LIVRE II. — LETTRE CINQUIÈME
plicité et de l'ignorance de la nation. Ils ont coutume de déclarer publiquement que les dieux exigent certaines ofiFrandes pour leurs temples, c'est-à-dire les choses qu'eux-mêmes désirent pour leur entretien, et celui de lem-s femmes , de leurs enfants et de leurs serviteurs. Ils savent persuader aux ignorants, que les idoles de leurs dieux vivent et s'alimentent comme le commun des hommes. Quelques dévots mêmes offrent deux fois le jour à l'idole, aux heures des repas, des dons en monnaie. Les brahmes se livrent à la bonne chère au son des instruments de musique, et font croire aux ignorants que ce sont les dieux qui célèbrent ainsi leurs festins. Avant que les provisions ne viennent à leur manquer, ils dénoncent au peuple la colère des dieux, à qui l'on n'a point offert tout ce qu'ils avaient demandé, et proclament que si le peuple ne se met en mesure de les satisfaire, les dieux le châtieront par la guerre, par les maladies et par la visite des mauvais esprits. Ainsi ces pauvres ignorants, prévenus parla frayeur de leurs dieux, obéissent aveuglément à la parole des brahmes. Ces brahmes ont seulement une teinture d'instruction, mais ils suppléent à l'imperfection de leur science par leur astuce et par leur malice. Les brahmes de cette côte sont irrités de me voir ainsi découvrir leurs fraudes. Lorsqu'il leur arrive de converser sans témoins avec moi, ils avouent qu'ils n'ont de patrimoine que les idoles de leurs dieux, au moyen desquelles, et par des mensonges, ils obtiennent du peuple leur subsistance. Ils déclarent que moi seul, si imparfait que je puisse être, j'en sais plus qu'eux tous réunis. Ils m'envoient souvent saluer et me font offrir des présents, et ils paraissent vivement contrariés de ce que je renvoie le^rs dons : mais ils n'agissent ainsi que pour me séduire et me rendre complice de leurs crimes. Ils déclarent aussi qu'ils sont convaincus qu'il n'existe qu'un Dieu unique, et qu'ils le supplieront en ma faveur. Et moi, pour témoigner ma reconnaissance à ces brahmes, je révèle à tout le monde la vérité sur eux. Autant qu'il est en moi^ je démasque aux re-
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