-être , il en va ressentir les prpmières atteintes. J'écris à Pereira luimême, afin que, s'il obtient un résultat f^vor^ble et différent de nos appréhensions, il consente, en faisîmt vqUe vers la Chine, à prendre en sa compagnie quelqu'un des nôtres, que le P. Barzée lui adressera çU| Qoa, s'il est prévenu quelque temps à l'ayance. 4|i)9il0 ftû ^i-je recommandé dans une lettre. Si, cq QHi ntP^^ PfOtt^lli^lua vraisemblable, Pereira, désesp^r^Qt^^ finp^é» 9^«mbassade, laisse de côté Malacca^fsc^ 41^ la Sonde , il ne sera plus néçmfllMfcllÙ^ |b {uifttr^ i^otre Confrère, qui wrait f^it avec hli l&W^ ^$|i$pine , ^ rende en mai ^e Qpa h Mala0j5«i (?«»* ^^ <P^j S»lon que je vous l'ai dit, le P. (îîISparô , iiefrtewç dp éMb>, doit être averti par vous-même eu tei^ps utjle; fil j« désire également qu'avant votre départ de. Malî^cca, vous soyez clairement informé des résolutions de Perpira.
J'ai e^clu Ferreira de la Compagnie, à laquelle il ne convenait point : c'est pourquoi, lorsque vous serez arrivé à Coçhin, et que vous y aurez pris l'administration du (collège, je vous commande, en vertu de l'Obéissance, de ne point le recevoir dans votre maison. Vpus pourrez seulement
.L\\^ VI}I. — l^ETTRE TpIZ^ÈME. Ml
fe^orler de Jput votre pouvqjf à passer dans Tlnstitut des religieux Fraiiciscains ou Dominicains ; e\ 3i vous l'y ayez déterminé, vous agirez auprès de ces Pères pour le (airp admettre. Vous écrirez égalemfiiit au P. Gasp^d Barzée à Goa,que je défends absolument, en vertu de mon ^][' torité, qu'il reçoive Ferreira dans la société de nos Frères, ou sous le toit du collège; il pourra seulement lui prêter ses bons offices afin de le faire admettre en Tun des saints Ordrps de S^int-François pu àe Saint-pominique.
Si^ par la grâce de Die^, je puis me repdre à Ça^itou, je ferçii tout ce qui spra en mon pouvoir, afin que, l'année prochaine, vous en ayez par îpoi la nouvelle, dans des lettres que je vous açjresserai aux Ipdes, et que je jferai remettre, si j'y pujs réussir, à quelque vaisseau faisant voile vers le Clofomauflel. Je me servirai, selon toute apparence, du navire ^e Pe^eira qui, de ces rivages de Chine, doit reve- Uir ^ Malacca, pourvu qu'il puisse arriver av^pt le départ dp pqpx qui prpnnepj; pr^inairepient la paef k dps épq- Ijueg d^terfpinées pour ijp rençlf e au Cof op^an^pl. Si cettp çom|)inaispn réussit, vous pourrez dapsle courant demqrs jStrfi informés à Cocbiu de mon arrivée k Canton, p ne sera poi|^Ji inutile à cet effet, lorsque vous quitterez IJIalacca, (Ip recommander à Vincent 'Viegas de vouloir bien, ^ès qu'il apprendra que le navire dp Pereira est de retour dps côtes de la Chipe, réclamer pt recevoir les lettres de ma part qpi peifvent s'y tf Quver ; et de les diriger sur Gochin par la ypip jiu Coyopiandel. Et afin qu'^îant paryenues à la côte fle Corpipapdel, ces lettres p'y soiept ppint oubliées, surtopt si, ppmnie je prévpis qu'il dpit arriver, il ne s'y l'encpntrp pas d'pccasipu présente de les mettre sur un autre vaisseau pour aller plus Ipin, vpus fe^-ez bien de reçommandpr à Diogo de Pereira lui-inôme, et vous l'pn prierez à l'avance, de consentir à vous adresser à Gochin mes lettres en même temps que les siennes, en expédiant au besoin un messager par la voie de terre.
Eu ce gi4 regarde votre départ de Malacca, lorsqup vous
Û12 LIVRE VIII. —LETTRE TRElzAlÉB»"
serez à la veille de vous éloigner, je suis d*avîs que vous recommandiez à Vincent Viegas la conservation de notre maison de la cite, et de la petite habitation du faubourç, désignée parle nom de la chapelle qui en dépend, et qui est consacrée à Notre-Dame la Mère de Dieu : ainsi vous lui demanderez la permission de confier à ses soins et à sa vigilance ces deux résidences de la Compagnie. Et pour éviter que dans la suite des temps, soit lui-môme , soit quelqu'un de ses ayants droit ne présume posséder aucun droit de propriété sur ces deux domaines, vous déposerez entre ses mains la copie de la donation par laquelle le seigneur évoque a transmis à perpétuité les deux bâtiments, par un droit parfaitement régulier, à la Compagnie de Jésus : et vous vous ferez en même temps remettre une reconnaissance de Vincent, déclarant qu'il reçoit en sa garde et sous sa protection, simplement à titre de dépôt et pour les conserver, ces deux habitations qu'il doit restituer à la Compagnie, lorsqu'elle les réclamera. Vous emporterez avec vous les titres authentiques de la donation , et le diplôme original du seigneur évêque , pour les faire parvenir de Cochin à Goa par la voie la plus sûre, afin qu'ils soient conservés en cette dernière ville, dans les archives de Saint-Paul.
Je vous ordonne de la manière la plus absolue de persister irrévocablement dans la résolution de vous éloigner de Malacca, et je vous défends expressément de vous laisser fléchir, pour y demeurer, par les prières, si extrêmes qu'elles soient, ou par Yes fallacieuses promesses d'aucune personne; et vous ne continuerez pas à perdre vos peines, ainsi qu'il est arrivé depuis un certain temps , dans cette ville ingrate et indigne de votre secours, tandis que, partout ailleurs, vous pourriez réellement vous mieux employer; enfin, si vous le jugez utile, vous laisserez avec le bon prêtre que je vous ai désigné, et qui est Vincent Viegas, notre Frère Bernard, qui pourra s'occuper, ainsi qu'il a fait jusqu'à ce jour, à enseigner aux enfants les rudiments
de la grammaire, et les principales prières, ainsi que les éléments de la Foi chrétienne. Cependant je m'en remets sous ce rapport à votre prudence, et vous déciderez ce qui sera le plus convenable. Selon ce que vous aurez jugé préférable, vous l'emmènerez avec vous, ou vous le ferez demeurer à Malacca.
