UVRE IL— LETTRE QUINZIÈME
petite boîte. Lorsque j'aurai terminé,* le plus rapidement que je le pourrai, toutes les affaires qui me retiennent ici je m'empresserai de me rendre auprès de tous. Je désire en effet; plus vivement que vous ne; pouvez l'imaginer demeurer et travaUler avec vous pendant quelques jours' Si vous éprouvez le besoin de secours ou de 'cohseU informez-m'en par lettre ; vous ne sauriez manquer de messagers, à cause de la fréquence des communications en tous sens. Supportez ce peuple, tolérez-le avec une patience infatigable, invincible; retirez-le du péché, dirigez-le dans la voie du bien, autant que vous le pourrez. Si vous éprouvez en quelques-uns que votre douceur et vos bons offices ne peuvent les maintenir dans le devoir, considérez que le moment est venu pour vous d'exercer à leur égard ce devoir de miséricorde, qui consiste à châtier en temps utile un pécheur, que la sévérité seule peut déterminer à bien faire.
Que Dieu vous assiste, ainsi que je désire qu'il m'assiste moi-même ! ^
Adieu. De Tutucurin, le 14 mai 1544.
Votre frère très-affectionné en J.-C.
François.
LETTÏiE XV.
A François de Maneiaa.
Mon très-cher frère en J.-C.
Je suis arrivé le samedi dans la soirée à Manapare. En chemm j'ai reçu des nouvelles désolantes et qui m'ont consterné, touchant les chrétiens du cap Gomorin. Les infortunés sont dispersés, enlevéa et traînés en captivité
I'!': «i^lFf l>PpPim^|^^
Lr?RË II. — Lettre quinzième.
par les Badages (l) ; la plupart ont été emmenés captifs, le reste s'est réfugié dans les creux des rochers qui dominent la mer : ils y périssent de faim et de soif. Je cours vers eux pour lès assister, et cette nuit même je dois mettre à la voile avec vingt tones manaparoises. Priez Dieu pour ces infortunés et pour nous ! Ayez soin surtout de faire beaucoup prier Dieu pour nous par les enfants. ^ ; ! '
A Coïmbatour, les habitants m'ont promis d'élever une église, et Manoël de Lima s'est engagé, pour aider à cette construction, à fournir 100 fanons de son argent propre. Rendez-vous à Coïmbatour, afin de presser cette œuvre et de la diriger. Vous pourrez entreprendre cette course le jeudi ou le vendredi, et dans la semaine qui suivra, vous pourrez, avec la permission de Dieu, visiter les chrétiens^ qui sont disséminés dans les campagnes, entre Punicale et^^ Alendale ; vous passerez en revue toutes les chaumières, et vous baptiserez tous les enfants que vous trouverez privés jusqu'à présent de ce premier sacrement de l'Église; vous catéchiserez tout ce monde, et vous leur donnerez les avis qui seront nécessaires. Je désire que^ vous apportiez une spéciale et souveraine attention à régén^r dans l'eau sainte les nouveau-nés que vous trouverez en tous ces endroits. Vous observerez aussi si les per-' sonnes chargées d'instruire les enfants et de les réunir à des heures réglées, s'acquittent avec soin de leur devoir. Recommandez à Manoël da Cruz qui demeure à Goïmba- * tour, de veiller avec zèle sur les deux villages chrétiens des Garians (2); qu'il s'appHque surtout à éteindre les divisions qui pourraient survenir, et à rétablir promptement la j^une harmonie ; qu'il s'oppose enfin à ce que personne ne sculpte des idoles ou ne. s'enivre en buvant ï'arack. Que
(1) Peuplade sauvage de l'intérieur; qui désolait tout le pays p*F ses firigandages.
B(2) LesCarians étaient des populations de pécheurs, répandues sur la côte de Ctomorin.
''éi
•?P^7?!?^'^?^^^?«^P^^^BP!B
ÂAa