LIVRE II. — LETTRE NEUVIÈME
vancore sur les domaines de ce prince; et s'il l'a fait, quelle raison donne-t-il de son action? enfin a-t-il, ainsi qu'on me l'a dit, le dessein de le conduire à Ttttucurin, et dans quelle intention ?& désire apprendre quelque circonstance qui puisse diminuer l'indignité d'un forfait si odieux et démentir les exagérations de la renommée. Et si rien ne paraît devoir atténuer le crime, et que les faits se soient passés tels qu'on les raconte en tous lieux, je devrai renoncer au dessein d'aller trouver le roi, auprès duquel j'avais à traiter différentes affaires intéressant le service de Dieu.
Vous n'ignorez pas combien cette nation est sensible à ces enlèvements d'esclaves, surtout étant commis sur son territoire ; il n'est pas douteux que tous à cette heure ne soient remplis d'idées de vengeance, et qu'ils ne méditent quelques outrages envers la nation portugaise et le nom chrétien. Il serait téméraire de m' aller offrir de moi-même à ces dispositions. / ' ■ V '
Je me verrai contraint de porter mes pensées vers d'autres pays, et de diriger mon zèle vers un dessein qui depuis longtemps me flatte et m'attire ; c'est d'abandonner les Indes où tant d'obstacles viennent entraver la propagation de la religion de Jésus-Ghiist, venant d'une part d'où jamais on n'aurait dû les craindre, et de me transporter en Ethiopie, où nous appelle l'espérance magnifique et très-fondée de dUater merveilleusement la gloire de Dieu Notre-Seigneur, en y annonçant l'Évangile ; où ne seront point des Européens pour s'opposer à nous et ruiner tout ce que nous aurons édifié. Je ne vous le cache point, je m'y sens si vivement porté, qu'U n'est pas invraisemblable que je prenne bientôt à Manapare même une de ces barques que l'on appelle des tones (1), dont il s'y trouve un grand nombre, pour me rendre sans différer
Kj*{0 Petites barques n'allant qu'à la rame et qui sont d'un usage ordinaire dans la Péninsule indienne.
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