Je ne voudrais point que Ferreira, qui est exclu de la Compagnie , fît voile pour les Indes sur le même navire que vous : employez tous vos efforts afin qu'il s'embarque sur un autre. S'il ne se trouve point d'autre navire , ou qu'il ne veuille point consentir à se séparer d'avec vous , et qu'il vous supplie avec instance de l'emmener, vous y pourrez consentir, en lui exprimant toutefois cette condition expresse, qu'il doit s'être engagé solennellement à passer dans un autre ordre religieux. Après qu'il aura pris cetengagementformel, vous l'accueillerez etvous l'assisterez de tout votre pouvoir, avec une parfaite charité, afin de le confirmer dans sa résolution.
L'interprète qui consentait, ainsi que je vous l'ai dit, à passer en Chine avec moi, s'est effrayé et a renoncé à son dessein. Son inconstance me laisse au dépourvu; mais nous persistons dans la résolution de courir toutes les chances du sort, nous confiant dans le secours de Dieu. Nous sommes trois personnes, Antoine de Sainte-Foi, Chinois élevé dans notre collège, Christophe, et moi-même. Priez Dieu pour nous, car nous allons nous exposer au danger presque infaillible du plus affreux esclavage. Mais notre consolation est dans la pensée, dont nous demeurons profondément pénétrés, qu'il est infiniment préférable d'être captif et enchaîné pour le seul amour de Dieu, que d'acheter la liberté la plus délicieuse, en désertant lâchement et avec ingratitude les souffrances et la croix de J.-C.
S'il arrivait que le marchand chinois, de qui dépend notre espérance de passer à Canton, changeât de résolution, par l'effet de la crainte ou par toute autre cause, et qu'il manquât à sa parole: dans cette suprême circonstance, j'ai ré-
hiU LlVttË Vhl. — LETTRE QuATbwSlÉitE.
solu de faire voile poub le royauitië de Siam, iroliysbt ëil ce voyage line occasion favorable. J'ai appris eil ejDTet qti'Sfi f armait un riavirë pour fkirè lé voySgë de tSantbb, et Si je puis éite admis sur ce nàvit-e, par rëflfet de la pl'btëctiott divitie, j'espère, avant la fin de Tannée, tiiettrc le pied sltf le rivage, objet de mes plus ardents désirs.
Vous Sâitiet'ëz très-affectueùsement de riia part tous iios amis et principalement Vincent Viegas ; et vous les Sbîlicitérez de me recommaildëi' à Noire-Seigneur,
Oue Dieu Noti-e-Selgiiéur denleuî-e avec vous et qu'il m'accompagne ! Qu'il lious fasse tous paf venii* à la gloire du Paradis !
Adieii. — bil port de Sàn-Chân, le 12 ttôvetfabré 1552.
Votre frère en J.-C,
FftÂNçois.
LETTRE XiV.
Àm PP. François Périnë et Paul Antonio berêfliâ, de im Compasnte de Jéàià» (I).
Père François Perëz, de la Compagnie de Jéstis, je vous coihniahde, éii ^èrtii de la sèliiite bbéîsèaiice, aussitôt après la réception de cêl ordre, de y'ovlé tétidrë S Côchin, par iiii des riâvîre^ qiil doivent y aller feettfe kniiëë, et de mener avec vdiis Jbatti Bravo, ètmème BëtnSH'd, Si vdiis le jiigéz convenable : et lô jour même où vdus serez à Coctiln, vbiis prendrez ëii inàin l'âdministratidii dii ëollëge de notre Compagnie, qiii existe en cette ville; vous rëtiipllrez aussi les fonctions de la prédication, et de la coiifession, et vous accomplirez les mêmes œuvres saintes qu'à Ma- ^Jk..^ laccia, selon les instriictions que je vous ai laissées par
K*^ (1) Cette lettre est presque identique ayec la lettre X" de ce livre : niais à cause de Timportance du sujet, nous ne saurions Fomettre. C'est éTidemment un duplicata, ayec que\q!aea\è%^te^^tlft\«ûRfc%*
LîtRÈ Vttl.— LETTRE QDIT^ZIÈMÉ. wS
ttfcêt ëgardj ou éncbre selon la direction cjue j'avais iÉB^iwd^ pteâcrite â Antonio Herëdia, lorsqu'il était à lâml^ dtt collège de là Compagnie à Gochin. : i* â voùSi Antonio Heredia, ou à tel recteuf qtd administt^râ le fcdUége de Cochih, lors de la veritle dé François Përez, je toiis enjoins, en tertil dé l'Obéissance, de remettre àU P. Ft-ançois Pérèk, que je viehâ de tlbtnmët-j la dirfefction que vous avez gérée juèi^u'à ce tribinént, afin qu'il en febmitience irtntiëdiàteUient lès fonctions, de là manière la plus parfaite, ënvet-s cette filtnille religieuse ; et vous, ou tout autre ayant actuellfettient dirigé ce collège, vous vous» transporterez à Goa, parla plus prochaine occasion, et vous vous y disposerez pour êUtrepréfadire le voyage du Japon, aussitôt que vous en recevrez l'ordre, ou bien pour aller partout, pour accomplir toutes choses, selon Tordre du P. maître (SaSpard Barzéé, recteUr du collège de Goa, Tel est, sur votre devoir à tous, le conseil que j'ai formé dàiiS mon esprit j et l'ot'drë que je vous donné par inon autorité : en foi dé quoi j'ai signé dé ma propre main le présent écrit.
Du poti; de San-GhâUj 12 novembre 1552.
PéAnoois.
LETTRE XV
A DIogo de ^eireira.
Je n'ai riëo, seigneur, à f ttus ëcrtre à cette heure, si fce n'est de vous éxpHnler les assurances réitérées, et si multipliées qu'elles soient, toujours inégales à mes obligations, de nàa Reconnaissance envers vous , pour les faveurs qUe vo^ti'ihcez cessé de répandre sur moi, sans limite et sariS medtij^, tous les jours et à toute heure, par l'effet de.votre affection et de votre charité; vous avez même trouvé le diOfëil d'etercer absent ces vèt1ais,paTlemm\s\fe\^ ^^^^'^
employés et représentants qui m'assistent en toutes choses, et qui me rendent des services de toutes les heures. L'un d'entre eux, Thomas Scandelho, votre fondé de pouvoirs, me fournit avec tant de zèle et de générosité tout ce que je lui demande, qu'il fait bien paraître qu'il est dans la confidence et la participation de vos admirables sentiments à mon égard, 6 mon ami, qui êtes toujours si empressé, si ambitieux, si amoureux, dirai-je, de me donner sans cesse au delà de mes demandes, au delà même de mes besoins!
Que Dieu Notre-Seigneur, qui seul le peut, daigne vous récompenser; car, impuissant pour m'acquitter envers vous, je suis contraint de demeurer votre débiteur pendant la durée entière de ma vie ; mais si je ne vous restitue jamais la somme et le principal de ma créance, je ne manquerai point au moins de vous en payer chaque jour l'indemnité et comme l'intérêt, dans la mesure de mes forces, pendant toute mon existence, en priant assidûment Dieu Notre-Seigneur de vous préserver de tout mal, et de ne point permettre que vous soyez jamais, en cette vie, privé de sa grâce ; et de vous conserver pur, et affermi dans votre conscience parmi les accidents divers de votre santé, et les chances défavorables de la fortune; toujours constant dans la foi, dans les devoirs de la sainte religion et dans la pratique du culte divin, afin que Dieu puisse un jour couronner vos mérites , et admettre votre âme dans la gloire de son Paradis.
