LIVRE II. — LETTRE DIX-HDITIÈME
LETTRE XVIII
A François de ManclaH.
Mon très-cher frère en J.-C., ' ; ^^ ^^ '
Mercredi, j'étais de retour à Manapare, et Dieu Notrc-- Seigneur sait combien d'épreuves j'avais essuyées dans mon voyage. J'étais parti avec vingt tones , pour aller secourir les chrétiens que les Badages avaient oMigés de fuir, et que je savais en proie aux mortelles angoisses de la faim et de la sOif , au mûieu des rochers qui limitent les rivages du Comorin;'mais les vents contraires qui sévissaient avec violence, ne nous ont point permis de surmonter la puissance des courants, ni avec les rames, ni par la manœuvre du gouvernail, et tous nos efforts n'ont pu faire aborder à l'extrémité du cap une seule de nos barques. Si ces vents viennent à s'apaiser, je me dirigerai de nouveau de ce côté, pour apporter les soulagements qui seront en mon pouvoir, à ces infortunés dont la détresse est extrême: en effet, qui serait assez cruel pour se ralentir et cesser de faire les plus grands efforts pour remédier à des malheurs, les plus excessifs peut-être qui soient au monde , et qui sont le partage de ce peuple désolé, adorateur, comme nous, de N.-S. ! Tous les jours un grand nombre d'entre eux accourent se réfugier à Manapare, sans vêtements, exténués par la faim, dépourvus de tout. J'écris aux Patangats de Coïmbatour, de Punicale, et de Tutucurin, afin qu'ils recueillent quelques aumônes en leur faveur, et nous les fassent parvenir ; je les engage toutefois à ne rien exiger des pauvres, et à ne point contraindre les riches, mais à Inviter simplement ces derniers à contribuer dans la mesure de leur charité. Je désire, et je crois nécessake, que vous interveniez efficacement dans cette œuvre; car Ta justice et l'équité des
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LlVliE II. — LEÏTKE DIX-HUlïlÈME.
Patangats ne m'inspirent de confiance en rien que ce soit au monde : et toute mon assurance est en Dieu seul.
Je serai bien aise d'apprendre de vous en quel point se trouve l'affaire de la construction de l'église, à,^ïmbatour. Ecrivez-moi dans un grand détail, et faites-toôi savoir si Manoël de Lima a déjà versé les cent fanons qu'il avait promis pour cette œuvre. Je désirerais également que vos lettres continssent un ample récit de votre visite parmi les villages et les habitations isolées, et de ses résultats; je désire savoir comment partout vous avez trouvé les chrétiens, comment vous les avez laissés; si les personnes à qui nous avons, dans les différentes places, confié le soin d'instruire les enfants, s'acquittent fidèlement de ce devoir. J'ai mis la plus parfaite exactitude a leur faire remettre, par des payements réguliers, le salaire qui leur était promis, et je ne puis, à la distance où je suis, surveiller leur conduite. Aussi je désire très-vivement en être informé par vos lettres, et par des lettres détaillées; parlez-moi de vous-même , de votre santé, de votre résidence présente, de ce qui s'y passe, et de l'état général des affaires de la religion. Nous avons été huit jours sur la mer, et vous savez par expérience combien est incommode le séjour sur les Tones ; surtout lorsque les vents contraires soufflent avec violence, comme il est arrivé dans ces derniers temps , et que les efforts les plus grands de l'industrie et des bras humains n'en ont pu triompher. Que Dieu Notre-Seigneur vous protège toujours !
Adieu. De Manapare, le 30 juin 154^i.
Votre frère très-affectionné en J.-C.
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