‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 164 sur 759 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

LETTRE DIXIÈME, j

que j'apprends, par autrui, que des actes de sauvage injustice sont commis, paT les personnes mêmes qui devraient en éprouver le plus de honte, envers ces tendres nourrissons de notre mèrel'Église. En effet, ces néophytes qui, dansleurpremière enfance chrétienne, et, pour ainsi dire au lendemain de leur naissance à la religion, devraient être l'objet des affectueuses caresses de leurs frères aînés, nous les voyons l'objet de leur délaissement et de leur mépris, ou de leurs violences criminelles et de leurs attentats barbares; ils sont enlevés par eux et réduits en esclavage, sans que nos efforts, si grands qu'ils puissent être, aient la vertu de les protéger ou de les défendre. Je me sens pénétré d'une amère tristesse , et cette angoisse intime et dévorante m'accompagne en tous lieux. Je viens encore d'apprendre, il y a trois jours, par les lettres des Patangats, un attentat nouveau, le rapt de plusieurs servantes commis à Punicale par des Portugais. A la réception de cette douloureuse nouvelle, j'ai écrit sur-le-champ aux vicaires épiscopaux de Coulan (1) et de Cochin, les priant avec instances de proclamer la menace d'une excommunication majeure, afin d'obtenir, dans une enquête publique, les noms des ravisseurs , et que les ayant connus, on leur puisse arracher leur proie et leur infliger la peine édictée par la loi , et ce , pour l'exemple de tous.

N'oubliez point de procurer à Mathieu tout ce qui lui est nécessaire pour se vêtir ; employez à son égard les procédés les plus affectueux et l'indulgence d'un père ; efforcez-vous de vous attacher cet enfant, et de faire en sorte qu'il demeure avec plaisir auprès de vous ; car, étant libre et maître de sa personne, il ne peut être retenu dans notre intérieur que par les liens de la seule affection. Lorsqu'il demeurait avec moi, je me suis appliqué constamment à le captiver, par tous les témoignages d'une ten-

(1) Coulan ou Quilam, ville et port dans le Travancore, vers le 9" de lat. N., à cent deux milles N.-O. du cap Comoiin.

UIVKÈ n. — iETTRE DIXIÈME.

dresse, pour ainsi dire, maternelle, et je désire infiniment que vous suiviez mon exemple.

Dans votre traduction du symbole des apôtres, il est des observations que je crois utile de vous adresser : vous ne rendez pas, d'une manière exacte, les paroles Credo in Deum, par ces termes du langage vulgaire Enaqu-venum ; en effet, le mot Venum répond à Voto, je veux, dans le dialecte des païens de cette contrée. Ainsi, vous voyez qu'il est impropre de dire : Voio in Deum, Je veux en Dieu; je vous engage donc à vous servir de Vichuam au lieu de Venun\. Cette parole répond, dans le langage de ce pays, au mot latin Credo. De même, dans l'article du même symbole, où il est parlé de la Passion de J.-C. , évitez d'employer l'expression vao-pinale : le peuple attache d'ordinaire, à cette expression, un sens d'obligation et de nécessité. Or, Jésus-Christ n'a point souffert par nécessité, mais spontanément et par sa libre volonté.

Lorsque seront arrivés les émigrants de la côte delà Pêcherie, vous vous empresserez de visiter ceux d'entre eux qui sont malades, et vous mènerez partout avec vous, dans les cabanes, un enfant pour réciter sur eux les prières qui vous sont désignées dans les instructions que je vous ai laissées par écrit. Après ces oraisons et en terminant, vous réciterez une fois celui des Évangiles qui se récite en ces occasions , et vous vous rappellerez, en général, ^:;que vous devez témoigner dans vos rapports avec ce peuple une charité très-sincère, employant tout votre zèle à vous concilier ainsi leur amour. Je serais heureux d'apprendre par vous , que dès à présent personne d'entre eux ne s'adonne à la boisson de l'arack, que personne ne sculpte des idoles ; que tous s'empressent de venir, le dimanche, assister à la récitation des prières ; mais, si nous n'obtenons point encore ici tout le succès que nous désirons, ne laissons point s'affaiblir notre courage , et considérons en nous-mêmes, que si, dès les premiers temps où cette infortunée nation a fait profession de la foi de J.-C. , elle

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