Et ainsi que malgré tous mes efforts, je ne saurais y suffire, j'appelle pour me seconder et pour me servir d'auxiliaires, tous mes Frères, les Pères de la Compagnie de Jésus, qui servent la sainte Église dans les différentes contrées de l'Inde ; tous assurément l'auraient accompli d'euxmêmes ; néanmoins je les y ai, pour ainsi dire, excités par mon expresse recommandation ; afin que tous vous rendent, comme à un protecteur éminent de notre Gon^gnie, tous les devoirs de la plus vive reconnaissance; et que, vous considérant comme la colonne de la réKgfon
chrétienne en ces pays, et celui sur qui repose principalement l'espérance de voir annoncer la sainte loi de Jésus-Christ, Fils de Dieu, dans Tempire de la Chine, et de voir s'étendre sa gloire jusqu'aux extrémités de la terre, ils ne cessent de vous recommander ardemment à Dieu dans leurs oraisons et Saints-Sacrifices de chaque jour. Et en vérité, le Seigneur lui-même, juge souverain et infiniment (3liirvoyant de votre zèle si ardent pour son service, et si juste appréciateur de vos utiles efforts pour la dilatation de son royaume, ne saurait manquer, indépendamment des suffrages de ses serviteurs, d'environner vous-même et votre fortune ^e sa faveur et de sa protection constantes, et de procurer l'accomplissement de vos vœux et de vos désirs, qui tendent uniquement à cette fin si sainte, de seconder la prédication de l'Évangile, et d'appeler les ftmes errantes à la foi de J.-C.
Si l'affaire de l'ambassade que le vice-roi des Indes vous a confiée, seigneur, auprès du souverain de la Chine, se termine enfin heureusement Tannée prochaine, je vous prie de vous concerter avec François Pérez, à qui j'ai prescrit de faire voile pour Goa, afin qu'il obtienne du P. Gaspard Barzée, recteur du collège de Goa, un prêtre de notre Compagnie, que vous pourriez amener avec vous, seigneur, si vous vous embarquiez en effet. Je désire qu'on lui remette, pour les apporter avec lui, les ornements sacerdotaux d'un grand prix que nous avions , ainsi que vous le savez , préparés pour ce voyage. Je les ai , lorsque notre projet s'est trouvé rompu, laissés à Malacca, sous la garde de François Pérez : ce Père vous les remettra sur le vu de cette lettre, qui l'informe suffisamment de mes intentions. Le calice et le surplus de ces objets prt^cleiix que j'avais apportés avec moi, je vous les enverrai par Thomas Scandelho, afin que vous puissiez, si vous lo jugez convenable, les remettre au Père qui vous accompagnera dans votre ambassade.
Je me rendrais , seigneur, avec vos gens ^ Malacca , si II. 27
tiiS UTBE Vm, — LETTRE QUINZtÈllE.
j'espérais que vous dussiez partir Tannée prochaine pour la Chine ; mais je prends conseil à cette heure d'un autre espoir, qui s'offre à moi, de passer en Chine dès cette année même. Cet espoir me vient d'un marchand cantonais : et si (ce qu'à Dieu ne plaise!) il vient à manquer, j'ai pris la résolution positive d'accompagner Diego Vaez, Aragonais, qui doit aller, ainsi que je vous l'ai dit , dans le royaume de Siam. De là j'ai la confiance de pouvoir aisément, l'année suivante, parvenir à Canton sur l'un de ces navires chinois que l'on appelle jonques. Que s'il arrive que votre ambassade se réalise l'année prochaine, j'espère que nous nous retrouverons ensemble à Comaï ou à Canton , et Dieu seul sait avec quelle consolation ! Écrivez-moi, je vous prie, si vous en avez l'occasion, dans le royaume de Siam , ce que vous aurez décidé ; car, en toute circonstance , il me sera très-agréable de connaître par vos lettres mêmes l'état de vos affaires. Quant aui détails de la convention avec le marchand chinois qui me doit tmnsporter dans la ville de Canton, je ne vous les donne point encore; il sera plus à propos et plus satisfaisant de vous en instruire, l'affaire étant accomplie : attendez donc les lettres que je dois remettre pour vous à Manoël de Chaves.
Si nos Pères, à Malacca , à Goa , ou ailleurs , vous peuvent rendre quelques services pour la conclusion favorable de voire ambassade, ne craignez point de recourir à leur zèle : François Pérez, Gaspard Barzée, et tous les autres Pères des dilTéreiiles résidences, s'empresseront, sur vos premiers désirs, de vous servir de toute leur puissance : ils savent parfaitement combien moi-même je l'ai à cœur. Mais ce qui est h loiirs yeux le souverain point, ils ont Tinlime persuasion que cotte affaire intéresse par-dessus tout la gloire de Dieu, Notre-Seigneur, et la délivrance d'une infinité de malheureux Portugais, qui souffrent la plus rigoureuse captivitfj dans les geôles chinoises : je viens d*apprendre ^ à ma très-vive douleur, que mon excellent
ami François Pereira de Miranda a tout nouvellement partage leur sort par l'effet d'un déplorable accident. J'ai ressenti en effet , et j'en suis pénétré de reconnaissance , •toutes mes obligations envers lui, pour lés bons offices et les bienfaits dont il nous a comblés d'une manière admirable, lorsqu'il était en même temps que nous à Firando, dans le Japon , et qu'il était entouré d'un équipage nombreux dont il était le chef, et qui partageait ses dispositions à notre égard.
Les lettres que le seigneur vice-roi des Indes destinait à être remises par vous au souverain de la Chine , je les avais emportées par mégarde , et je vous les renvoie avec la présente. Je vous prie de nouveau , seigneur, de ne point manquer de m'écrire dans le royaume de Siam ; car je suis entièrement résolu, comme je vous l'ai fait connaître, si l'espérance que j'ai fondée sur le marchand chinois nous manquait , ce qu'à Dieu ne plaise ! à me rendre dans le royaume de Siam, et à tenter de pénétrer par cette voie dans la Chine. Si Dieu, Notre-Seigneur, daigne favoriser au moins cette dernière entreprise, j'irai vous attendre à la cour du souverain chinois, si je ne suis plongé dans les fers à Canton. De toute manière enfin, si la faveur céleste m'ouvre un accès vers la Chine, vous me retrouverez dans Fun de ces endroits si différents, dans l'une de ces conditions si diverses : captif dans les geôles cantonnaises, ou à Pékin (qui parait être la résidence du souverain de la Chine), attendant votre venue, et m'efforçant d'y remplir les fonctions de votre courrier ou d'un représentant de vos intérêts.
