‹ Lettres de Saint François-Xavier [microform]Chapitre 177 sur 759 · LIVRE H. — LETTRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE H. — LETTRE DIX-NEUVIÈME

LETTRE }CJ[X.

 François de Manclss.

Mon très-cher frère en J. -Ci., ft" ■

Que Dieu, Notre-Seigneur, daigne veiller sur vous, afin de vous conserver toujours, et qu'il vous accorde une excellente santé et des forces très-abondantes, et que vous puissiez consacrer entièrement à son service ! Votre dernière lettre m'a fait un extrême plaisir, car elle renfermait la preuve évidente de votre zèle, afin de préserver et de défendre ce peuple des incursions des Badages, et de lui éviter d'en être surpris et d'en devenir la victime.

Je me suis mis en route par la voie de ten'e, et je suis arrivé au Cap pour visiter les malheureux chrétiens qui ont survécu aux brigandages et aux fureurs des Badages. Jamais on ne vit de spectacle plus affreux : des visëges pâles et défigurés par la faim; ici les champs parsemés de cadavres infects et sans sépulture; là, des hommes empirants par l'effet de leurs blessures ou de maladies sans remède. On voit des vieillards décrépits, mis à bout de leurs forces par l'âge et par la faim, essayer vainement de faire quelques pas; des femmes deviennent mères au milieu des routes, et leurs maris s'empressent autour d'elles, et ne les peuvent secourir, à cause de la détresse universelle, et de l'absolue pénurie des premières nécessités de la vie. Si vous aviez, comme moi, contemplé ce spectacle, votre cœur aurait été touché d'une atteinte bien profonde, et pénétré d'une compassion infinie. J'ai pris soin de faire transporter les plus misérables à Manapare, où se trouve déjà la plus grande partie de cette population désolée, dont nous aurons à nous occuper selon nos facultés. Priez Dieu Notre-Seigneur, afin qu'il parle au cœur des riches^ et leur inspire de la compassion envers tant d'infortunés , qui dépérissent ici dans la détresse la plus extrême.

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o^IVRE IL — LETTRE VINGTIÈME.

J'espère me diriger jeudi vers Punicale. Ne vous ralentissez pas, je j^ous prie, dans votre soin de ce peuple, jusqu'à ce qu'il soit bien avéré que les Badages se sont retirés sur leurs terres. Vous direz à Antoine Fernandez(l), surnommé le Gros, et aux Patangats dQ vieux Chaël, que je défends expressément que de la nouvelle colonie on aille s'établir au vieux Chaël, et que je réserve un châtiment très-sévère à tout infracteur de ma défense. Ayez soin d'exprimer à Manoëi; da Cruz ainsi qu'à Mathieu les vœux que ma vive affection forme en leur faveur.

Que Notre-Seigneur soit avec vous, et qu'U. nous fortifie par sa grâce, afin que nous le servions avec nos forces tout entières! Adieu.

De Manapare, le premier août l^Uh.

Votre frère en J. -G.

François.

A François de Mandas.

Mon très-cher frère en J. -G., . ^

Que Dieu soit toujours avec vous !

Les différents événements rapportés dans votre lettre m'ont causé des émotions bien diverses. J'ai éprouvé la joie la plus vive par le récit que vous me faites des grands fruits spirituels que vous a procurés votre visite récente des villages et des hameaux de la contrée, tandis que j'ai conçu la plus vive douleur en me représentant la captivité que vous paraissez pressentir pour vous-même. En effet,

(1) Antoine Fernandez était un chrétien indigène à qui le saint donnera de grands éloges dans la Lettre xxxii de ce livre.

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