LIVRE I. — LETTRE NEUVIÈME
dispositions favorables touchant la fondation d'un collège ou d'une maison de la Gon;ipagme ; car c'est un usage très-répandu dans cette cour, et qui est devenu comme obligatoire, de s'acquitter scrupuleusement de ces sortes de devoirs, et je me suis assuré, d'après les discours de Dom' Pierre lui-même, qu'une lettre en ce sens, qui serait adressée à sa majesté, lui serait infiniment agréable. Il serait à propos d'y rappeler que vous avez été informés par nous de la généreuse intention exprimée par sa majesté, pourl'érection d'un coUége ou d'une maison qui porterait le nom de notre Compagnie. En effet, selon le proverbe, on aiguillonnerait ainsi le coursier déjà lancé, et ce serait pour sa majesté un nouvel et puissant encouragement afin de lui faire abréger tout délai. Ce n'est point sans motif que je vous fais part de ce qui est à ma connaissance : soyez en effet convaincus que les lettres que vous écrirez en ce sens, passeront e^ un grand nombre de mains, et seront lues par une infinité de personnes.
A l'égard de François de Mancias, vous saurez qu'il n'est point encore initié dans les saints ordres. Il y a dans l'Inde un évoque qui, nous en avons la confiance dans le Seigneur, consentira certainement à ordonner cet excellent sujet ; toutefois il abonde plus en zèle, en vertu, en simplicité, qu'en lumières et en science, et si maître Paul ne lui communique pas une partie de son profond savoir, je crains infiniment que, sans un secours spécial de Dieu, il ne puisse soutenir avec succès l'examen qui précède ordinairement la collation des saints ordres. Si ce malheur arrivait, cela contrarierait toutes nos vues. Fr. de Mancias désire, dans la prévision de tout événement, que vous obteniez de Rome en sa faveur des lettres qui l'exemptent des conditions de savoir requises pour les saints ordres, et qui l'autorisent à recevoir extra tempora, les trois ordres majeurs en trois jours de fête, au titre de pauvreté volontaire et de simplicité très-suffisante. Afin d'obtenir cette faveur, on pourrait alléguer avec vérité qu'une très-grande bonté et une sainte
rW^rf*=*^ ÎIT^
-JPUWJI^IiW-l",™^ Wg^,
U\RE I. — LÇTTRE PîEtmÈME.
simplicité suppléât en sa personne au défaut d'une science plus vaste; en effet, s'il était demeuré avec BobadiUa (1) tout le temps qu'il a passé dans la compagniçt de Gacerez (2)» il aurait retiré de ce commerce intime et journalier un fonds très-suffisant, et il aurait plutôt rappelé la doctrine du premier que le savoir superficiel du second ; nous n'éprouverions pas l'embarras présent, et la science habiterait sur ses lèvres avec plénitude : il courrait à pleines voiles sur la vaste mer dés Ecritures. W
Enfin Mandas et DomPaul demanderaient tous les deux cette grâce delà part de Sa Sainteté, que toutes Içs fois qu'ils célébreraient à l'autel, ils pussent délivrer une âme des feux du purgatoire.^: ,: " ^ vv
Le nombre des messes (3) que nous avons déjà célébrées pour le cardinal Guidiccioni s'élève à deux cent cinquante, depuis notre départ de Rome jusqu'à ce jour : que Dieu Notre-Seigneur nous accorde la grâce d'acquitter le surplus dans les Indes! En vérité, lorsque je considère en mon âme avec quel fruit et avec quelle joie spirituelle j'ai offert jusqu'à ce jour le Saint-Sacrifice pour ce très-révérend prince de l'Église, je me sens encore plus encouragé aie recommander toujours à Dieu Notre-Seigneur, pendant le reste de ma vie, aussi souvent que j'aijrai le bonheur de célébrer les saints Mystères. ^::sl'> "^ - -
■ Mi-: '
*f-^'kA
(1) Nicolas- Alphonse, surnommé Bobadilla, du lieu de sa naissance, prés de Palencia, en Aragon, était l'un des premiers compagnons de saint Ignace, sa grande humilité lui fit refuser l'éyêché de Trente. 11 prêcha longtemps en Allemagne, et accompagna les armées impériales dans les guerres de l'époque. Le P. Bobadilla mourut en 1600.
(2) Cacerez, de Ségovie, s'était associé à Ignace dans Barcelone; étant par la suite retourné dans sa patrie, il y rentra dans la vie mondaine.
(3) Ces messes étaient de celles, au nombre de plusieurs mille, qu'Ignace avait fait vœu de célébrer et de faire célébrer par ses confrère?, afin d'obtenir l'approbation authentique de sa Compagnie parle souverain pontife. Par la permission divine, le cardinal Barthélémy Guidiccioni, le principal des examinateurs nommés, très-opposé d'abord au nouvel Institut, ainsi que l'é taient la plupart des cardinaux, changea complètement de sentiment, et devint le patron le plus zélé de la Compagnie.