Je n*ajoute aucune parole, après vous avoir déclaré, ce qui est la vérité même , que je désire ardemment connaître ce que vous faites, l'état de votre santé, le point de vos affaires et de vos espérances, et si j'étais riche, je ne croirais pas en acheter les nouvelles trop cher en les payant au poids de l'or. Mais je me sens empressé de les acheter eur ocre à im plus haut prix, par la confiaTvce (\vv^ \xv^ ^çrw£\^\^
a20 LIVRE ?IÏÏ.— LETTRE SEIZIÈME.
faveur de Jésus-Christ, que je sais vous être acquise, et je m'attends à recevoir par vous des nouvelles très-certaines de ce que je désire le plus vivement pour votre âme. Que Dieu, Notre-Seigneur, s'il le juge utile pour les intérêts de. son très-saint service, nous accorde de nous revoir dans l'empire de la Chine ! Que si ses décrets sont différents, au moins il nous réunisse un jour dans l'heureux séjour du Paradis! Adieu.
San-Chan, 12 novembre 1552.
Votre serviteur et parfait ami du fond de l'âme.
François.
LETTRE XVI
An P. Gaspard Barmée, recteur dn collège de Goa.
J'ai écrit à François Pérez qu'il devait quitter immédiatement Malacca, et se rendre dans les Indes avec tous ses Confrères. Cette ville me paraît, à cette heure, indigne d'un si grand bien, après avoir été la cause d'un malheur immense, et avoir empêché, par l'effet de sa souveraine iniquité, notre voyage en Chine, et la dilatation de la gloire divine.
Je vous recommande encore d'accomplir le dernier de mes ordres avec un zèle et une obéissance extrêmes, c'està-dire de vous entendre avec le seigneur évéque, afin qu'il fasse prononcer solennellement, dans Malacca, les excommunications encourues par ceux qui ont mis obstacle à notre voyage. En effet, c'était en qualité de Nonce apostolique que je me rendais en Chine.
J'y tiens essentiellement par deux motifs; le premier fi3t que je désire faire comprendre au gouverneur de Malacca la gravité du crime dont il s'est rendu coupable, et celle de la peine qu'il a encourue, afin qu'à l'avenii' il
ne se montre envers personne ce qu'il a été pour moi; le second est afin que nul n'ait l'audace d'arrêter les sujets de notre Compagnie qui, plus tard, dans l'intérêt de la religion, se rendront à Malacca, aux Moluques, au Japon et à la Chine. Et ainsi qu'aujourd'hui la plupart des hommes sont plutôt retenus par la crainte du monde que par celle de Dieu, je désire que tous ceux qui sont de ce caractère soient effrayés par un tel signe de honte et d'infamie, et tremblent devant l'opprobre d'un si grand attentat.
Je vous conjure encore d'observer scrupuleusement tous les autres préceptes que je vous ai laissés, celui surtout de n'admettre dans la Compagnie qu'un petit nombre de sujets, et de sujets capables, d'examiner et d'éprouver longtemps ceux que vous aurez admis, de faire une fréquente et délicate expérience de leurs vertus. Je crains, en effet, qu'on n'ait admis déjà, et que tous les jours on n'admette un grand nombre de sujets, qu'il serait préférable de renvoyer et d'exclure. Je désire donc que vous soyez à l'égard des sujets de ce genre, ainsi que moi-même, à Goa, je me suis montré vis-à-vis de plusieurs, et même d'un de mes compagnons, que j'ai jugé ne point convenir à la Compagnie et que j'en ai retranché et exclu. Vous devez observer cette conduite avec zèle et avec constance, et ne vous laisser dominer par aucune considération, lors môme que vous devriez demeurer seul.
Je ne saurais vous exprimer combien le démon ressent de colère de voir la Compagnie pénétrer dans cet empire de Chine. Je puis vous le déclarer, et, à cet égard, il ne me reste aucun doute, que l'ennemi du genre humain ne peut endurer de nous voir ouverts les ports de cet empire. On ne saurait croire avec combien de ruse il a.combattu et il combat encore à cette heure pour anéantir nos efforts ; mais j'ai l'entière confiance que J.-C. N.-S. ruinera toutes les embûches de Satan. Or, ce sera pour l'honneur et la gloire de Dieu qu'un faible être aura vaincu la présomption immense du démon et abattu son orgueil intolérable. Qvsa
Dieu nous l'accorde dans son infinie bonté, qu'il demeure avec vous, et qu'il me dirige : et qu'enfin il nous réunisse tous ensemble dans le ciel !
Du port de San-Cban, 13 novembre 1552.
François.
LETTRE XVII
Aux PP. FraneolA Pérès 9 k Malaeea, el Me Ga«|iarfl Baraée, de la Compagnie de Jé»nm^ k Goa.
A vous, Père François Pérez, qui devez, ainsi que je vous l'ai précédemment ordonné , faire voile de Malacca pour les Indes, je commande avec autorité par cette lettre, et je vous prie instamment, de communiquer la présente lettre de ma part à notre Confrère Gaspard, à Goa, et de veiller à ce que l'on obtienne au plus tôt du seigneur évêque , par le P. Gaspard ou par nos autres Confrères de Goa , la déclaration canonique de l'excommunication encourue par D. Alvare, gouverneur de Malacca, pour avoir empêché mon départ vers la Chine. Voici la forme que je crois devoir y être employée : nos Confrères s'adresseront au seigneur évêque et à son vicaire, et feront voir à tous deux les bulles du souverain pontife concernant l'institution, la confirmation et les privilèges de la Compagnie de Jésus. On leur présentera de plus en particulier le bref pontifical écrit sur parchemin , que l'on retirera pour cet effet des archives secrètes du collège de Saint-Paul à Goa, bref où le souverain pontife me crée et constitue par mon nom son Légat dans ces régions des Indes.
Après leur avoir montré ces pièces, vous les prierez l'un et l'autre, attendu que, contrairement aux privilèges manifestes de la Compagnie de Jésus, concédés par les décrets des souverains pontifes, et contrairement à ma propre et personnelle autorité , en vertu de la qualité qui m'a été
LIVUE VIIL-- LETTRE DIX-SEPTIÈME. 423
conférée de Légat du Saint-Siège apostolique, Dom Alrare de Gama, gouverneur de la ville de Malacca , s'est opposé par violence à ce que je nie,|]pndisse dans Tempire de lav Chine pour y prêcher rÉvapgile , et qu'il n'a eu aucun égard à l'autorisation en forme régulière du seigneur gouverneur des Indes, que je lui présentais, et l'a rendue inutile par son obstination rebelle ; qu'il a, de plus, méprisé la parole et l'autorité de dom François Alvare, commandant de la citadelle royale en la place de Malacca, et aussi receveur général et gardien du trésor royal, lorsque celui-ci lui garantissait mon droit et la volonté formelle de sa majesté le roi , et qu'il a audacieusement persisté dans sa révolte; que par ces attentats dom Alvare de Gama, indépendamment du crime de haute trahison e^èrs sa majesté, encouru très -sciemment l'anathème^lÉpileux édicté dans les bulles du souverain pontife : nouyflemandons qu'il en soit fait la proclamation expresse, dans la forme accoutumée , et que , dans le lieu où l'attentat a été commis, son auteur soit déclaré publiquement séparé de la communion catholique , et retranché du corps de l'Église, en punition de son détestable forfait.
