‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 146 sur 759 · LIVRE II. —LETTRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE II. —LETTRE CINQUIÈME

gards de la multitude ignorante la superstition aveugle qui attache la nation à ces imposteurs, à leurs illusions et à leurs mensonges. Plusieprs, convaincus par mes raisons, ont abjuré le culte des faux dieux, et se sont empressés de se faire chrétiens : sans l'opposition des brahmes, déjà toute la nation aurait embrassé la religion de J.-C.

Si les habitants païens de la contrée sont étrangers à toute science, ils ne le sont pas à la pratique du péché. Depuis que je parcours ce pays, je n'ai pu convertir qu'un seul brahme à la religion de J.-C. C'est un vertueux jeune homme qui a dévoué sa conversion à enseigner aux enfants les éléments de la religion. Lorsque je parcours les villages chrétiens, j'entre souvent dans les temples des brahmes, que l'on appelle -pagodes. Il m'est dernièrement arrivé, dans une pagode où j'étais entré, et qui était habitée par environ deux cents brahmes, de les voir se réunir presque tous autour de moi : après une longue conversation, je leur demandai ce que leurs dieux leur prescrivaient d'accomplir, afin d'obtenir la vie bienheureuse. Une grave contestation s'éleva parmi eux sur le point de savoir qui me répondrait. A la fin, d'un commun accord, on déféra la parole à celui qui, par son âge et son expérience, paraissait supérieur aux autres. Ce vieillard, déjà octogénaire, me demanda lui-même ce que Dieu commandait aux chrétiens. Pénétrant sa mahce, je refusai de prendre la parole, avant qu'il n'eût le premier satisfait à ma question. Alors il sévit obligé de révéler son ignorance, et répondit que ses dieux imposaient à leurs fidèles deux devoirs : l'un était de s'abstenir de tuer des vaches, parce que les dieux étaient adorés sous cette forme; l'autre était de faire des présents aux brahmes, qui présidaient au culte. A cette réponse, ému de la douloureuse pensée que ces peuples aveugles adoraient le démon comme une divinité, je demandai que l'on m'entendit à mon tour (1), et je récitai à haute voix le symbole des apô-

(1) Éditio^ de Louyîdfl :

Je les fis s'asseoir tous, et me levant seul au milieu d'eux...

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