LIVRE II. —LETTRE CINQUIÈME
Seigneur, envoyez-moi selon votre bon plaisir, et jusque dans les Indes ! » Que leur vie, mon Dieu, serait plus heureuse, et leur salut plus assuré ! Avec quelle espérance en la divine miséricorde , attendraient-ils à leur dernier soupir ce jugement souverain et si redoutable, que nul homme ne saurait éviter ! Ils répéteraient avec joie les paroles du serviteur de l'Évangile : Seigneur, vous m'aviez confié cinq talents, et voici cinq talents que j'ai gagnés de sicrcroît (1). Si les jours et les nuits qu'ils consacrent à la connaissance des sciences de la terre, étaient consacrés à la doctrine de toutes la plus solide et la plus féconde; si le zèle qu'ils mettent à pénétrer les secrets des sciences , était voué par eux à instruire les ignorants dans les choses nécessaires au salut, ils seraient mieux préparés à rendre compte au Maître, lorsqu'illeur dira : B.e7ids compte de ton administration (2). Je crains que ces docteurs qui selivrentauxétudes libérales dans les Universités n'aient plus en vue les honneurs et l'habit delà prélature et du sacerdoce, que les fonctions saintes et le fardeau, dont ces ornements sont les insignes. La chose en est venue au point, que les plus grands savants et les plus beaux génies confessent, qu'ils recherchent les dignités ecclésiastiques pour l'honneur de la science, et pour servir par leurs talents Notre-Seigneur et son Église. Aveugles qui ne veulent point voir que leur science se rapporte ainsi, plus à leur intérêt propre qu'à l'intérêt catholique! Ils craindraient devoir Dieu se refuser à leur ambition, et ne permettraient jamais à la Providence de diriger leurs voies. Dieu m'est témoin que j'étais presque résolu , si je ne pouvais retourner en Europe, d'écrire à l'Université de Paris, et spécialement à nos maîtres Cornet et Picard , pour leur faire connaître combien de milliers d'âmes infidèles seraient aisément converties à la religion de Jésus-Christ , s'il venait au milieu d'elles assez d'ouvriers évangéliques qui s'oubliant eux-
(t) Math., xxY, 20.
(2) Luc, XVI, 2.
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