On enverra l'acte émané du seigneur évêque, où cette sentence sera clairement exprimée , à Malacca , avec de$ lettres du même prélat adressées à son vicaire en cette résidence, pour lui prescrire de ne rien négliger afin que ces lettres soient, selon l'usage, lues en chaire au peuple assemblé dans l'église en un jour de dimanche. Pour vous commander ces démarches, et pour vouloir que tout s'accomplisse ainsi que je l'exprime, j'ai moi-même un double motif. Le premier est que je désire, autant qu'il est en moi, et par l'effet de ma compassion envers lui , pourvoh' aux intérêts spirituels de l'auteur de cette iniquité déplorable: en effet , il ignore encore dans quel abîme il s'est précipité , et selon toute apparence , la proclamation publique du funeste anathème qu'il vient d'attirer si témérairement sur sa tête, le pénétrera d'horreur par la pensée d'im si grand
ft2a LIVRE Vf II. —LETTRE DIX-SEPTIÈME.
malheur, et pourra lui inspirer quelques sentiments de pénitence/Ce serait ainsi la source de son salut, et il en concevrait un salutaire empressement de mériter par une satisfaction canonique l'absolution légitime de FÉglise, par les mains des ministres compétents.
L'autre raison qui me détermine à prendre cette mesure est la volonté de prévenir pour la suite les attentats des gens pervers, qui seraient si funestes à la prédication évangélîque. Je le sais, en effet, d'expérience, souvent les ouvriers apostoliques de notre Compagnie trouveront, dans les différents ports des Indes, des occasions de s'embarquer pour aller annoncer la- loi de J.-C. au Japon, dansj^ Moluques, ou dans d'autres contrées; les offldemÊ^mins ces places, sont investis de l'autorité de gouverj|H|Rûyaux , pourront être tentés, par avarice, par jakj^^Pjbu par d'autres mauvaises passions , de les traverser et de se jouer d'eux, en faisant échouer leurs intentions, comme il est arrivé pour moi-même. Afin donc que ces officiers ne présument point que de tels attentats demeureront impunis, l'on doit flétrir et rendre odieux dans ses effets l'exemple de D. Alvare, et lui attacher une telle infamie, que les personnes que le respect de Dieu ne suffirait pas pour émouvoir, l'opinion des hommes, un nom déshonoré, et comme un signe qui doit marquer leur front d'une suprême flétrissure, leur causera quelque terreur. Certains individus , j'en suis convaincu , s'abandonnent à de tels excès avec d'autant plus de témérité, qu'ils perdent de vue la gravité des châtiments attachés à cette nature de crimes, ayant leur âme baignée dans une mer de préoccupations inférieures; et souvent même, par leur honteuse ignorance , ils demeurent étrangers aux notions les plus élémentaires de la discipline de l'Église. Il faut présenter à leurs regards et leur rendre sensible un exemple de la sévérité de l'Église , descendant sur une personne de marque, afin que cette leçon salutaire les arrête sur la pente, et les préserve de la tentation de s'élever contre la religion par
d'audacieuses entreprises; et qu'enfin, éclairés sur le péril qu'ils encourent en cette voie de péché, ils soient retenus par la crainte, et tremblent de s'abandonner aux derniers excès de la licence.
La lettre du seigneur évêque ou de son vicaire général, déclarant le gouverneur de Malacca séparé des sacrements de l'Église et mis au rang des réprouvés, doit être portée à Malacca par Joam de Beira ou par tout autre de nos Frères, qui doit s'y rendre afin de s'embarquer pour le Japon. A Malacca^ il la remettra dans les mains du vicaire épiscopal. Afin que ce dernier ne diffère point d'accomplir ce qui lui aura été prescrit, on aura soin d'obtenir du seigneur évêque, qu'il daigne écrire ou faire écrire par son vicaire général, en son nom, au vicaire épiscopal de Malacca, une lettre spéciale. Il lui recommandera, sous peine formelle d'anathème, de ne point différer de publier dans l'église l'excommunication encourue par D. Alvare. Pour vous, au nom de Dieu, craignez, en négligeant cet ordre de ma part, de vous rendre coupable du crime énorme d'avoir enfreint le vœu d'Obéissance. Faites en sorte qu'avant la fin de Tannée j'apprenne, par vos lettres, avec quel zèle et avec quel succès vous aui'ez mis à fin cette grave affaire.
En ce qui me regarde, je vous al écrit cette lettre au milieu des préparatifs et des inquiétudes touchant mon passage de cette île sur le continent chinois. Ce trajet est très-difficile à couse des circonstances, qui offrent mille dangers : des maux sans nombre et d'une extrême gravité nous menacent à toute heure , et nous sommes sous le coup d'appréhensions uiflnies. Quel sera le résultat final? Je l'ignore entièrement; mais j'ai la ferme confiance et l'assurance intime et très-vive de ce qui doit s'accomplir, c'est, qu'en tout événement , j'aurai travaillé pour le bien. Si l'espérance du patron cantonnais, que j'attends à tous les moments , finissait par m'être enlevée , ce dont Dieu me préserve ! j'ai résolu , comme je vous l'ai dit , d'aller par mer à Siam, d'où j'entrevois l'espoh: de pouvoir passer à
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la Chine. Si cette prévision s'évanouissait elle-même, par quelque circonstance malheureuse, alors je me dirigerai de nouveau vers les Indes. Mais j'airespéranceenmon âme de n'être pas obligé d'en venir à cette résolution extrême , et je persiste à croire que mes premières espérances seront réalisées, que mes vœux seront comblés et que je finirai par poser le pied sur la terre chinoise.
