UVRE II. — LETTRE CINQUIÈME
endroit un exemplaire de la doctrine chrétienne, en recommandant de la copier à ceux qui connaissent les caractères ; les autres doivent l'apprendre par cœur, et la réciter chaque jour. Il est réglé que, tous les jours de fête, on doit se réunir pour réciter ensemble les éléments de la Foi. Des catéchistes instruits ont été choisis pour présider à ces exercices, dans les trente villages chrétiens de la contrée, et D. Martin- Alphonse de Souza, gouverneur des Indes, plein d'amour pour la Compagnie et de zèle pour la religion , a bien voulu, en faveur de nos néophytes, assigner 4,000 deniers d'or (l)pour l'honoraire des catéchistes. Il estime singulièrement notre Compagnie, et désire de toute son âme la venue de quelquesuns de nos frères; il le demande lui-même au roi dans ses lettres.
Un nombre infiniment plus grand de personnes se convertirait dans les Indes, si nous ne manquions de missionnaires pour faire des chrétiens. Souvent il me vient en pensée de parcourir les universités d'Europe, et principalement celle de Paris, d'y élever la voix en tous lieux , et de crier à tous ces docteurs qui ont plus de science que de charité : «Voyez ce nombre infini d'âmes qui, par votre faute, perdent le ciel et tombent dans les enfers ! » Plût à Dieu que ces grands docteurs apportassent au salut des âmes le même zèle qu'aux sciences humaines, afin de pouvoir rendre à Dieu le compte fidèle de l'intelligence et des talents qu'il leur a confiés ! Qui sait si plusieurs, touchés de cette pensée, ne s'adonneraient pas au saint exercice de la méditation spirituelle, pour entendre les paroles du Seigneur à leur âme: renonçant à leurs passions et aux choses du monde, ils se formeraient tout entiers selon leur vocation et les conseils divins. Ils s'écrieraient du fond de leur cœur: «Me voici,
(1) Ces deniers d'or, appelés fahqies, fanes ou fanons, étaient des monnaies indiennes d'or, avec un alliage considérable d'argent et de cuivre, tlies équivalaient à 12 réaux d'argent, environ 32 centimes de notre monnaie en valeur métallique ; mais au xvi^ siècle, leur valeur relative était de ijeaucoup supérieure. « -^