Zèle pour V oraison (Fragment
Que les travaux ne vous effraient point ; aussi bien ne deveivous point vous sentir effrayés par les peines que je puis supporter, moi le plus infirme des disciples de Jésu9-Ghrist Tout ce que je vous ai fait connaître n'est rien, en r^^ des autres épreuves infiniment plus grandes que je me sens ambitieux d'endurer : mais je m'y sens encouragé par l'attrait des consolations divines que Dieu me prodigue pour en aUéger le poids. Ces épreuves surpassent dans une proportion immense les épreuves de Coïmbre. A Goîmbre, les souffrances découragent les moins parfaits : ici, les plus vertueux y trouvent une occasion de se recueillir en Dieu. Vous n'avez, en effet, personne à qui vous attacher, si ce n'est Dieu luimême. Le monde vous poursuit de ses injures ou de ses hommages : et, tandis qu'à Coïmbre les hommes vous adorent, aux Indes ils vous attachent à la croix ; vous n'avez pas même la consolation ni le loisir de chercher un remède au milieu de vos livres. En Portugal, dans le temps où les larmes ruissellent de vos yeux au sein de la prière , les divines consolations se distillent avec abondance en YQtre âme : et après que les larmes ont cessé de couler,
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les esprits se dessèchent et demeurent arides. Mais ici, nos yeux desséchés sont féconds en consolations divines, an milieu de ce champ désert, sans voies frayées, sans rosée et sans eau.
Vos Frères sont dispersés en différents lieux, parmi des travaux immenses, mais parmi des travaux excellemment employés. La consolation seule que Ton y recueille en dissipe aisément toute l'amertume : et quelle vertu n*aura pas cette consolation, si le chrétien se rappelle le divin amour par Teffet duquel Jésus a passé sa vie tout entière dans des travaux infinis et dans les souffrances du dernier supplice, ce Jésus qui, dans sa miséricorde, accueille tous les efforts présentés par notre faiblesse, — si nous avons le droit de rien appeler nôtre, — afin de les récompense^ par des couronnes étemelles. La méditation de ces vérités saintes, dans ces pays et dans le ministère des missions, laisse bien loin derrière elle les méditations de la même 'nature que vous pouvez concevoir à Tombre de votre couche et dans la sécurité de vos saintes demeures. Dans les pays de mission , le Seigneur vous afTecCe d'une façon autreriïeni sensible , et tout ne se passe point uniquement en désirs- Venez, Ô mes Frères, venez ! ce sang vous appelle, le sang que le bon Jésus a répandu pour le salut de ces j)€itp[es ; ce sang vous appelle par un gémissement inénarrable, et je ne concevrais point qu'il ne fît pas tressaillir, au fond de leurs entrailles^ tous ceux qui participent à »eB grâces.
M h. A ses cûnfrères d'Eurêpe.^ Zéh du mlut des âmes {Fragment),
Combien vos courses diffèrent de nos courses deç Indes, quoique le salut des âmes soit le but de nous tous ! Vos absences sont des récréations et durent nn mois k peine : vous trouvez des demeures hospitalières, vous avez Ffâpérance prochaine de rentrer à notre collège, et, dès voire retour, vos Frères se pressent à votre rencontre pour vous serrer dans leurs bras, pour vous offrir un bain salutaire, pour vous laver, pour ainsi dire, de leurs propres mains et essuyer toutes vos sueurs : leur seule présence vous est un doux rafraîchissement. Mais on ne connaît ces précieux avantages qu*à rheure où Ton s'en voit privé. Lorsque je me suis senti séparé de mes Frères, et que j'ai compris au-dedans de mon âme que sans
doute jamais je ne devais leâ revoir, ni aux Indes, ili en Europe, j'ai profondément apprécié toute la charité qui règne dans notre Compagnie.
^ Ici, vous toml)ez, et nui ne vûvft relève : vous n'ave2 ni table, ni lit, ni maison ; vous n'aveX iftême pas la faculté de reposer vos membres sous un abri durant la saisoli brûlante, alors que les nuits sont plus chaudes que ne sont les jours soUs le Climat de Guinée. Ici, les délices des voluptueux et des mondains consistent à dormir dans des cuves remplies d'eau : la tètô seule pàrsât à la surface du bain, et l'on se récrée en faisant agiter l'air. Ajoutez la rareté des aliments dont souvent manque ici votre Frère ; en vérité, nous avons à porter dans la vigne du Seigneur lo poids dn jour et de la chaleur, et le temps de la nuit s'emploie tout entief à entendre les confessions ; enfin, nous n*avons point une heure seule qui nous appartienne. En Europe, votis prenez vos repas à des heures régulières; ici, vous n*ave2 droit à rien absolument : ni confrères, ni livres, ni nourriture, tti vêtement, ni sommeil; point de loisir, point de mrsspi pas môme la liberté d'exister. Rien n'est vôtre, mais tout appartient un Seigti<^tir. Ce que je ne Veux point, c*est ceque je fais : œ c}tic je veux, je ne la fais poinL Toutefois, loin de moi la pcn^'c de me gîorilbi'i st ce n'iist en h croix de Notre-Seigneur Jf'sus-Chdst, en qui repose mon salut, tnon orgueil et ma gloire ! Suis-je malade, par lui je me sens plus fort; mon bieU-âimé m'enivre de myrrhe et re}Kise au milieu de mon sein.
Aussi, mes Frères, pour un pareil voyage reeueillpi
avec soin la provision de vertus ciui doit vous servir eu son temps : sans ces vertus, vous vous sentiriez dépounus de force ei privés de soutien. Or, le principe et le fondement de toutes les autres vertus, c'est l'humilité la plus profonde ; viendront ensuite la tonnaissance de soi-rtiôme, l'oln'^issance, la pauvreté, la cliasteté, la charité sans bornes; et ces vertus devront croître incessamment dans les Indes. L'humilité, c'est la connaissance dé Dieu qui provient de la connaissance de nous-mêmes. L'obéissance, c'est l'asservissement de notre Uberté. Qui est libre j si ce n'est celui qui obéit véritablement? La pauvreté, c'est la véritable richesse. Qui est riche, si ce n'est celui qui est pauvre d'esprit dans le sens le plus vrai? La chasteté, c'est un miroU* où Dieu lui-même se mire eii sa créature. Que vous êtes belle, Ô ma fiancée, que vous êtes
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admirable f Vos yenx sont ceux d'une colombe, vous êtes pure de Cœttr et d'intelligence. Et cet époux, rempli d'admiration, s'écrie : Vous avez, 6 ma sceur, blessé profondément mon âme : tcar il appelle ses sœurs les vertus les plus pures. La dernière vertu, la charité, c'est le manteau glorieux de la Majesté divine qui s*étend, comme un voile, sur la multitude infinie des péchés.