Une vérité m'est démontrée par les preuves les plus évidentes, et je vous la confirme en toute assurance, désirant vous en convaincre pleinement. Le démon éprouve une indicible horreur de l'entrée de la Compagnie de Jésus en Chine, et toutes les tentatives en ce sens paraissent le blesser en la prunelle même de ses yeux : il le fait voir; par ses emportements sauvages. Il se cabre avec fureur, au-devant de nous , et souvent il éclate en transports furieux. Recevez de moi l'assurance la plus positive qu'en ce port de San-Chan je trouve à chaque heure de nouveaux obstacles pour notre passage en Chine. Sans cesse il en accumide devant nous, couime si les premiers n'étaient rien cl rendaient de nouveaux obstacles toujours nécessaires ; et je ne saurais les exprimer dans une lettre ou par des paroles, sans m'expose r à devenir infini. Je le sens, avec évidence, l'attaque asonnt^ dans les campa de l'enfer, et les esprits de l^^nèbres, réduits au dt^sespoir^ se sont tous ra ssemblés en armes, pour défendre contre nous leurs derniers retranchements. Mais ce qui ne doit pas vous être moins évident, et dont j'ai la conscience, me trouvant affûiini dans le secours ^ dans la grâce et dans la faveur indéfectibles de Dieu Nolre-Scigneur, c'est que Jésus-Christ, notre llédempteLir et Sauveur, déjouera les funestes desseins et anéantira les criminelles espérances de l'ennemi du salut des hommes, et le couvrû*ade confusion en présence de tout l'univers. La gloire de la Majesté divine y éclatera d'autant plus, que l'instrument de ces merveilles aura été* plus humble, en la personne de celui qui est le dernier et le plus vil des hommes , pour abattre ce su-
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perbe esprit, si fondé dans son orgueil immense, et pour le livrer à la risée universelle, sans grâce et sans espérance.
C'est à vous maintenant, maître Gaspard, que je m'adresse en particulier, et je vous conjure avec les plus vives instances de ne pas oublier d'accomplir avec une entière exactitude tout ce qu'à mon départ je vous ai recommandé, tant verbalement, que par écrit, sous la forme d'instructions. Craignez d'en rien omettre par oubli, comme de ne point le réaliser en temps utile : n'allez pas concevoir la supposition de ma mort, et vous croire en possession de votre indépendance, et dégagé pour toujours de mon obéissance. Je me rappelle une occasion de ce genre, où certains, en raison de ma longue absence, sont tombés dans une semblable erreur. En vérité, je ne dois point mourir, avant que Dieu n'ait ordonné ma mort : il y a longtemps sans doute que la vie m'est une peine, et que mes vœux sont pour la mort ; vainement la curiosité des hommes s'exercerait au sujet de Theure de mon passage, déterminé par avance dans les desseins éternels, mais que l'opinion du monde, pleine d'inanité, ne saurait avancer ni reculer d'un instant. Cet avis de ma part a pour objet de vous prémunir contre la tentation de vous fier outre mesure en votre jugement: une autre fois, s'il vous en souvient, ne vous êtesvous pas permis de consulter et de suivre votre sentiment propre, en dehors de mes recommandations? Si vous me comprenez, ou si vous l'avez perdu de vue. Dieu seul en est juge; mais je ne voudrais point, l'année prochaine au temps de mon retour, découvrir ici des infractions au devoir^ à l'occasion desquelles je serais obligé de sévir.
8oye« attentifs à ce que je vais ajouter : pour les admissions dans la Compagnie, je vous recommande le choix le plus sévère, je dirai presque le plus minutieux : le petit nombre qui aura satisfait aux épreuves délicates de l'examen préliminaire, doit être encore éprouvé par toutes les expériences successives du noviciat intérieur. En effet, j'ai vu dans le caractère de certains sujets , qui avaient passé
par les premiers éléments, des imperfections qui m'iQspiraientde la défiance, touchant les jugements qui les avaient fait admettre; et, comme on Ta vu par expérience, c'étaient des sujets dont Texclusion de notre maison était exigée par l'intérêt de notre bonne renommée et du repos de notre Ordre. Je n'ai pu m'empêcher de faire un exemple de ce genre en la personne d'Alvaro Ferreira (1), que j'ai rayé de la liste de nos Confrères. S'il se présentait devant vous, donnez-vous de garde de le recevoir dans votre maison; mais vous pourrez l'aider de vos avis et de votre crédit, pour qu'il passe dans un autre ordre religieux. Quant à son retour dans notre Compagnie, quelque instance qu'il vous fasse à cet égard, vous ne devez point absolument le recevoir, et vous saurez que cela vous est interdit par l'obéissance que vous me devez : en eflfet, j'ordonne, après mûre délibération et par autorité, que vous ne receviez point dans votre maison Alvaro Ferreira, que je sais n'avoir rien qui convienne à l'Institut de notre Compagnie.
S'il arrivait que cette lettre trouvât à Goa un autre recteur que Gaspard Barzée, ce recteur, quel qu'il soit, devra comprendre que ce que je mande à Gaspard lui est recommandé au même titre.
Du port de San-Chan, le 13 novembre 1552.
François.
(1) Un capitaine Alvaro Ferreira fut martyr à Achem en 1666, avec quatre autres Portugais, pour n'avoir pas voulu renoncer à la religion de J.-C.
Peut-être] était-ce le religieux qui n'avait pu demeurer dans la Compagnie, mais à qui Dieu ménagea l'occasion de confesser sa foi, et accorda la grâce du martyre.
LeUre0 de maint Ignace de Loyola*
!»• LETTBE.
À Bertrand, seigneur de Loyola, son neveu, pour lui recommander le P. François et Vambassadeur portugais.
Que Notre-Seigneur nous assiste à jamais de sa grâce!
La singulière et suprême hâte qui nous est présentement imposée pour envoyer les uns dans les Indes, les autres en Ecosse, les autres en différentes contrées dltalie, ne me laissent aucun loisir pour vous écrire d*une manière étendue, ainsi que j'en avais le désir. Cette lettre vous sera portée par M' François de Xavier, Navarrais, fils du seigneur de Xavier, et l'un des membres de notre Compagnie. Il part en vertu des ordres du souverain pontife et sur la demande du roi de Portugal, en même temps que ûejax autres de nos Frères qui se rendent par mer auprès du même souverain : vous apprendrez de ;M* François tout le dessein de leur entreprise, et il vous parlera de toutes ces affaires, en mon nom , et comme je le ferais moi-même. Vous devez aussi savoir que l'ambassadeur du roi de Portugal , en la compagnie duquel voyage M" François, nous est uni par une amitié très-étroitç, et que nous avons les plus grandes obligatiqns à ce seigneur. Le même personnage espère, pour toutes les œuvres qui intéressera^, le service de Dieu, Notre-Seigneur, nous être d'un puissant secoi auprès du roi son maître, et de toutes les personnes sur quelles il a de l'influence. Je vous prie donc, au nom du service
de Dieu Notre-Seigneur. d'accueillir cet ambassadeur de la façon la plus honorable et avec l'hospitalité la plus généreuse. ' Si Araoz se trouve auprès de vous, je désire qu'il considère ma lettre comme lui étant adressée.
Vous aurez en M"" François la même absolue confiance que vous auriez en moi-même.
Veuillez me recommander à la dame de Loyola et à votre famille entière.
Que Notre-Seigneur nous assiste à jamais de sa grâce ! Rome, 16 mars 1540.
Pauvre de vertu , Ignace.
2® LETTRiS.
Jésus !
