UVRE II. —LETTRE CINQUIÈME
parés que je les admets au baptême. L'instruction est toujours terminée par le Salve Regina, pour implorer l'assistance de la bienheureuse Vierge Marie.
La multitude qui se presse pour entrer dans la bergerie de Jésus-Christ est si immense, que souvent il m'est arrivé d'avoir les mains énervées par la fatigue de baptiser : souvent en un seul jour j'ai baptisé dés villages entiers. Quelquefois aussi, la voix et les paroles me manquaient à force de réciter le symbole et les prières (1). On ne saurait dire tout le fruit que l'on recueille par le baptême des nouveau-nés, ainsi que par l'instruction des enfants et des autres personnes. J'ai la confiance que ces enfants, avec la grâce de Dieu, seront bien meilleurs que leurs pères ; ils font paraître un ardent amour pour la loi divine, et un zèle merveilleux pour étudier et pour communiquer aux autres la science de la religion. Remplis de haine contre l'idolâtrie, ils s'engagent dans de vives querelles avec les païens, ils s'élèvent contre l'idolâtrie dans laquelle sont encore demeurés leurs parents, et me viennent déclarer tout acte d'impiété. De mon côté, si j'apprends qu'on sacrifie aux faux dieux, j'accours avec les enfants du pays, qui font éprouver au démon plus d'injures et d'affronts, que les parents et la famille ne lui avaient rendu d'honneurs. Ces jeunes enfants se précipitent sur les idoles, les renversent , les brisent, et les foulent aux pieds après les avoir accablées d'outrages.
J'habitais depuis quatre mois dans une ville chrétienne, et je m'occupais à traduire le catéchisme, quand un grand nombre de naturels vinrent de toutes parts pour nous supplier d'aller dans leurs maisons, et de consentir à invoquer
(1) Édition de Louvain :
« Je leur récite le Décalogue et les prières en leur propre langue, et j'y joins une exhortation, aussi dans leur langue, pour leur faire comprendre quelle est la valeur du titre de chrétien, ce que sont le paradis et l'enfer, tie qui ces deux séjours deviennent le partage final : et surtout, je leur véitère souvent l'explication du symbole et du Décalogue, qui contiennent toute la substance de notre foi. »