Ignace de Loyola, supérieur général de la Compagnie de Jésus, à ses Frères hien-aimés dans le Seigneur, M" Simon Rodriguea, Provincial de la même Compagnie en Portugal et dans les contrées d'outremer en deçà des Indes qui sont soumises au sérénissime roi de Portugal, et les autres Supérieurs pafticuliers, ou les Kembres ayant reçu du P. Jf* Sir mon l'autorité sur leurs Frères, dans le royaume de Congo, ou dam la partie des Indes appelée Brésil, et en Afrique, Salut étemel en N,-S, !
Attendu qu'en cette année 1550 , les inépuisables trésors de N.-S. J.-C. et de l'Église, épouse de J.-C., et ceux du Saint- Siège apostolique se sont ouverts pour octroyer la grâce du Jubilé , c'est-à-dire une induigeMGtt {dénière de leurs péchés à tous les fidèles qui auront visité les qualité basiliques de Rome (1), ayant considéré que nos Confrères et les autres chrétiens à qui l'immense intervalle des distances de terre et de mer ne permet point de se rendre dans la Ville sainte se trouveraient , par un sort inégal , exclus de cette grâce , nous avons supplié notre très-saint Père le Pape Jules III de daigner accorder h tous ces
(1) Les quatre basiliques majeures sont : Saint-Jean >de-Latran, Salntjj^- Pierreau mont Vatican , Saint-Paul et Sainte-Marie-Mîgeure.
11 y a trois basiliques mineures : Saint-Laurent hors des murs, Sainle- " Croix de Jérusalem et Saint-Sébastien.
lij^, Sihsents de corps, mais présents par la dévotion de leurs âm^, une pareille faveur, et nous avons été exaucé : toutefois le souiFerain pontife a ajouté cette clause, que les Membres de notre Compagnie, qui travaillent dans ces contrées à la vigne du Seigneur, communiqueront dans lesdites contrées, avec toute Tautorilé du saint-siége apostolique, celte grâce insigne à tous ceux que , dans le Seigneur, ils en jugeront dignes, en leur imposant les conditions qui leur paraîtront convenables.
Or, nous-méme ayant mis en votre prudence, qui est selon Jésus-Christ, la confiance la plus entière, nous vous avons désigné pour élire d*autres Pères, et dès à présent nous désignons les Pères que vous aurez, en les choisissant d'après leurs vertus, élus et constitués Supérieurs de leurs Frères dans les pays précédemment exprimés , et nous vous déclarons investis du pouvoir, émané du Saint-Siège apostolique, de faire participer au Jubilé toutes les personnes vivant sous la règle de notre Compagnie, les chrétiens indigènes de toutes lesdites contrées, qui ont été convertis à la foi cadiolique, les colons et tous les résidents à quelque titre que ce soitv après que s'étant confessés pieusement , ils auront accompli les devoirs que vous leur aurez prescrits : et nous vous exhortons à vous nïontrer non-seulement de fidèles, mais de prudents dispensateurs de si précieux trésors, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Donné à Rome dans la maison de la Compagnie de Jésus , le 7 juillet 1550.
Ignace.
s* UTTRE
A la Compagnie en Europe, Sur la patience au milieu de la pauvreté et des souffrances, à l'exemple des confrères des Indes.
Les lettres d'un grand nombre de personnes nouç ont appris que vos révérences étaient éprouvées de Dieu, Notre-Seigneur, par les privations de la sainte pauvreté, c'est-à-dire par le dénûment des ressources nécessaires au bien-être du corps et aux autres besoins temporels. A nos yeux ce ne doit pas être un des moindres bienfaits de la grâce, que de nous sentir initiés par la bonté divine à l'expérience et au sentiment intime de ce privilège de la pau-
Treté, qui doit être l'objet de tous nos désirs, si nous yo conformes à Jésus-Christ, noire chef, selon la très-pS tution de notre Compagnie. En mérité, je ne connais aàcipeiiirlie de notre Compagnie où ne pénètre l'influence et conmiélriratîment de ce bien précieux, dans une mesure plus ou moinft^îAo»dante ou restreinte, selon la différence des conditions et des fienx. Que si nous nous comparons à nos Frères des Indes , je n'estimem pas nos souffrances excessives, en voyant ces Frères livrés à des épreuves infinies de l'âme et du corps, et manquant en beaucoup de lieux de pain même et de vin ; ne vivant que de riz et d'eau, et d'autres aliments aussi peu substantiels; vêtus misérablement ; ayant en un mot leur homme extérieur soumis aux plus rudes incommodités. Considérons que nous-mêmes nous avons nos Indes, où nous devons vivre, et qui, réellement, se rencontrent partout : que si quelqu'un de nous veut se pénétrer de cette pensée, il cessera désormais de se préoccuper du nécessaire, et sera satisfait de recourir à la sainte mendicité, qui pourra subvenir à son indigence. Et si Dieu voulait nous placer dans une détresse encore plus rigoureuse, veillez cependant à ce que rien ne manque aux infirmes. Les valides ont des facultés plus grandes et conservent plus aisément la patience. Que le Seigneur Jésus- Christ nous accorde cette patience que, par son enseignement et son exemple, il a rendue si aimable : qu'il nous pénètre de son amour, qui doit suppléer à toutes choses, et de la consolation sensible qui naît de son service !
Rome, décembre 1552.
Ignace.
4* LETTRE (fragment).
Au P. M" François de Xavier pour le rappeler des Indes en Europe (1).
J'ajoute , en considérant le plus grand avantage du service de Dieu, l'intérêt des âmes dans l'Orient, et les secours que ces âmes doivent attendre du Portugal, que j'ai pris la résolution, absolue de vous appeler, et au nom de la sainte Obéissance , ^s^ parier
(1 J Le Saint n'existait plus lorsque cette lettre fut écrite, j
des nombreuses raisons qui me portent à vous imposer ce devoir, je vous ordonne de vous mettre en route pour le Portugal, aussitôt qae la navigation deviendra favorable, et je vous en fais le commandement au nom de J.-C. N.-S. £t afin qu'il vous soit permis de omdescendre et de donner satisfaction aux esprits des hoQimes, si Ton essayait de vous retenir dans Tintérêt des Indes, je veux ici vous exposer les motifs de ma résolution.
En premier lieu , vous connaissez combien les ordres pieux dn roi de Portugal ont eu d'influence pour confirmer le nom de J.-jp. dans les Indes, dans la Guinée et au Brésil, et pour en dilater le domaine : un souverain pénétré de sentiments aussi vertueux, enflammé d'un zèle aussi parfait pour la religion, ne sau^ rait manquer d'accomi^ir de grandes oeuvres, vous le concevez sans peine, pour là dilatation de la gloire divine et la protection des peuples d'Orient , s'il connaissait à fond, d'après vos lumières et votre expérience, toute l'étendue et la nécessité de ces cBuvres.
Ensuite, il est très-essentiel que le saint-siége apostolique soit éclairé touchant les affaires des Indes, par des preuves réelles et authentiques, et par un témoignage légitime et autorisé, afin qu'il puisse pourvoir aux besoins des anciens et des nouveaux chrétiens, par des secours qui leur sont indispensables, et dont ils pe peuvent sans péril demeurer privés : et ce devoir, nul mieux que vous ne peut le remplir, car vous possédez à fond la connaissance de ces affaires, et vous jouissez à Rome d'une émineute considération, qui donne à vos paroles une souveraine autorité.
Vous savez encore combien il est essentiel pour les Indes que l'on envoie des sujets capables de recueillir les fruits variés que les différents sols sont appelés à produire. A cet égard , votre voys^e en Portugal et à Rome aura de merveilleux avantages : n< seulement un nombre de sujets infiniment plus grand conceY4 pensée de demander la mission des Indes, mais, entre ces "~^ les choix seront plus certains, et vous démêlerez jsans peine qoi conviendra le mieux à tels ou tels ministères. Déjà>0fiB m^' senti combien il est préférable de voir de ses yeux, et que votre opinion écrite, sur la manière d'apprécier les sujets, û^était poûii entièrement sufiisante : il est donc nécessaire que vous-mênieou qu'un Père vous ressemblant par son expérience consommée, voie de ses yeux, pratique les sujets et choisisse lui-même les missionnaires pour ces pays.
434i APPENDICE.
A ces raisons, qui sont relatives aux intérêt généraux des Indes, 9*i(jaute ce motif, que vous contribuerez h décider le roi sur le point de Fambassade éthiopienne projetée depuis si longtemps, et dont le dessein est toujours pendant, sans avoir fait un pas vers ^n accomplissement Vous rendrez aussi d*éminents services aux missions du Congo et du Brésil, auxquelles du fond des Indes vous ne pouvez être utile, à cause du défaut absolu de communications : et si vous présumez que nos Frères, que vous dirigez dans les Indes, ont besoin de votre présence, vous pourrez les diriger du Portugal aus^bien et plus aisément, peut-être, que si vous^tiez en Chine ou au Japon.
Je laisse h maître Polanque le soin de terminer cette lettre, et du fpnd de Famé je me recommande à vos prières devant Dieu : je conjure sa bonté souveraine de daigner répandre sur noua Fabondance de ses^ grâces, afin que nous puissions découvrir entièrement ee qui lui est le plus agréable, et Facçomplir de la manière la plus parfaite.
(Ici saint Igqace cesse d'écrire, et Polanquç, ^on secrétaire^ contiqyi3 0
À toutegJbas raisons que notre Père vous a très-amplement exposées d^^ lettre, — et vous pouvez avec avantage montrer cette lettre en entier, ou seulement en partie, aux personnes à qui vous devrez cet égard, au sujet de votre retour en Portugal, — d'autres raisons viennent s'ajouter, n'ayant pas une moindre valeur que toutes celles énoncées par notre Père. Votre Révérence a besoin aussi de savoir que la perspective de votre retour, entrevue des Portugais, des Espagnols et des Italiens, les a ravis singulièrement; et nul ne doute à cette heure qu'il ne doive résulter de ce voyage Cta avantages très-précieux pour la gloire de Dieu et pour le bien •^jWilâraL Telle est aussi Fopinion de notre Père ; et ce motif unique équivaut sans doute à un grand nombre de solides arguments. Je prie Jésus-Christ, Notre-Seigneur, de diriger toutes choses ponr Si plus grande gloire et pour son service. Amen (1).
(1) L'éditeur de Bologne Indique, comme date à cette lettre, la fin de Jutai tW.
TémaljKii»8e du vlculre générM d^ Bologne en fAvenr des pjp. Xairier et BoIumMUh.
JfOD9| Àu^stin Zanetti, par la grâce de Dieu et du saînMége apqsioUqae» évêque de Sébaste, vicairo général au spirituel et au temporel et sul&agaut du siège de Bologne..,..» nous rendons le témoignage formel et siAcère, et nous attestons dan? le Seigneur, que François de Xavier et Nicolas Bobadilla, prêtres, ont prêché d'après notre autorisation dans notre cité de Bologne, et qu'ils se sont exprimés d*une manière franche et clnrétienne, et n'ayant rien de conunuQ avec la doctripe de Luther : au contraire , ils com^ battent cette doctrine avec véhémence. Par leur^prédication, ils ont rendu d'éminents services à notre cité, et ils ont confirmé cette prédication par l'exemple de leur vie et de leurs mœurs, de manière à exciter Fadmiration de tous. Il est donc absolument faux que ces prêtre? soient sortis de notre yille en fugitifs : mais ils l'ont quittée pour vaquer à d'autres affaires, et pour aller semer en d'autres ppAtréeifla bonne semence qu'ils avaient répandue parmi nous, £q Ui démos paroles
Popaé à Bologne, daiis le palais épiscopal, le 26 juin 1538. L. S.
Lettres da P. Pierre Lefevre.
\,Au P. Simon Rodriguez {t) [Fragment),
La consolation spirituelle que répandent en ces pays les heureuses nouvelles venues de notre Frère, maître François, est aussi
(1) Le roi de Portugal avait demandé au P. Pierre Lcfèvre, alors visiteur général de la Compagnie, un grand nombre de sujels pour ïcs Indes. Le P. Lefèyre écrivit au roi et au P. Hodriguez. Nous donnoiviiiei la seule des deux leUrcs qui se soit conservée.
éminente et aussi parfaite que la source d*où elle dérive. Notre- Seigneur connaît tout le zèle avec lequel moi-même j'enverrais des sujets, afin de prendre part à ces admirables œuvres, et avec quel ravissement plus grand encore je me verrais personnellement choisi pour être Tun de ceux que leurs majestés désirent si vivement envoyer dans les Indes. Autour de nous, en Espagne, des nécessités sans nombre réclament, il est vrai, des membres de notre Compagnie ; mais si nous envisageons ce qui s'opère dans les Indes, si nous apprécions le désir très-profond et persévérant de sa majesté, il est bien légitime que la Compagnie tout entière, et que chacun de ses membres en particulier, désirent fonner des sujets pour le ministère des missions lointaines. Que Notre-Seigneur m'accorde la grâce de m'y pouvoir employer, et d'être à même de lui témoigner une reconnaissance infinie pour les faveurs siéminentes et si multipliées dont la divine miséricorde a comblé leurs majestés, en leur prodiguant avec surabondance ces ardents désii'set cezèle efficace pour dilater et pour glorifier le nom de Jésus-Christ notre Rédempteur. Je m'estimerais très-heureux si je pouvais être présent à Lisbonne pour aller baiser les mains de leurs majestés, en reconnaissance de ce qu'elles ont daigné se servir de notre Compagnie : mais vous me suppléerez en ce devoir. En apprenant la glorieuse mort des six cents martyrs de l'Inde, je ne saurais vous dire ce que mon âme a ressenti en Jésus-Christ. Combien nous serions heureux de posséder en Europe des reliques de leurs corps et de l^r sang^ nous qui sommes leurs anciens dans la foi, mais surtout de contempler des reliques de leur courage! (15/i5.)